02.11.2009

The Beatles : 40 ans après

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Avec la réédition de l’intégrale des Beatles, beaucoup crieront sans doute à l’opération marketing et refuseront d’aller encore un peu plus engraisser des poches déjà bien pleines.

C’est évidemment un argument qui se tient mais que, pour ma part, j’ai rejeté pour au moins deux raisons :

1- finalement, quand on a mon âge, on connaît souvent superficiellement les Beatles. Comme tout le monde on a acheté les best-of, on maîtrise les titres les plus connus, ceux que tout le monde ressasse depuis des décennies (et qui ne sont pas toujours les meilleurs), mais ça ne va pas forcément beaucoup plus loin.

2- quand bien même on connaîtrait déjà bien, un remastering de qualité des Beatles, pourquoi cracher dessus ? Entendre des chansons avec une oreille nouvelle, un peu comme si c’était la première fois, découvrir telle ou telle subtilité, tel ou tel son jusqu’ici un peu enfoui ou en sourdine, voilà qui me paraît intéressant.

Bref j’ai décidé de dépenser quelques euros, évidemment pas toute leur disco, mais uniquement me focaliser sur la dernière période, celle que je préfère, avec les 4 albums Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, le White Album, Abbey Road et Let It Be.

Première chose qui laisse admiratif et qu’on a tendance à trop souvent oublier : la productivité absolument folle des Beatles. Il faut quand même remettre en perspective que les 13 albums officiels des Beatles sont parus entre 1963 et 1970 (sachant que Let It Be, paru en 70 alors que le groupe avait déjà splitté, avait été enregistré en 69) !

On a en effet l’impression, vu leur abondante discographie, que la carrière des Beatles a duré au moins quinze ans, mais ça n’est pas du tout le cas ! Par rapport aux standards actuels, où il est fréquent qu’un groupe sorte un album tous les 3 ans (ou plus), ce très fort rendement sur 6-7 ans laisse pantois. D’autant que certains méga-singles devenus des classiques (au hasard "Strawberry Fields Forever", "Penny Lane", "Hey Jude", "Don’t Let Me Down"…) ne sont sur aucun album !

Du coup, parallèlement à ce constat, on ne peut qu’admirer la façon dont le groupe a su se renouveler et évoluer en si peu de temps. Entre les bluettes pop des débuts et la profondeur et la complexité des 4 albums évoqués plus haut, quelle progression exceptionnelle en si peu de temps !

Deuxième élément admirable : la façon dont les Beatles ont su produire des concepts qui, aujourd’hui encore, restent totalement pertinents et à aucun moment obsolètes ; la façon dont ils ont posé la plupart des jalons qui continuent de codifier l’univers du rock.

Qu’on pense à Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band : tant sur la forme (la pochette totalement délirante où le quatuor pose entouré de "grands hommes") que sur le fond (le groupe se renouvelle totalement par rapport à ses titres passés et, surtout, complexifie son travail en studio, multipliant les pistes, les effets sonores, quitte à être ensuite incapable de reproduire sur scène tout ce labeur technique), il révolutionne l’approche de l’album rock.

Qu’on pense au White Album : cette appellation, passée à la postérité, est pourtant inexacte puisque l’album n’avait pas de nom. Sur une pochette entièrement blanche se découpaient simplement les lettres The Beatles. Plus encore, et en opposition avec le packaging minimaliste, il s’agit d’un double album foisonnant, parfois pop, parfois expérimental, dans tous les cas le "double album" est un concept qui par la suite hantera beaucoup de grands groupes (on songe immédiatement aux Pink Floyd et The Wall, l’autre "grand" double album de l’histoire du rock).

Qu’on pense encore à Abbey Road : à nouveau le travail sur la pochette (le quatuor traversant une rue), qui restera une des couvertures d’album les plus célèbres de l’histoire du rock ; et, à nouveau, l’approche insolite du disque (face A : des morceaux séparés ; face B : plusieurs morceaux mais sans aucun silence entre eux et qui forment un voyage musical baroque).

Troisième élément, le plus évident bien sûr : la force des compositions. Car les covers, les concepts, tout ça c’est bien beau mais ne constitue pas l’essentiel. L’essentiel reste la musique, qui n’a pas pris une ride.

Même si les titres les plus connus des Beatles ont tendance à faire des fab fours des dignes représentants de la pop, voire des chansons un peu "proprettes" et "fédératrices", la réalité est quand même assez différente.

Prenons les envolées totalement psychédéliques de Sgt. Pepper’s, prenons les brûlots rock (à cet égard, le méga-trash "Helter Skelter" décroche la palme), prenons la très forte influence blues-country particulièrement perceptible sur les 2 derniers albums du groupe ("Come Together", "Get Back", "I’ve Got A Feeling", on n’en finirait plus de les citer), prenons l’inspiration mystique d’un des plus beaux titres du groupe, "Across The Universe", on voit bien que l’image consensuelle qui leur colle désormais à la peau a lissé et édulcoré la réalité.

 

Or la réalité, c'est que les Beatles ont été et restent l'alpha et l'omega du rock, le meilleur groupe, le plus inspiré, le plus original, le plus productif. Tout cela, me semble-t-il, justifie largement de les (re)découvrir. Si cette réédition, aussi commerciale soit-elle, le permet, permet à des gens qui écoutent de la merde ou des trucs moyens à longueur de journée de se décrasser les oreilles avec ces classiques intemporels et pas du tout démodés, alors ma foi le monde n'en sera certes pas sauvé, mais peut-être tournera-t-il vaguement plus rond !

 

17.10.2009

Grizzly Bear "Veckatimest"

grizzly_bear_veckatimest.jpgNote : 8,5/10

Meilleurs titres : Two Weeks/ Fine for Now/ While You Wait for the Others

 

Au sein de ces paysages du folk contemporain que j’évoquais autrefois, il faudra compter avec le groupe américain Grizzly Bear.

"Folk" est un terme évidemment réducteur qui masquera en partie l’originalité de la musique de Grizzly Bear, laquelle est également empreinte de psychédélisme et, par endroits, d’une authentique sensibilité pop-rock mâtinée d’un poil de rock expérimental. Mais enfin, il faut bien les classer quelque part, or la dominante de leur style me paraît être celle-ci, alors…

Leur dernier album, Veckatimest, devrait sans trop de problèmes élargir la base de leurs fans puisqu’il s’agit d’un disque plutôt abordable, suffisamment simple pour plaire à un grand nombre de gens. Ce qui ne signifie pas que la musique de Grizzly Bear ne soit pas un minimum chiadée et que les compos soient "faciles", ce qui ne signifie pas non plus que Veckatimest va être un "best-seller", mais enfin le succès d’estime et critique déjà obtenu avec le précédent album, Yellow House, plus complexe, devrait se confirmer et s’accroître.

Que ceux qui aiment sauter sur les tables ou dodeliner de la tête avec le coude posé sur la fenêtre ouverte de la voiture, les grosses basses à l’arrière vrombissant et faisant tout trembler, passent leur chemin. En effet, Veckatimest est un album plutôt calme, sans gros son, même si plusieurs compos sont rythmées et que ça n’a rien de chiant ni de soporifique !

A certains égards, des rapprochements avec le groupe Animal Collective pourront être dressés : même façon de prendre une base folk pour l’amener un peu ailleurs, la "tordre" et lui incorporer des rythmes plus tribaux, moins directement pop. Toutefois, là où Animal Collective pousse ce raisonnement et cette technique très loin (quitte à complètement délaisser le folk, notamment sur leur dernier album Merriweather Post Pavilion dont je parlais, parmi d’autres, ici), restant quoiqu’il arrive et de facto un groupe un peu mainstream et expérimental (voire lassant), Grizzly Bear sait davantage ménager ses effets et plaire à la ménagère de moins de 50 ans.

Par ailleurs, le groupe semble collaborer ou tisser des liens avec pas mal d’autres artistes de valeur : Radiohead, dont ils ont fait plusieurs premières parties en 2008 (et dont le guitariste Jonny Greenwood déclare qu’il tient Grizzly Bear pour l’un de ses groupes préférés), Atlas Sound (le projet solo de Bradford Cox, leader de Deerhunter) ou bien encore les Dirty Projectors (voir ici encore ma chronique patchwork). Ça n’est pas un critère en soi, mais ces affinités électives disent quand même quelque chose sur les valeurs et l’esthétique du quatuor US.

Mais revenons-en à Veckatimest : le début de l’album est tout simplement génial avec quatre méga-titres : "Southern Point", "Two Weeks", "All We Ask" et "Fine for Now". Cette mécanique implacable connaîtra bien sûr quelques moments un poil moins heureux (sur 52 minutes ça peut se comprendre), mais globalement tout l’album reste dense, cohérent et de très haute qualité (jolie fin d’album à partir de "While You Wait for the Others").

Les voix, toujours bien amenées et originales dans leur placement et leur texture, contribuent à l’ambiance un peu éthérée de Veckatimest et à l’adhésion (j’allais dire la sympathie) que peut immédiatement susciter Grizzly Bear.

Tous ces éléments font de Veckatimest un des très bons albums de 2009, qui trouvera sans doute une jolie place dans mes classements de fin d’année.

02.10.2009

"The Stone Roses"

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Note : 9/10

De nombreuses rééditions d’importance paraissent actuellement : les Beatles évidemment (dont j’aurai sans doute l’occasion de parler une prochaine fois), mais aussi le premier album (éponyme) des Stones Roses.

Finalement, les Stones Roses sont relativement peu connus dans nos contrées, par rapport à tous les autres "poids lourds" de la pop anglaise, Blur et Oasis en tête. C’est assez aisément compréhensible dans la mesure où leur carrière fut brève : après ce premier effort, il fallut cinq ans aux Stone Roses pour enfanter un deuxième album, lequel fut très froidement accueilli par la critique (malgré le fantastique single "Love Spreads"). Suite à cela, le groupe splitta.

Et pourtant, The Stone Roses est resté une référence pour les amateurs, une espèce de premier album un peu "culte" comme on dit sans originalité, considéré par beaucoup comme l’un des meilleurs premiers albums de tous les temps (à l’échelle du pop rock évidemment).

La particularité de ce premier album, comme je l’ai dit, c’est qu’il n’a été suivi que par un deuxième album, nettement moins bon, par conséquent cela n’a fait qu’accentuer le "mythe", dans la mesure où la plupart des autres très bons groupes, même si certains ont également accouché d’un excellent premier album, ont généralement fait mieux par la suite. Ce n’est pas le cas des Roses, qui ont directement livré leur alpha et leur oméga.

Bref, toujours est-il que nous fêtons actuellement les 20 ans de cet album (paru donc, le lecteur mathématicien l’aura compris, en 1989). Pour la peine, The Stone Roses a été remasterisé. On se replonge donc, avec un poil de nostalgie, dans ce disque qui ne se laissera pas forcément apprivoiser à la première écoute par l’auditeur qui ne l’aurait jamais entendu auparavant. Celui-ci se dira probablement que les sons de batterie font quand même assez années 80 (même si, heureusement, elles tiennent quand même le coup) et que la voix de Ian Brown est plutôt en retrait.

Certes. Mais il est quand même assez difficile de ne pas reconnaître que l’album groove un maximum, notamment grâce aux guitares très acérées de John Squire et aux cadences dosant pertinemment le chaud et le froid. La basse d’ailleurs n’est pas en reste, notamment sur le morceau inaugural du disque, "I Wanna Be Adored".

Deux ou trois écoutes suffiront pour se dire que tout de même, les groupes qui enchaînent autant de singles potentiels sur un premier album ne sont quand même pas légions. Il suffit de prendre deux titres particulièrement emblématiques pour comprendre : "Waterfall" et "Made Of Stone". Le premier est extrêmement dansant, avec ses arpèges sautillants et sa batterie toujours en avant, le deuxième alterne les moments gais et pop et ceux plus mélancoliques.

Cette sorte de double face, qui empêche toujours l’album d’être franchement radieux, sans pourtant être triste, permet aux Stone Roses de livrer des compositions très riches, toujours rythmées mais parfois amères. Elles peuvent tenir le choc aussi bien dans sa voiture, dans le train, que chez soi sur le canapé avec la fenêtre ouverte. Aussi bien quand on a la pêche que lorsqu’on est un peu plus renfrogné. Une sorte de "Bitter Sweet Symphony" au fond.

"It is perfect", aurait dit Noel Gallagher, l’ex-leader d’Oasis, en parlant du disque. Venant de quelqu’un aussi peu amène, voilà qui a de quoi surprendre. D’autant que la perfection n’étant pas de ce monde, je n’irais personnellement pas aussi loin. Mais c’est effectivement largement meilleur que la plupart des albums d’Oasis, largement meilleur que plein d’autres trucs, ça capte l’esprit d’une époque et ça permet de mieux comprendre comment les Stone Roses ont largement anticipé la vague de pop anglaise qui devait déferler dans la décennie suivante, vague dont, malheureusement, ils s’excluraient d’eux-mêmes en n’étant pas capables de supporter le poids de ce premier et admirable effort studio.

 

Au fond, c’est déjà énorme. The Stone Roses mérite donc assurément d’être (re)découvert.

19.09.2009

Muse "The Resistance"

muse_resistance.jpg Note : 4/10

J’ai toujours globalement cautionné et défendu Muse, même lorsque certains de leurs titres (comme par exemple sur Origin Of Symmetry ou sur Black Holes And Revelations) flirtaient quand même lourdement avec l’emphase et la boursouflure.

Comme je ne peux quand même pas défendre l’indéfendable, je suis obligé de mettre le holà avec The Resistance qui dépasse toutes les bornes du bon goût et de la légèreté.

Ce n’est pas que l’album commence mal. En effet, avec le recul, leur premier single "Uprising" (pourtant difficile à passer cet été lors des premières écoutes radio) est sans doute le meilleur moment de tout le disque. Il a le mérite d’être dansant et entraînant, même si l’ambiance des stades (auxquels les Muse semblent maintenant abonnés, voir HAARP) pointe parfois un peu trop le bout de son nez.

Quand à "Resistance", le deuxième titre, il peut encore être globalement défendu, même si très franchement il est difficile de ne pas penser à Robert Miles sur les claviers introductifs et que les chœurs de "It could be wrong" sont affligeants ! Au moins cette compo laisse-t-elle encore une place pour le souffle épique et crescendo qui a fait la renommée de Muse (et qui agaçait déjà certains).

Le problème devient insoluble dès le troisième titre, "Undisclosed Desires", où là on ne voit plus bien où veut nous amener le trio. Enfin ou plutôt si, on voit bien, mais on n’a pas trop envie de le suivre par ici justement : un trip vaguement electro disco mais pas très bien amené, sans grand intérêt et qui fait gravement baisser le niveau.

Du coup, parce qu’ils ont bien senti que ce terrain-là ne va pas trop nous convenir, les trois sacripants essayent, dès le quatrième titre, de nous amener sur un autre terrain : celui du romantico-classico-gazeux. "United States Of Eurasia (+ Collateral Damage)" est en effet introduit par des notes de piano sur lesquelles viennent s’inscrire des nappes de cordes. Jusqu’à ce que, à 1.20 minute, ils nous décochent une montée à la Queen qui enchaîne avec des instrumentations orientalisantes. Ce patchwork bancal et dangereux se poursuit ainsi pendant encore quelques minutes, avant le ridicule final : en effet, sans transition, le morceau se clôt par un fameux thème au piano de Chopin repris tel quel, avec simplement sur la fin des voix d’enfants et le passage d’un avion à réaction.

Coup de théâtre : Chopin (le vrai, note à note) peut donc coexister avec Muse. Est-ce, de la part du trio, une marque de vénération à l’égard du glorieux aîné, ou un manque total de modestie ? Dans les deux cas, cela n’enlève rien au kitsch de l’ensemble. L’auditeur devient alors plus que perplexe, il sent que quelque chose est en train de déraper et risque de ne jamais revenir sur le droit chemin (en tous cas pour cet album).

On ne peut pas dire que le reste va lui donner tort, bien au contraire. Le morceau suivant, "Guiding Light", est franchement indigeste, surtout lorsque le solo de guitare à l’inspiration hard-rock FM vient agresser l’auditeur.

Que dire ensuite de "Unnatural Selection", dont les orgues introductifs (façon Toccata de Bach sans le talent) sont immédiatement sabrés (tant mieux) par un riff de grosse guitare à la Rage Against The Machine, très musien dans l’esprit (genre "New Born") et qui laisse espérer quelque chose, malheureusement immédiatement éteint (l’espoir) par un break et un refrain un peu trop plein d’affectation et qui (pour faire plaisir à ma sœur) est légèrement inspiré de System Of A Down. Hop, voilà-t-y pas qu’après une reprise de cette structure un coup, on enchaîne sur un trois temps où, à nouveau, un solo de guitare en deux parties, un peu nase et bien enflé, en rajoute encore une couche dans le lourdingue. Comme ils ne sont plus à ça près, ils reviennent sur la structure de départ (à la System puis à la Rage) parce qu’il faut quand même faire un morceau qui voisine les 7 minutes !

"Unnatural Selection" était peut-être quand même l’un des trois titres les moins pourris de l’album car la fin de The Resistance va tout dépasser en n’importe quoi. "MK Ultra" aurait peut-être pu donner quelque chose mais il aurait fallu vouloir arrêter de changer à tout prix systématiquement de rythme et de style au cours de la chanson. Or comme ils n’y sont pas décidés, ben le sentiment d’indigestion s’amplifie.

"I Belong To You / Mon cœur s’ouvre à ta voix" ne va rien arranger : une basse et un piano un peu groovy (limite à la Maroon Five) se voient damés le pion, par moments, par des chœurs "oooh oooh" sans subtilité et des envolées pianistiques romantico-ratées, avec à nouveau l'incrustation d'un "vrai" air de classique. Un long break involontairement cocasse oscille entre Rachmaninov, Queen et le néant (Matthew Bellamy pousse des grands cris, il semble y croire, déchiré qu’il est par l’émotion).

Mais on est pourtant loin de s’attendre à l’apothéose finale, totalement ratée et même globalement grotesque : trois titres ("Exogenesis : Symphony") formant une espèce de symphonie directement inspirée par les musiciens que Matthew Bellamy aime tant mais qu’il aurait peut-être mieux fait de ne jamais découvrir (Bach mais surtout Chopin, Rachmaninov et plus généralement tous les romantiques). Ici une perméabilité totale avec le classique se fait jour, mais ça ne fonctionne pas. Toujours ce même kitsch, cette impossibilité de recoller grâce à la distance ou l’ironie, ils y vont à fond, convaincus que ce qu’ils font est bien, du coup ça nous fait un peu de la peine, on est mal à l’aise pour eux, mais franchement on n’arrive pas à adhérer. Un cap est franchi, l’équilibre parfois précaire sur lequel reposaient les précédents albums s’écroule et les pires défauts de leur inspiration, déjà latents et larvés par le passé, explosent en pleine lumière et surtout aux oreilles de l’auditeur.

Je ne vois pas comment The Resistance pourrait être accueilli positivement : tant par les détracteurs habituels (qui ont là de quoi justifier toutes leurs critiques antérieures) que par les fans. A part les purs et durs qui seraient prêts à leur passer n’importe quoi, qui va pouvoir accrocher et s’enthousiasmer ?

Un camouflet d’ensemble risque donc de peser sur le groupe, avec deux possibilités : soit les faire revenir à quelque chose de moins délirant, soit au contraire les positionner dans la case "artistes maudits et incompris", ce qui pourrait leur donner envie d’en rajouter, de persister et signer dans cette veine.

Espérons qu’il n’en soit rien, ces trois-là sont quand même parmi les plus doués de leur génération, ils peuvent encore faire des choses sympa pour le rock et la musique, mais il est urgentissime d’oublier ce fiasco et de repartir sur d’autres bases ! Marche arrière toute, avant de se fracasser dans le mur il faut comprendre qu’on s’est fourvoyé dans une impasse !

07.08.2009

Playlist de l'été

J'avais, l'année dernière, essayé d'introduire du spleen dans la bande-son de l'été, alors que, c'est bien connu, l'été ce qu'on veut c'est s'éclater sans se prendre la tête !

 

Cette année, je vais donc jouer le jeu des albums qui sont censés mettre la patate. Mais bon, avec quand même ma mesure habituelle...

 

sonic_eternal.jpgAprès avoir commis, en 2006, un excellent album intitulé Rather Ripped, qui les avait vraiment relancés dans le rock de toute première catégorie, les vieux de Sonic Youth nous proposent, avec The Eternal, un son un peu moins pop et moins sage. Ce nouvel album, par rapport au précédent, perd évidemment en cohérence et en homogénéité mais il faut reconnaître que la recrudescence noisy et salace fait souvent du bien aux oreilles !

Veulent-ils montrer qu'ils resteront éternellement jeunes et rebelles ? Peu importe... Avec des titres très secs et inspirés comme "Sacred Trickster" et "Anti-Orgasm" (le titre est déjà tout un programme), d'autres plus tortueux et bipolaires ("Massage The History"), le groupe new-yorkais le plus décisif pour le rock underground des 20 dernières années nous fait bien comprendre qu'ils n'entendent pas s'affaler sur un sofa chaussés de leurs charentaises à regarder la télé mais qu'ils veulent continuer à plaire aux kids. Avec en plus la touche arty de leur pochette (une marque de fabrique qui n'e s'est jamais démentie depuis toutes ces années), c'est tout bon !

 

dirty_projectors_bitte_orca.jpgL'album qui déchire pas mal, même si les éloges qu'ils reçoivent notamment de Pitchfork sont peut-être un tantinet exagérés et presque gênants, c'est Bitte Orca des Dirty Projectors. Il est ardu de décrire facilement le son de ce groupe américain, vu le mélange de rythmes, d'influences (tantôt pop, rock, groove, funky), de voix (celle, très soul et funk, du leader Dave Longstreth, celle, cristalline et douce, d'Amber Coffman).

Mais disons simplement que c'est une musique souvent pêchue, très inventive et diversifiée, avec des moments jouissifs ("Cannibal Resource", "Temecula Sunrise" ou "Useful Chamber"), d'autres plus acoustiques et intimistes ("Two Doves").

Ce n'est sans doute pas un album dans lequel on entre sans aucun problème dès la première écoute, puisqu'il réserve son lot de ruptures de rythmes, de contretemps et de subtilités (on pense parfois à Animal Collective ou aux Fiery Furnaces mais avec quelque chose de moins tarabiscoté), mais plus on l'écoute et plus on se prend à l'aimer ! C'est un peu comme si l'énergie vitale de Nietzsche (voir le dos de la pochette pour comprendre l'allusion) les avait possédés et contaminés...

 

franz_ferdinand_tonight.jpgMême s'il est sorti début 2009, l'album de Franz Ferdinand (Tonight : Franz Ferdinand) peut encore emballer l'été. J'avoue avoir été un temps réservé sur cet album mais, à la réécoute, il est bien plus réussi que le deuxième, le bien nommé You Could Have It So Much Better.

Quelques nappes electro viennent rendre encore un peu plus palpables les influences eighties du groupe mais ce n'est finalement pas du tout déplaisant. Dans leur catégorie rock-pop-funk-disco flirtant du côté de Blondie etc, ils sont quand même au-dessus du lot (je les préfère à Gossip par exemple). "Ulysses", "Turn It On", "No You Girls" ou bien encore "Can't Stop Feeling" ne sont rien d'autre que des tubes, et après tout ce serait un poil surfait que de bouder son plaisir !

Alors ne nous en privons pas trop, d'autres temps, plus sérieux, moins insouciants, viendront suffisamment vite...

 

animal_merriweather.jpgToujours au chapitre des sorties début 2009 (ouais, je sais, je prends beaucoup de retard...), le très commenté et très encensé Merriweather Post Pavilion des Animal Collective.

Alors là, je veux pas faire mon malin et la ramener à outrance pour justifier le titre de mon blog ("A REBOURS" pour ceux qui suivent pas ;-) mais j'avoue que j'ai du mal à piger pourquoi on en a fait à ce point tout un flan.

On dirait qu'après avoir essayé d'introduire dans la folk des rythmes tribaux (l'excellent Sung Tongs, à mon avis leur meilleur album), qu'après avoir essayé d'introduire dans un style plus rock les mêmes rythmes tribaux (le vraiment bien Strawberry Jam), les Animal Collective se sont dit qu'ils allaient essayer d'introduire dans un style plus électro-dance les toujours mêmes rythmes tribaux.

Certains titres sortent du lot et font bouger le popotin, il faudrait être obtus pour le nier, mais d'autres suscitent en moi une certaine réserve, en tous cas un manque de réceptivité qui me fait me demander si je suis "normal" alors que quasiment tous les magazines (pas seulement les spécialisés, même certains magazines télés ou magazines pour filles !) crient au génie. Bref, qu'on m'explique si on peut...

 

wolfgang_amadeus_phoenix.jpgEt pour finir : j'avais été un peu sévère (même si je n'en retire pas une ligne) quant à la critique du précédent album des français de Phoenix, It's Never Been Like That.

Dans leur recherche de l'album pop parfait, les Phoenix progressent carrément, comme en témoigne leur récent et quatrième opus Wolfgang Amadeus Phoenix. La production est toujours aussi excellente mais les chansons, elles, gagnent en énergie et en petite touche de folie ("Lisztomania", "1901").

Mais au-delà des chansons percutantes et qui vont faire d'excellents singles, Phoenix cherche aussi à creuser et nous proposer des titres vaguement plus profonds et sophistiqués. Une bande-son diversifiée, tantôt gaie, tantôt plus mélancolique, avec des paroles qui évoquent parfois le temps qui passe ("Countdown" et son malheureusement si tragiquement vrai lyric "Do you remember when 21 years was old ?").

Bref avec ce pot-pourri d'albums récents ou datant d'il y a quelques mois, le mois d'août sera propice aux déhanchements ! Avant que l'automne ne pointe le bout de son nez...

03.04.2009

U2 "No Line On The Horizon" (2)

U2_line_horizon.jpg Note : 7/10

Meilleurs titres : No Line On The Horizon/ Get On Your Boots/ Cedars Of Lebanon

J'ai retracé dans ma précédente chronique, à grands coups de raccourcis, la carrière de U2 jusqu'ici en m'arrêtant au moment précis où paraît leur tout dernier album, No Line On The Horizon. Que vaut donc ce disque ?

Les choses commencent plutôt bien avec le titre éponyme "No Line On The Horizon" qui a le mérite de remettre U2 sur les rails des chansons un peu amples, qui montent en puissance et qui rockent, ce à quoi ils ne nous avaient plus beaucoup habitués dans leurs deux précédents albums, plutôt fadasses et sans intérêt. Bono a beau pousser peut-être un peu trop sur sa voix, ça reste convaincant (y compris les "Oooh-oooh" qui ont fini, au fil des albums, à faire l'une des marques de fabrique du groupe même s'ils sont parfois lassants).
A l'évidence, le triumvirat Steve Lillywhite, Brian Eno et Daniel Lanois (qui ont à eux trois, mais jusqu'ici de façon distincte, fait les grandes heures de U2) paraît fonctionner et apporter au quatuor irlandais un nouveau souffle.

Suit "Magnificent", dont je ne doute pas qu'il ait le potentiel de devenir un prochain single mais que je trouve absolument régressif : en gros, il ramène U2 vers le bas de ses deux précédents albums en jouant sur la ritournelle pop facile et pas très originale. On est dans les grosses ficelles, pas subtiles pour deux sous, qui n'apportent rien et qui ne sont même pas si bien amenées que ça (la palme au solo limite ridicule). A oublier rapidement selon moi.

Le troisième titre, "Moment Of Surrender", est ambigu. Certes il peut, à certains égards, apparaître comme risqué puisqu'il dure 7 minutes 24, qu'il est à tendance contemplative voire mystique ; d'un autre côté, certains arrangements le font quasiment sombrer, par moments, dans du Enigma. Pas totalement raté, mais quelque chose empêche ce morceau de s'équilibrer (d'autant que Bono aurait sans doute dû utiliser un chant plus soul, moins agressif et criard, ce qui est un peu son défaut sur cet album).

Avec "Unknown Caller", titre là encore relativement long puisqu'il dépasse les 6 minutes, U2 nous livre une assez bonne intro qui rappelle la période The Joshua Tree (mêmes sons de guitare). Malheureusement on sombre, ici encore, dans quelque chose d'un peu trop attendu et pas forcément heureux. Je le placerais volontiers dans la même veine que "Magnificent" (en moins pire malgré tout), c'est-à-dire la veine du pop plat et rebattu, qui se veut hymne fédérateur mais qui prend un peu les gens pour des cons, cette veine que semblent malheureusement exploiter à fond, depuis deux albums au moins, les Anglais de Coldplay.

Ce n'est pas réellement avec la cinquième chanson, "I'll Go Crazy If I Don't Go Crazy Tonight", que ça s'arrange, bien au contraire. Les pires défauts de U2 sont ici présents, l'auditeur commence alors à désespérer et se dire que l'album ne va pas racheter les deux précédents, même si tout avait plutôt bien commencé.
Et pourtant, presque par miracle, U2, dans une réaction d'orgueil désespérée, décoche "Get On Your Boots", qui joue un peu sur les clichés des riffs rock agressifs, habilement mixés avec un refrain plus pop et sirupeux. On retrouve le jeu de guitare inspiré de The Edge (on pense à l'une des dernières fois où il nous avait fait ça, à savoir sur le single "The Fly" de l'album Achtung Baby), même Adam Clayton à la basse et Larry Mullen Jr. à la batterie paraissent plus inspirés et s'amusent. Le petit break dans la chanson, lorsque Bono chante "Let me in the sound", n'est pas génialissime, tant pis on leur pardonne tant le titre redonne la pêche.

Regaillardis par cette veine plus rock, U2 enchaîne avec "Stand Up Comedy", lui aussi un peu sale et rugueux (The Edge aurait-il un peu trop écoute Rage Against The Machine ?) : on est soulagé de voir le groupe tenter des choses un peu moins attendues et convenues, ô bien sûr ce n'est pas follement original mais simplement ils ont l'air de s'éclater davantage et nous avec.
Bercé par cet espoir que tout n'est pas complètement foutu, on aborde "FEZ-Being Born". Il ralentit la cadence en nous replongeant dans une atmosphère plus éthérée et intimiste, à l'évidence inspirée par l'Orient. Ce n'est pas un morceau extraordinaire mais il va au-delà de ce qui nous avait été proposé dans la première moitié de l'album, on se laisse embarquer sans pour autant adhérer à fond.

Viennent alors deux très bons titres, des balades mélancoliques telles que U2, depuis "Love Is Blindness" et "Stay (Faraway So Close)", n'avait plus su composer. C'est d'abord "White As Snow" qui séduit sans peine (notamment par le velouté de la voix de Bono et la très jolie partie de guitare en reverb et delay qui donne un côté mandoline) et enfin le dernier titre, "Cedars Of Lebanon", qui clôt de fort belle manière l'album, tout en retenue et sobriété, avec bon goût, maîtrise et émotion.
Entre ces deux réussites vient se glisser "Breathe", autre single potentiel qui est une beaucoup moins grosse foirade que "Magnificent" mais qui ne s'exempte pas des mêmes défauts (des parties un peu trop putassières, genre gros hymnes de stades, pour être honnêtes).

Finalement No Line On The Horizon montre que U2 n'est pas mort (j'allais dire : que le cadavre bouge encore) même si ce n'est pas 100% convaincant, loin de là.
D'ailleurs, c'est dès le package qu'on avait senti cette petite réaction de fierté : la photo de la couverture de l'album (signée Hiroshi Sugimoto, un photographe japonais que j'adore depuis de nombreuses années) est magnifique, trop belle pour contenir onze titres nuls, de même que celles illustrant le livret à l'intérieur (signées, elle, Anton Corbijn comme pour la période Achtung Baby).
Alors que peut encore U2 ? Franchement je n'en sais rien mais j'espère qu'ils sauront s'accrocher aux jolies réussites de cet album (en gros une moitié des chansons) pour arrêter de se caricaturer eux-mêmes et proposer encore mieux. De toute façon ils n'ont rien à perdre, ils peuvent bien prendre quelques risques !

25.03.2009

U2 "No Line On The Horizon" (1)

U2_line_horizon.jpg Dans le passé, j'ai été un grand fan de U2. Je pourrais limite écrire une thèse sur eux et leur musique, mais comme ce blog a vocation à dire les choses en quand même moins de mots, je vais me limiter à l'essentiel.
Grosso modo, je trouve tentant de résumer la carrière de U2 à plusieurs périodes, qui forment toutes (comme c'est commode !) des trilogies :

1/ première période, que j'appellerais celle de "l'engagement" : influencés par le punk et la new wave (genre Television), révoltés par le contexte politique de leur pays, l'Irlande, les quatre membres de U2, très jeunes, pondent Boy (1980), October (1981) et surtout War (1983).
Avec des titres ultra-percutants tels "I Will Follow", "Gloria", "Sunday Bloody Sunday" ou "New Year's Day" ces albums, produits par Steve Lillywhite, propulsent U2 au rang de groupe rock phare du début des années 80, groupe par ailleurs hyper talentueux sur scène (comme l'immortalise le très bel enregistrement Under A Blood Red Sky).

2/ deuxième période, que j'appellerais celle de "la contemplation" : finis les hymnes écorchés sur fond de guerre civile irlandaise, U2 élargit ses horizons vers les Etats-Unis et redécouvre tout à la fois la country, le folk, le blues, le jazz. Dès 1984 avec The Unforgettable Fire, album de transition, U2 change son fusil d'épaule et s'entoure des producteurs Daniel Lanois et Brian Eno. C'est en 1987 que sort leur chef-d'œuvre The Joshua Tree, suivi l'année d'après par Rattle & Hum qui est un mélange iconoclaste et inventif de titres originaux, de reprises et de titres live, au cœur de l'Amérique d'Elvis, de John Coltrane, de Bob Dylan et de B.B. King.
Alors qu'au même moment on est à fond dans les eighties et leurs caricatures, U2 fait la part belle aux hits interplanétaires et pourtant ultra mélodiques et inspirés tels "Pride", "Where The Streets Have No Name", "With Or Without You" ou encore "Desire".

3/ troisième période, que j'appellerais celle de "la conceptualisation" : conscients de leur statut de plus grand groupe rock de la planète, conscients aussi d'une nouvelle période qui s'ouvre pour le rock et plus généralement la musique de variétés (axée autour de la peopolisation, du business et de l'industrie), U2 se réinvente complètement en devenant un groupe ironique, second degré et décalé, ce qui ne l'empêche pas de pondre un nouveau chef-d'œuvre en 1991, Achtung Baby.
Les Irlandais sont allés enregistrer leur album dans un Berlin en pleine mutation (le mur est tombé en 89, faut-il le rappeler ?), toujours sous la houlette d'Eno et Lanois mais avec le concours de Flood : ils en profitent pour expérimenter de nouvelles sonorités, de nouveaux plans (comme le manifestent "The Fly" ou "Mysterious Ways"), sans pour autant rien céder aux ballades mélancoliques ("One", "Love Is Blindness").
Parallèlement à cet album génial, U2 se lance dans une tournée spectaculaire et innovante, un sommet dans l'histoire du rock, le Zoo TV Tour. Des écrans géants diffusant des slogans ironiques ou des images de tous ordres manifestent l'avènement ultime de la société du spectacle et le triomphe écrasant de la télévision, alors que Bono cède par moments la place à son alter ego maléfique MacPhisto.
U2 devient ainsi un groupe postmoderne avec un recul moqueur et distancié sur lui-même et sur la société dans laquelle nous vivons tous. Il en profite pour faire réfléchir sans pour autant sombrer dans le "truc à message", ce qui est méritoire, surtout pour un groupe de rock !
En 1993 sort le successeur d'Achtung Baby, le très surprenant Zooropa qui pousse encore plus loin les expérimentations tentées sur le précédent opus et va même jusqu'à incorporer des influences electro, dance et acid sur plusieurs titres ("Numb", "Lemon" ou "Daddy's Gonna Pay For Your Crashed Car"). Zooropa va sans doute dérouter une partie des fans historiques de U2, je le considère pourtant comme le dernier grand album du groupe.
Après quatre ans sort en effet, en 1997, le disque Pop. Un disque qui baisse de niveau (même si, avec le recul, on était encore dans un bonne dynamique) et qui finalement ressasse un peu les sonorités engrangées par Achtung Baby. Plusieurs bons titres (dont "Discotheque", "If You Wear That Velvet Dress" et "Wake Up Dead Man") mais un album qui semble marquer un début de déclin pour le groupe.

4/ Enfin, quatrième et dernière période que j'aurais carrément appelé "la décadence" s'il n'y avait eu la sortie de No Line On The Horizon, un album qui relève un peu le niveau.
En effet, je vais sûrement paraître un peu dur mais je dirais volontiers que All That You Can Leave Behind (2000) et How To Dismantle An Atomic Bomb (2004), malgré le très bon single "Vertigo", sont des semi-foirades qui n'apportent rien à la carrière du groupe : d'un point de vue artistique s'entend, car ce sont des succès commerciaux.
L'inspiration de U2 s'émousse complètement, l'inventivité du groupe se réduit comme peau de chagrin, on se dit qu'il est temps que le quatuor tire sa révérence avant de sombrer totalement.
Vient alors No Line On The Horizon en ce début d'année 2009 qui, sans être un grand disque, loin s'en faut, est malgré tout à mon sens moins mauvais que les deux précédents. La critique de l'album dans ma prochaine chronique ! (trop fort le cliffhanger)

08.01.2009

Atlas Sound "Let The Blind Lead Those Who Can See But Cannot Feel"

atlas_sound_blind.jpg Note : 8/10

Meilleurs titres : River Card/ Quarantined/ Ativan

Ayant adoré le récent double album de Deerhunter Microcastle/Weird Era Cont. (à tel point qu’il figure tout en haut de mon best of 2008), je me suis évidemment intéressé d’un peu plus près à ce qui touche ce groupe et son chanteur-leader, Bradford Cox.
Or il se trouve que Cox avait sorti, un peu plus tôt dans l’année, un album solo sous le nom de Atlas Sound, album intitulé Let The Blind Lead Those Who Can See But Cannot Feel.

Lorsqu’on pense au double album avec Deerhunter et à cet album solo en 2008, plus le fait que le précédent Deerhunter, Cryptograms, date de 2007 seulement, on comprend que l’inspiration de Bradford Cox est foisonnante : selon moi seuls les meilleurs sont capables de creuser tant de projets en si peu de temps. Je pense par exemple à Billy Corgan dans les années 90, le chanteur, guitariste et tête pensante des Smashing Pumpkins qui, en plus des extraordinaires albums qu’il sortait, était capable de balancer sur le marché des tas de faces-B d’une qualité exceptionnelle (témoins le super disque Pisces Iscariot et le génialissime coffret The Aeroplane Flies High). Je pense, plus récemment, à Matthew Bellamy, chanteur, guitariste et tête pensante de Muse qui lui aussi, en plus de ses talents de musicien ébouriffants, n’y va pas avec le dos de la cuillère question faces-B.

Mais que vaut donc l’album Let The Blind Lead Those Who Can See But Cannot Feel de Bradford Cox alias Atlas Sound ? Bien entendu, on cherchera pour commencer les points de comparaison et de divergence avec Deerhunter et, à vrai dire, ce ne sera pas tâche impossible à surmonter.
Côté points communs, des influences parfois proches qui vont vers l’ambient, la new wave et le shoegaze. Des façons d’amalgamer à ces influences des ambiances plus pop ("River Card") voire rétro ("Ativan"). Des titres qui parlent de ghost stories, de maladie ou de froid glacial. Amoureux de popsongs qui foutent la pêche, passez votre chemin !
Côté divergences avec Deerhunter, une veine encore plus mélancolique et intimiste qui glisse parfois vers la claustrophobie et l’étouffement. Une production beaucoup plus influencée par l’electro (utilisation de samples comme sur "A Ghost Story" ou de loops comme sur "Cold As Ice", recours à des effets synthétiques et des boîtes à rythme comme sur "Quarantined" ou "On Guard").

Let The Blind Lead Those Who Can See But Cannot Feel de Atlas Sound serait un peu, toutes proportions gardées, à rapprocher de The Eraser, l’album solo de Thom Yorke, le chanteur de Radiohead. Par rapport aux opus de son groupe Radiohead, The Eraser était plus minimaliste, plus dépouillé, plus expérimental aussi, plus electro. On pourrait dire la même chose avec Atlas Sound.
Très bon exemple de ce rapprochement selon moi : les titres "Cold as Ice" de Atlas Sound et "Harrowdown Hill" de Thom Yorke, qui jouent tous deux sur le croisement entre un loop de guitare limite funky et une rythmique electro-dance minimaliste.
Mais le rapprochement s’avère aussi marqué en ce qui concerne la voix. The Eraser avait permis à Yorke d’exposer un peu plus sa voix qu’il ne le faisait sur les albums de Radiohead, la faire jouer sur d’autres nuances, plus intimistes. Avec cet album solo, Bradford Cox fait la même chose : il pousse sa voix dans les aigus, lui appose beaucoup d’écho, la traite presque comme un instrument à part entière.
Mis à part Thom Yorke, l’empreinte de My Bloody Valentine est également perceptible sur plusieurs titres de l’album. La palme sans doute à "Small Horror" et "Ready, Set, Glow" qui rappellent certaines plages du classique Loveless.

Avec son atmosphère languissante et éthérée, vaporeuse et aérienne, nostalgique et élégiaque, Let The Blind Lead Those Who Can See But Cannot Feel nous permet de découvrir une autre facette de Bradford Cox et d’offrir un pendant plus personnel à ce qu’il apporte au sein de son groupe Deerhunter.
Je ne saurais trop conseiller d’écouter ce très bel album dans un état proche du demi-sommeil, une nuit d’insomnie au fond de son lit par exemple ou un matin lorsqu’on peut traînasser un peu et qu’on n’est pas obligé de répondre à l’injonction du réveil. Ou bien encore une après-midi où il fait bien pourri dehors et qu’on peut rester tranquillement chez soi au chaud, ou pour finir un jour que l’on est cloué chez soi avec une bonne fièvre et vaguement délirant ou léthargique.
Cela accentuera sans doute l’impression d’avoir affaire à une sorte de rêve ou d’idée confuse qui tourne dans la tête sans que l’on sache exactement de quoi il s’agit. Certaines œuvres précieuses sont ainsi : même si l’on n’arrive pas vraiment à mettre le doigt dessus elles ne nous quittent pas facilement et reviennent affleurer à notre conscience comme un leitmotiv entêtant et envoûtant, à l’image de la superbe "River Card".

27.12.2008

Shugo Tokumaru "EXIT"

tokumaru_exit.jpg Note : 8/10

Meilleurs titres : Parachute/Sanganichi/Hidamari

Le lecteur d'A REBOURS le sait, j'aime assez ce qui vient du Japon : la littérature et le cinéma par-dessus tout, mais aussi la musique. Je me suis donc intéressé à la sortie récente de l'album EXIT de Shugo Tokumaru.

C'est évidemment d'abord à son compatriote Cornelius qu'on songe lorsqu'il faut essayer de situer ou comparer Shugo Tokumaru. En effet, comme celle de Cornelius, la musique de Shugo Tokumaru est traversée d'influences multiples et reflète l'amour du "bricolage" et du collage d'instruments hétéroclites, qui vont des guitares aux synthétiseurs en passant par les ukulélés, les banjos, les flûtes et les jouets d'enfants. Comme Cornelius, Shugo Tokumaru est une espèce de poly-instrumentiste qui fait tout lui-même, y compris la production de l'album sur des logiciels électroniques. L'écoute d'EXIT met donc en lumière un côté patchwork et "tour de Babel musicale" qui interpelle également tout auditeur de Point ou Sensuous, les deux meilleurs albums de Cornelius.

Toutefois, les différences entre les deux artistes japonais sont, à mon avis, au moins aussi importantes que ce qui les rapproche. Incontestablement, les paysages musicaux de Shugo Tokumaru sont majoritairement imprégnés de pop, de folk et de country, ce qui n'est pas le cas de Cornelius, lequel incorpore dans sa musique la totalité des genres musicaux (funk, electro et techno, rock dur…). L'ambiance d'EXIT m'évoque ainsi davantage John Lennon ou, pour prendre un exemple plus contemporain et ô combien illustre, Sufjan Stevens.
De ce point de vue, l'écoute de très beaux titres tels "Sanganichi" ou "Hidamari", portés par une voix très douce (on ne dirait d'ailleurs quasiment pas que Shugo Tokumaru chante en japonais), font d'EXIT un album relativement classique.
"Green Rain", "Clocca" ou "Button" sont pour leur part plus "bricolos" et moins immédiatement mélodiques, mais se dégagent néanmoins d'eux aussi une certaine mélancolie et nostalgie, assez typiques des univers pop-folk passés ou présents.

Autre petite influence que j'ai crue déceler dans certaines compos d'EXIT (notamment "La La Radio" ou "Green Rain"), celle des musiques de Joe Hisaishi auquel le cinéaste Takeshi Kitano a fait appel pour la plupart des B.O. de ses films (A Scene at the Sea, Sonatine, Kids Return, Hana-Bi…). On y retrouve les mêmes clins d'œil pour des thèmes traditionnels japonais "popifiés" et un goût pour les sons et arrangements un peu naïfs qui flirtent avec la comptine enfantine.
Assez remarquable également, le dernier titre de l'album, "Wedding", complètement instrumental, entièrement au banjo, qui se paye le luxe de ne pas être chiant ! Les deux premiers tiers du morceau sont basés sur des accord mineurs plutôt tristes, le dernier tiers bascule quant à lui vers une rythmique plus punchy et galopante.

Mais l'un des plus beaux morceaux d'EXIT, qui ouvre d'ailleurs l'album, c'est "Parachute". Cette chanson (portée par une guitare folk très énergique et inventive) illustre le meilleur de Shugo Tokumaru, à savoir l'art de composer des chansons à la fois gaies et tristes, immédiatement accrocheuses et pourtant plus complexes qu'elles en ont l'air.
On se surprendra donc à siffloter "Parachute" partout, dans la douche, dans la voiture, au soleil, sous la pluie (à midi ou à minuit), qu'on soit euphorique ou en plein spleen.
En soi, voilà qui est déjà un tour de force. Je me demande s'il faut forcément en demander beaucoup plus ?

23.11.2008

Deerhunter "Microcastle/Weird Era Cont."

deerhunter_microcastle.jpg Note : 9/10

Meilleurs titres :
Agoraphobia/ Never Stops/ Operation

L'album que Deerhunter a sorti récemment a de quoi laisser admiratif. Avant tout, il s'agit d'un double album : le premier disque s'intitule Microcastle et le deuxième Weird Era Cont. Les doubles albums ne sont pas si fréquents, ce qui fait qu'on pense instantanément aux grands concept albums du genre The Wall ou Mellon Collie & The Infinite Sadness.
Mais attention, dire de Microcastle/Weird Era Cont. qu'il est un concept album serait excessif. Bien sûr, les deux disques forment une seule et même œuvre qui est assurément l'une des meilleures surprises de 2008, bien sûr des correspondances existent entre les deux disques (la plus belle, c'est la reprise sur Weird Era Cont. de "Calvary Scars", une chanson dont on trouvait une première ébauche très courte sur Microcastle, qui s'étire ici sur dix minutes et clôt magnifiquement l'album), cela étant Deerhunter, on le sent, n'a pas cherché à faire son Pink Floyd.

Au-delà de ces considérations sur le double album, ce qui impressionne c'est la maîtrise musicale dont fait preuve Deerhunter avec Microcastle/Weird Era Cont.
Microcastle commence magnifiquement avec une plage courte et instrumentale, "Cover Me (Slowly)", qui met immédiatement dans l'ambiance : une ambiance dark, éthérée et vaporeuse, propre aux groupes influencés par la new wave et le shoegaze, ce qui est à l'évidence le cas de Deerhunter. Le titre suivant, "Agoraphobia", reprend les accords mineurs de "Cover Me (Slowly)", modifiant le tempo et l'ambiance de la chanson (un peu plus pop), ajoutant surtout le chant. On se dit que ça commence vraiment très bien.
Arrive ensuite "Never Stops" et son riff de départ extrêmement percutant, le refrain aérien et les "aah, aah" très convaincants du chanteur Bradford Cox, et alors là on commence à réellement dresser l'oreille, comprenant qu'on a affaire à du lourd. Le reste de Microcastle ne décevra pas, bien au contraire. Creusant un sillon qui mélange subtilement et brillamment psyché (Pink Floyd), krautrock, new wave (Joy Division) et shoegaze (My Bloody Valentine), mais aussi influences plus punk et indus (Nine Inch Nails) voire gothiques (The Cure ou Gish, le premier Smashing Pumpkins), je ne vois pas quel amateur de rock indie ne serait pas immédiatement séduit et convaincu par l'effort incroyable que vient de livrer Deerhunter. Chaque morceau vaut le détour, mention spéciale à "Little Kids", "Nothing Ever Happened" ou "Saved By Old Times" et ses histoires de vampires de l'ère victorienne.

En refermant Microcastle, on se dit que Weird Era Cont. ne peut pas poursuivre au même niveau et qu'il s'agit sans doute de chutes de studio. Force est pourtant de constater que si ce second opus est, à certains égards, un peu plus expérimental et bruitiste, il vole quand même très, très haut et que bien des groupes aimeraient ne produire qu'un ou deux titres de cet acabit.
C'est "Backspace Century" qui ouvre les hostilités : la production de ce titre est très influencée par la new wave post-punk des années 80 dont s'inspirent de nombreux groupes ces dernières années (j'avais autrefois, au sein d'une chronique patchwork, évoqué l'album des texans I Love You But I've Chosen Darkness). Pourtant, et c'est ce qui démarque nettement Deerhunter du lot, leurs influences finissent par former un tout cohérent et à part, bref original, ce qui leur permet de décocher des compos absolument géniales comme "Operation", le deuxième titre de Weird Era Cont. qui se paye le luxe de mixer, à toutes les influences précédemment évoquées, des riffs de guitare funky et une batterie quasiment disco, mais plus encore de partir sur un rythme 4x4 puis de le casser au moment du refrain pour basculer sur un ternaire bien plus aérien.
Parmi les moments particulièrement intéressants, je retiendrai les deux titres qui se répondent en écho "Vox Celeste" et "Vox Humana" : le premier est totalement dans l'esprit du rock indie de groupes un peu noisy comme The Jesus And Mary Chain ou My Bloody Valentine, le deuxième par contre surprend davantage avec une intro et une rythmique fifties, un peu comme dans ces films de David Lynch où surgissent soudain des mecs et des nanas rockabilly. J'aime aussi particulièrement la basse très accrocheuse de "Focus Group" et, bien sûr, le final de l'album "Calvary Scars II/ Aux Out" puisqu'il débute avec une guitare et une voix pleines de reverb et d'échos, qui sont très vite rejoints par une batterie et une basse de plus en plus pêchues et servies par des accords mineurs vraiment bien trouvés.

On l'aura compris, j'ai adoré ce nouvel album de Deerhunter : je pense que c'est peut-être le groupe qui manquait au rock indépendant depuis quelques années, celui des grandes heures, d'ailleurs ce n'est probablement pas un hasard si Microcastle/Weird Era Cont. paraît sur le label mythique 4AD (Pixies, Belly, Breeders, Blonde Redhead…). Album à la fois très énergique et vénéneux, classique et innovant, il illustre avec excellence la tendance du rock malade et claustrophobe que, personnellement, j'affectionne particulièrement. Je dis bravo !

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