30.07.2008
Weezer "Red Album"
Note : 8,5/10
Meilleurs titres : The Greatest Man That Ever Lived/ Heart Songs/ The Angel and the One
Grâce à Weezer, la couleur musicale de l’été sera donc : le rouge !
Je le dis tout net : je n’espérais plus que Weezer, malgré leur talent, malgré le fait que je les écoute depuis leurs débuts en 94, nous ponde un aussi bon album.
Je m’étais fait à l’idée que le mythique "album bleu" (leur premier), que le non moins mythique Pinkerton (leur second), étaient en quelque sorte indépassables. Non pas que Weezer, par la suite, ait pondu des merdes. Mais enfin, il y avait une tendance à la popification (pardon pour cet énième néologisme) excessive, notamment sur "l’album vert", ou bien aux opus moins aboutis et moins cohérents (la palme à Maladroit).
Et puis voilà : 2008 semble marquer un certain retour au génie. Avec cet "album rouge" (une tradition donc chez Weezer, de ne pas nommer certains de leurs albums mais d’apparaître posant tous les quatre sur un fond de couleur – qui devient, du coup, le titre de l’album), je ne vois pas qui pourrait ne pas succomber au songwriting de Rivers Cuomo, le chanteur, guitariste et principal compositeur du groupe.
Les ingrédients classiques de Weezer sont tout entier présents : chansons qui flirtent toujours entre la surfpop des Beach Boys et le grunge-garage des années 90, chansons pleines de guitares tantôt douces tantôt saturées, chansons rythmées de chœurs rigolos et qui donnent la pêche. Dans cette veine, voir "Troublemaker", "Porks and Beans" ou "Dreamin".
Mais l’album contient aussi son lot d’expérimentations, qui permettent au groupe d’atteindre une autre dimension. Ainsi, les rockers nous en mettent plein la vue et les oreilles sur "The Greatest Man That Ever Lived", un titre ambitieux, épique et délirant tel que Weezer n’avait jamais osé en proposer. Le titre se divise en plusieurs parties, certaines très heavy rock, d’autres beaucoup plus planantes, avec également des intermèdes vocaux à la limite de la polyphonie, bref c’est relativement inénarrable et mieux vaut l’écouter pour comprendre.
Autre coup de cœur pour "Heart Songs", une chanson très jolie, dans la lignée des balades un peu sirupeuses mais jamais mièvres que Weezer affectionne particulièrement, mais dont les paroles enrichissent considérablement la portée : en effet, c’est une sorte de clin d’œil à tous les titres qui ont bercé l'univers musical de Rivers Cuomo et qui explique aussi comment Weezer est devenu Weezer.
Toujours au chapitre des balades, on peut regretter que les boums et les slows n’existent plus beaucoup, parce que sinon des pelles nombreuses se seraient roulées sur "The Angel and the One". C’est simple, joli, émouvant (à moins d’être vraiment obtus) : il n’en faut pas plus pour faire de très belles chansons !
Au bout du compte, si on ajoute aussi le fait que Rivers Cuomo laisse un peu plus d’espace à ses musiciens pour s’exprimer, ce "red album" est un cocktail absolument réussi, qui devrait très vite s’imposer comme un très bon cru et qui devrait aussi bercer notre été : à écouter à fond chez soi, dans sa voiture ou dans son ipod, jusqu’à épuisement.
Mention spéciale pour la couverture de l’album, très second degré (enfin, j’espère !) : c’est ça aussi, que je trouve marrant et attachant chez Weezer, ce côté pas très sérieux et limite potache.
13:55 Publié dans Musik | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, rock, culture
17.07.2008
Summer Spleen
Alors que l’été arrive et, avec lui, son cortège probable de chansons pourries et autres "tubes de l’été" (pour mémoire : Lambada, Soca Dance, Macarena, Chihuahua, Mambo n°5, etc.), mettons un petit coup de projecteur sur trois albums sortis dans les mois ou semaines derniers et qui pourraient peut-être donner une coloration moins convenue, parfois aussi plus mélancolique, à votre été.
Goldfrapp, dont l’univers musical évolue et navigue toujours là où on ne l’attend pas, m’a positivement charmé avec Seventh Tree. Il suffit de tomber nez à nez avec la pochette du disque pour, déjà, se retrouver dans une dimension hybride et trouble qui oscille entre l’érotisme italien des années 70 et Barry Lyndon de Stanley Kubrick.
L’écoute des plages ne déçoit pas, au contraire : dès le premier titre, "Clowns", une ambiance particulière s’installe, qui ne quitte jamais vraiment l’album malgré des moments peut-être moins réussis. L’ensemble emporte largement l’adhésion, que ce soit avec "Happiness" ou "A&E", autant grâce aux orchestrations très inspirées qu’à la voix d’Alison Goldfrapp, toujours aussi douce et sexy.
Portishead, pour sa part, est rare. Alors que Dummy, qui s’est immédiatement imposé à sa sortie en 1994 comme "la" référence trip-hop, était le premier album studio du groupe, Third qui vient de sortir n’est que (comme son nom l’indique) le troisième ! Autant dire que les choses se font sans précipitation à Bristol…
Mais le résultat est globalement à la hauteur. Le début d’album est vraiment excellent, avec un mélange de son un peu lourd comme on en avait peu entendu chez les anglais ("Silence") et de titres plus neurasthéniques ("Hunter"). Dommage que le milieu de l’album faiblisse un peu à mon avis. Moins maîtrisé, moins agréable à l’écoute, il empêche Third d’être un chef-d’œuvre malgré son haut niveau.
Pour le côté un peu ironique, je me demande si l’electro très particulière de Portishead n’a pas influencé des groupes comme Radiohead, lesquels sonnent maintenant de façon si spécifique et personnelle qu’on dirait presque… que c’est Portishead qui s’inspire d’eux !
The Notwist est probablement le groupe le plus confidentiel de cette chronique. Pour commencer, ils sont allemands. Mais pas d’inquiétude pour ceux qui ne peuvent souffrir la langue de Goethe : The Notwist chante uniquement en anglais, avec une musique également d’inspiration anglo-saxonne. Aucune culotte en cuir donc, aucun chapeau à plume, aucun relent de bière, malgré les origines bavaroises de ce quatuor.
C’est à l’époque du très bel album Neon Golden que les Notwist ont acquis une certaine notoriété, toute relative, mais les personnes qui s’intéressent d’un peu plus près à la bonne musique ont également fait le lien avec Lali Puna, génialissime groupe dont j’ai déjà parlé dans ce blog. En effet, il y a un membre commun à Notwist et Lali Puna, c’est Markus Acher.
Toujours est-il que The Devil, You + Me est à rapprocher de Neon Golden : même goût pour les chansons electro pop un peu éthérées et pas franchement rigolotes, même son très indie rock connoté nineties, voilà qui ne révolutionne pas le son des Notwist mais a quand même le mérite de proposer certains très jolis titres ("Good Lies", "Gravity" entre autres).
Il faudra donc, cet été, se déhancher jusqu’à pas d’heure sur les éternels David Guetta et autres Benassi Bros, succomber aux non moins éternels "tubes de l’été", mais pourquoi pas aussi approfondir un certain spleen qui, au final, s’avère fécond et presque revigorant !
21:05 Publié dans Musik | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, rock, culture
08.05.2008
Muse "Haarp"
Note : 8/10
Moins de deux ans après Black Holes & Revelations, Muse sort un coffret CD/DVD live de leur tournée. Baptisé HAARP en référence au fameux projet scientifique et militaire américain, lequel a déjà fourni une glose presque infinie qui alimente notamment la théorie du complot (un exemple ici), ce live illustre parfaitement où en est le groupe de rock aujourd'hui : en l'occurrence très haut.
C'est dans le nouveau et gigantesque stade de Wembley que ce live a été enregistré : le premier jour, c'est le CD qui est gravé pour l'éternité ; le deuxième, c'est au tour du DVD.
Deux concerts donc, l'un pour les oreilles uniquement, l'autre pour les yeux et les oreilles. De très nombreux points communs entre les deux objets puisqu'il s'agit en fait grosso modo du même concert, mais quelques différences : le CD contient moins de titres que le DVD ; sur le DVD est présente "Plug In Baby" alors qu'elle est absente du CD ; inversement, est présente sur le CD "Micro Cuts" alors qu'elle n'apparaît pas sur le DVD.
HAARP est-il l'un de ces live conventionnels et qui ne cherchent qu'à faire encore un peu plus d'argent ? Peut-être un peu, mais il suffit d'entendre résonner les premières notes pour malgré tout être complètement pris par la puissance sonore et scénique du trio britannique. Car Muse, s'il est excellent sur album, est carrément grandiose sur scène.
Par un de ces phénomènes inexplicables qu'on appelle le don, Matthew Bellamy, chanteur-guitariste (et aussi pianiste) de Muse, est capable de renverser n'importe quelle salle de concert ou n'importe quel stade. Sa voix, aussi bonne sur scène qu'elle l'est sur disque, son jeu de guitare et/ou de piano virtuose (il est probablement l'un des meilleurs musiciens rock actuels), son énergie communicative, font immédiatement du groupe en concert une sorte de summum quasi-impossible à égaler.
Il ne serait évidemment pas juste de laisser de côté Chris Wolstenholme, l'excellent bassiste du groupe (qui dans HAARP est également à la guitare sur "Hoodoo"), ainsi que Dominic Howard, un batteur dont le jeu était selon moi, sur les trois premiers albums, carré mais jamais spectaculaire et qui, depuis Black Holes & Revelations, a acquis une force et une densité indéniables.
Que dit HAARP de Muse ?
1/ D'abord que l'aspect un peu déstabilisant de Black Holes & Revelations, deux ans après, est pratiquement gommé. En jouant magistralement sur scène la plupart des titres du CD, ce qui n'était pas forcément gagné, Muse permet de mieux comprendre en quoi ces compos restent fondamentalement rock malgré les nombreux effets intégrés. La première chanson du concert est la fantastique "Knights of Cydonia" : rien que pour ça, on aurait aimé être à la place du public ce soir-là ! Mais "Supermassive Black Hole", "Map of the Problematique", "Invicible", le méga-tube "Starlight", "Take A Bow" sont autant de morceaux de bravoure exécutés avec maestria.
2/ Ensuite que la musique classique semble prendre de plus en plus d'importance dans leur travail de composition. Ce n'est certainement pas un hasard si leur spectacle s'ouvre sur les notes du fameux ballet de Prokoviev Romeo & Juliette (et plus particulièrement l'extrait, tiens donc, "Dance of the Knights") : les Muse veulent sans doute montrer que les frontières entre les genres sont, dans leur musique, relativement perméables. Dès leur premier album, la dimension symphonique et parfois romantique (piano oblige) de leur travail ne pouvait nous échapper, cela dit c'est avec les trois albums suivants que cette très forte influence s'est le plus marquée. Rachmaninov et Chopin semblent être, au clavier, les sources principales d'inspiration de Matthew Bellamy (sur le live, voir notamment : "Butterflies & Hurricanes", "Hoodoo" et "Apocalypse Please"). Quant à Beethoven et Bach, ils s'inscrivent en filigranes y compris dans des titres a priori plus rock (comme "Plug In Baby" par exemple).
3/ Enfin que Muse possède un répertoire dont plusieurs extraits sont d'ores et déjà des classiques : "Newborn" bien entendu (peut-être dans le top 3 des meilleurs titres jamais écrits par le trio ?), "Time is Running Out", "Blackout", "Hysteria", "Unintended", on n'en finit déjà plus. C'est évidemment avec intérêt que l'on suivra l'évolution du groupe dans les mois et années qui viennent.
Tout cela étant dit, il faut regretter que ce CD/DVD soit à certains égards relativement comparable au DVD sorti au moment de l'Absolution Tour : même configuration dans un stade, même réalisation assez léchée mais un peu "MTV-esque" avec beaucoup de couleurs, beaucoup de plans différents... Ce n'est pas l'originalité et l'inspiration qui étouffent la mise en scène et le concept de départ : on est bien loin, par exemple, du DVD ultra-percutant des White Stripes avec concert filmé en super-8 ! Cela rejoint d'ailleurs un autre constat : le fait que Muse est généralement mauvais dans ses vidéo-clips.
Bref, nos trois histrions n'ont pas su réellement trouver une esthétique à la hauteur de leur musique. C'est peut-être pour eux, dans les temps qui viendront, l'un des défis majeurs à relever !
11:41 Publié dans Musik | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, concert, rock
24.11.2007
Le quizz du jour (6)
Dans les dernières semaines, quelle a été selon vous la démarche la plus intéressante pour questionner le devenir de l’industrie musicale, notamment sur internet ?
1/ la mise en ligne, par le groupe de rock Radiohead, de son nouvel album In Rainbows, avec la possibilité pour l’internaute de le télécharger en donnant la somme qui lui semblait juste (quitte à le télécharger gratuitement) ?
2/ la remise du rapport sur "l’offre culturelle et le piratage sur internet" par Denis Olivennes, PDG de la Fnac, lequel a immédiatement suscité les commentaires les plus avisés du chef de l’Etat (ces ultra-fraîches initiatives olivenno-sarkozystes ayant été précédées, voici une semaine, par la tribune de Jean-Louis Murat parue dans le Monde et intitulée "La crise du disque est un leurre") ?
Merci, comme toujours, de justifier un minimum votre réponse.
12:15 Publié dans Musik, Quizz, TV, radio, presse écrite | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, Musique, culture, politique, france, société
Hurtmold "Mestro"
Note : 8/10
Meilleurs titres : Mestro/ Chuva Negra/ Musica Politica Para Maradona Cantar
Oui, le post-rock brésilien existe. Hurtmold en est la preuve. Ce groupe créé en 1998 et que je ne connaissais pas (et que je n’aurais probablement pas connu si une âme pure et généreuse ne m’avait offert Mestro pour mon anniversaire), est très intéressant et mérite que l’on s’y arrête.
Alors bien sûr, si vous détestez le rock très largement instrumental (Hurtmold chante un peu sur "Chuva Negra" mais c’est tout), si vous n’aimez pas les structures musicales un poil ambitieuses, si votre truc dans la vie c’est la pop la plus commune et acidulée, dont la durée de surcroît ne doit pas excéder 3 minutes 30, passez d’emblée votre chemin.
Si, en revanche, des groupes comme Tortoise, Mo g wai, Godspeed You Black Emperor ! ou pourquoi pas Sigur Ros (encore qu’ils soient devenus lourds selon moi) vous intéressent, il est probable que les brésiliens de Hurtmold ne vous laisseront pas indifférent.
Même si certains plans ou certaines idées gagneraient encore à être affinés, épurés, même si d’autres semblent avoir déjà été un peu entendus, Mestro est un album très cohérent, très carré aussi, qui positionne de façon sérieuse Hurtmold dans une scène rock et post-rock mondialisée.
Par ailleurs, l’univers de ce groupe très étoffé (six personnes au total) ne s’arrête pas au post-rock "classique" : en effet, les influences latines et brésiliennes sont très vite audibles dans la musique de Hurtmold (surtout dans les rythmiques), ce qui l’enrichit considérablement et la rend plus originale et singulière.
L’ouverture aux influences est d’ailleurs ce qui caractérise le mieux Hurtmold : des consonances jazz, dans une moindre mesure dub, et de façon très minime electro, étoffent les bases plus rock de ce groupe très prometteur et très technique.
Cet élargissement du socle post-rock est assurément la force de Hurtmold (et ce qui procure à l’auditeur un aussi vif plaisir). Ce qui n’exclut pas non plus les riffs plus noisy, que ne renieraient probablement pas les Sonic Youth (notamment sur "Chuva Negra", l’un des très bons titres de cet album).
Le mieux est maintenant que vous alliez constater cela par vous-même, histoire que les ventes françaises de Hurtmold dépassent les dix exemplaires ;-)
12:02 Publié dans Musik | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, Musique, rock, culture
15.11.2007
"OK Computer : a classic album under review"
Ah, c’est toujours ambigu les anniversaires…
D’un côté le temps passe et c’est déprimant, non pas parce que l’on vieillit mais plutôt parce que chaque nouvelle année donne l’occasion de dresser un bilan du chemin parcouru, et l’on se rend compte qu’on n’est pas toujours à la hauteur. Pour les plus cultivés d’entre vous, cela me rappelle le "spleen" du narrateur de la Recherche du temps perdu, lorsque le Nouvel An arrive.
Mais d’un autre côté, c’est une occasion de se retrouver en familles et/ou entre amis, de passer des bons moments et aussi … d’avoir des cadeaux ;-) Ce qui ne gâche rien, c’est que ces cadeaux peuvent potentiellement nourrir de nouvelles chroniques sur ce blog, ainsi la boucle est bouclée !
Bref, venons-en à ce documentaire sur OK Computer de Radiohead. Il faut reconnaître qu’il laissera sur sa faim celui qui aurait souhaité avoir une approche sur le making-of de l’album. Rien de tel ici : ce sont des critiques musicaux anglais (attention : en VO sans sous-titres !) qui décortiquent l’album chanson après chanson.
Quelques considérations, bien entendu, sur les mélodies, les accords, les ambiances, malheureusement aucune image de studio au moment où l’album était enregistré, aucune interview des membres du groupe ou de Nigel Godrich pour éclairer tel ou tel élément de production ou tel ou tel choix musical, rien que des paroles de critiques musicaux (certaines intéressantes, d’autres plus convenues).
Un autre DVD sur cette problématique particulière et cruciale du making-of de l’album (un peu dans l’esprit de celui fait sur Dark Side Of The Moon par exemple) resterait donc à faire.
Par rapport au contenu des interventions critiques, on retiendra quelques éléments.
Par exemple, lors des commentaires sur la chanson "Karma Police", il est remarqué qu’un des plans joués au piano est très inspiré de "Sexy Sadie" des Beatles (sur le White Album). Il faut reconnaître, à l’écoute, que c’est effectivement convaincant.
Autre influence intéressante notée par l’un des intervenants : sur "Climbing Up The Walls" (surtout le final), des liens évidents peuvent être tissés avec la musique du compositeur polonais Krzysztof Penderecki. Ce n’est pas la première fois que des comparaisons avec des musiciens classiques sont établies au sujet de Radiohead, toujours est-il que le groupe puise effectivement dans une inspiration très large et ambitieuse.
Il est également demandé aux différents spécialistes, à la fin du documentaire, si selon eux OK Computer peut être considéré comme un concept album. Les réponses varient mais, globalement, je suis assez d’accord avec ceux qui pensent que malgré une cohérence et une homogénéité très fortes au sein de l’album, malgré un effort monumental fait sur la production (reverb et delay à tout va, ce qui donne cette sensation de flottement et d’apesanteur), malgré l’esthétique soignée de l’album (tant dans le graphisme que dans les paroles et le titre même de l’opus, qui jouent sur le sentiment de solitude de l’individu contemporain au milieu d’un univers mécanisé, technologique et impersonnel), que donc malgré tout cela qui crée une très forte unité, on ne peut pas parler de concept album mais juste d’album (quasi) parfait.
Le mérite de ce DVD, alors même que vient de sortir In Rainbows, est aussi de relancer la réflexion sur l’œuvre de Radiohead : OK Computer reste-t-il, en tous cas pour le moment, l’apogée du groupe ?
A mon avis, la réponse est oui. J’ose affirmer que, selon moi, Radiohead n’a pas pu faire mieux depuis. Bien entendu, l’expérience tentée avec Kid A restera dans les annales. Bien entendu, depuis OK Computer, des tonnes de superbes chansons ont été commises par le groupe. Bien entendu, l’une des toutes meilleures chansons jamais écrites par les Anglais reste, selon moi, "Street Spirit (Fade Out)", qui date de The Bends.
Malgré cela, aucun autre album n’a la perfection et l’harmonie de OK Computer. Tout y est nécessaire et indispensable (à part le titre "Electioneering"). Ce qui m’amène à la réflexion suivante : peut-être que si Radiohead avait pu fusionner Kid A et Amnesiac en prenant le meilleur des deux, et avait fait la même chose avec Hail To The Thief et In Rainbows, alors il aurait réussi à égaler la performance sensationnelle réalisée avec OK Computer.
Mais je suis sûr que beaucoup de mes lecteurs ne seront pas d’accord avec moi…
21:33 Publié dans Musik | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, Musique, culture, rock
16.10.2007
Devendra Banhart "Smokey Rolls Down Thunder Canyon"
Note : 8/10
Meilleurs titres : Sea Horse/ Sea Side/ Freely
J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer brièvement l’univers de Devendra Banhart, et plus particulièrement son album (à mon sens le meilleur) Cripple Crow. Le chanteur et guitariste folk revient avec Smokey Rolls Down Thunder Canyon, un album intéressant qui marque à la fois un approfondissement de son style ainsi que quelques (légères) évolutions.
Au chapitre de l’approfondissement, Banhart continue de creuser un sillon folk-psyché-world qu’il entretient depuis longtemps maintenant – même si, des débuts extrêmement épurés où guitare et voix se suffisaient presque à elles-mêmes aux orchestrations plus riches (depuis Cripple Crow notamment), beaucoup de chemin a été parcouru.
De même, l’alternance entre chants en Anglais et chants en Espagnol (l’auteur-compositeur a passé une partie de son enfance au Venezuela) ne faiblit pas, bien au contraire. Ce ne sont pas que les paroles, ce sont aussi les influences musicales latino-américaines qui se font sentir. Flirt avec la bossa, la samba, tout y passe, et comme Banhart aime encore à élargir ses horizons, il nous propose même un titre qui incorpore des éléments reggae.
Finalement, la même impression de patchwork stylistique et culturel, ressentie dans les albums précédents, saisit l’auditeur (puisque, au-delà de la structure folk et de ces nombreux éléments world, il faut également noter des inspirations rock ou be-bop).
Pourtant, des évolutions se dessinent. La plus enthousiasmante concerne la capacité de Devendra Banhart à rendre plus "planantes" certaines de ses compositions, grâce à une production un peu moins sèche et plus travaillée que sur ses précédents opus. Les meilleurs exemples de cette tendance restent les très belles "Sea Side" et "Freely", qui nous donneraient presque l’impression que Nigel Godrich (l’ingé son de Radiohead) est passé par là.
Autre inflexion en partie positive : la propension de Banhart à complexifier et étirer certaines structures. Sans doute aurait-il autrefois misé sur une idée, sans aller chercher beaucoup plus loin. Désormais, il se permet des complications de bon aloi, comme sur "Sea Horse" (qui commence lentement et se termine dans des sonorités authentiquement rock) ou "Rosa" (ballade psyché un peu tordue).
Malgré ces éléments extrêmement positifs, quelques réserves sur l’album (qui n’engagent évidemment que moi).
D’abord, l’aspect patchwork du travail musical de Banhart, poussé ici à son paroxysme, peut finir par agacer. En effet, on n’est parfois plus très loin de l’exercice de style un peu vain.
Ensuite, les expérimentations sur les chansons, leur allongement, leur côté alambiqué, donnent quelquefois le meilleur (voir ci-dessus), mais c’est parfois plus contestable. On est alors pas loin de s’ennuyer un peu, ne voyant plus très bien où le barde veut nous conduire.
Bien entendu, tout cela reste très personnel, se fédère autour de la voix et de la personnalité de son auteur, mais l’équilibre menant à l’harmonie n’est pas toujours pleinement atteint.
Une fois ces nuances listées, il faut malgré tout reconnaître que Smokey Rolls Down Thunder Canyon nous fait voir du pays, nous plonge dans des mondes riches et bigarrés, nous emporte dans son intertextualité. C’est déjà pas si mal.
21:44 Publié dans Musik | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : musique, Musique, rock, culture
12.10.2007
Radiohead "In Rainbows"
Note : 8,5/10
Meilleurs titres : Nude/ Weird Fishes/Arpeggi/ Videotape
Une stratégie commerciale inédite est testée par le groupe Radiohead depuis deux jours : la mise en ligne de leur dernier album, In Rainbows, sur un site spécialement dédié.
L’internaute intéressé peut télécharger l’album en déterminant lui-même le prix qu’il veut y mettre. Et s’il veut le télécharger gratuitement, eh bien il le peut aussi ! En toute légalité évidemment…
Alors, suicide commercial ? Altruisme ? Façon de lutter contre le piratage en espérant que certains le payent 100 livres et compensent ainsi une masse qui risque de le télécharger à l’œil ? Peut-être un peu de tout cela (même si, en décembre, le groupe sortira en CD, et dans le commerce cette fois, l’album + des chansons inédites).
Mais sans doute, surtout, une nouvelle façon d’être originale pour cette formation qui a toujours mis un point d’honneur à surprendre son monde et mêler musique de pointe, esthétique et discours politique.
Mais bon, ne faisons pas de la distribution inédite de l’album l’élément déterminant de cette chronique. Que vaut donc In Rainbows ?
Il s’agit selon moi d’un très bon album, dans la droite lignée du précédent opus, Hail To The Thief. Tout en continuant de proposer une musique exigeante et fouillée, Radiohead revient à des compositions plus abordables et moins expérimentales que celles de Kid A et Amnesiac, ce qui caractérisait déjà Hail To The Thief.
Autre élément central : moins d’électronique, plus de structures guitares/basse/batterie. Un peu comme si, en pondant son album solo The Eraser en juin 2006, Thom Yorke avait évacué ses tentations electro, ce qui lui aurait permis de se recentrer, au sein de Radiohead, sur les fondamentaux. C’est d’ailleurs sans doute volontaire (et ironique) de commencer l’album par la très bonne "15 Step" et son beat electro, car la chanson dérive ensuite sur des logiques presque jazzy qui font oublier ce côté "machinal", ce que confirme le reste de l’album dénué, à de rares exceptions près, de toute tentation techno.
Ce n’est pas pour autant que la batterie ne flirte pas, parfois, avec des beats hip hop ou trip hop : que ce soit "Weird Fishes/Arpeggi", "All I Need" ou encore "Reckoner", ces influences sont présentes – mais cela n’a rien de nouveau dans la discographie du groupe, qui a toujours su les mixer avec des logiques rock ou jazz (que l’on pense, par exemple, à "Talk Show Host" ou "Airbag").
Au chapitre des très bonnes surprises, on peut évoquer "Bodysnatchers" qui est une chanson assez rock, comme les cinq musiciens n’en avaient pas commis depuis un moment. La basse distordue n’est pas sans évoquer la production très sèche de "The National Anthem", sauf qu’ici le titre ne sombre jamais dans l’expérimental, se permettant un break planant avec guitare pleine de reverb et de delay.
Il y a surtout "Nude", une ballade ternaire et poignante, aux guitares subtiles tantôt jazzy tantôt bluesy, sans doute le meilleur titre de l’album (et qui personnellement m’évoque un peu "A Wolf At The Door", le dernier morceau de Hail To The Thief, mais en mieux).
J’aime aussi assez le dernier titre, "Videotape", parce qu’il a ce côté répétitif qui a fait les grandes heures du groupe (même si un ornement supplémentaire n’eût probablement pas été superfétatoire et même si les notes de piano peuvent finir par agacer).
Pourtant, et c’est le regret que l’on peut émettre, l’album manque peut-être d’au moins une autre chanson très fédératrice, malgré la qualité de titres comme "Weird Fishes/Arpeggi" (étonnante avec ses arpèges en cascades et sa montée dans la dernière minute et demie) ou, dans une moindre mesure, "Jigsaw Falling Into Place".
Je ne suis pas sûr par ailleurs que "Nude", malgré sa beauté, se hisse au niveau de classiques comme "Sail To The Moon", "Pyramid Song", "How To Disappear Completely", "Lucky" ou "Street Spirit (Fade Out)". Les écoutes au fil du temps le diront.
Je suis également un peu déçu que Radiohead n’exploite pas davantage "Faust Arp", qui ne dure que deux minutes et dont les accords de guitare et les arrangements orientalisants, très intéressants, auraient gagné à être creusés.
Ces quelques bémols énoncés, il reste que la musique de Radiohead continue de largement dominer ce qui se fait par ailleurs, que leur démarche artistique continue de susciter l’admiration et le respect, et que In Rainbows est une grande réussite qui ne marque en rien un fléchissement.
Moins obnubilés par l’idée de casser leur image, revenus peut-être à la volonté de simplement faire les meilleures chansons possibles, les cinq Anglais vieillissent très bien.
21:15 Publié dans Musik | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : musique, Musique, rock, culture, Art
01.06.2007
Electrelane "No Shouts No Calls"
Note : 8/10
Meilleurs titres : After The Call/ In Berlin/ Saturday
Tout ce qui nous sort un peu de la politique est bon à prendre ! Je vais donc parler du dernier CD d’Electrelane.
Electrelane est un groupe de filles qui nous viennent de Brighton. Elles sont loin d’en être à leurs débuts. En 2001 elles sortent Rock It To The Moon, un premier album très instrumental qui croise plusieurs influences, psyché notamment mais aussi noisy, dans un curieux mélange d’univers flashbacks et très modernes.
En 2004 un second opus, The Power Out, lui succède. Produit par l’infatigable et inamovible Steve Albini, cet album est assez différent : des voix et plus seulement de la musique, des compos plus "carrées" aux charpentes moins branlantes, une fibre pop sous la production assez rêche (qui flirte avec le krautrock).
Rapidement, un an plus tard, Electrelane fait paraître Axes qui renoue davantage avec l’inspiration des débuts : structures plus amples et alambiquées, majorité de titres instrumentaux.
C’est donc avec une certaine impatience que l’on attendait l’album suivant. Il est conforme à ce qu’on pouvait espérer (enfin, à ce que je pouvais personnellement espérer) : une fusion réussie des directions musicales, jusqu’alors foisonnantes et hétérogènes, du groupe.
No Shouts No Calls semble en effet marquer une pause dans le défrichage musical du quatuor : il synthétise le meilleur des expérimentations passées, des titres accrocheurs avec voix + ossature rock aux nappes instrumentales (mais plus accessibles que d’habitude et souvent ornées de chœurs : "Tram 21").
Et puis, malgré tout, Electrelane s’enrichit aussi : des arrangements parfois plus rock ("After The Call", "Between The Wolf And The Dog", "Five"), d’autres compos qui ressemblent fort à des balades ("In Berlin", "Saturday"), ce qui était jusqu’ici relativement inexistant dans la discographie des Anglaises.
Je me demande si certains ne vont pas interpréter cet album comme quelque chose d’un peu trop gentillet et prévisible, un peu éloigné des risques d’autrefois, à la limite plus "commercial".
Pour ma part c’est le contraire : j’aurais tendance à penser qu’avec cet opus plus simple et direct mais qui filtre subtilement les trois précédents, en extrait la substantifique moelle, Electrelane fait preuve d’une grande maîtrise et se prépare peut-être à élargir son public, sans réellement faire de compromis et à mille lieues de tout renoncement.
Ce qui est éventuellement perdu en péril artistique est largement compensé en cohérence et en justesse – en douceur aussi puisque, malgré la production toujours assez sèche (proche du live), on dirait bien que le groupe se décomplexe, ose davantage l’exposition, la fragilité et la sensibilité, misant sur un lyrisme moins contenu (c’est évident sur les parties de piano dont les notes s’écoulent en cascade mais aussi sur les voix, moins dépouillées).
No Shouts No Calls, au fil des écoutes, séduit en envoûte. Les mélodies, après avoir simplement interpellé, s’incrustent durablement dans le cerveau. Il semble bien que les quatre filles de Brighton aient pleinement réussi leur coup, ce qui donne bien envie de les voir en concert pour juger de leurs titres et de leur présence dans un autre contexte.
16:53 Publié dans Musik | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : musique, musiques, music, rock, culture
12.05.2007
Musique déjantée : quelques jalons
J’évoquais récemment (voir ma chronique du 30.04.07) les paysages musicaux du folk contemporain.
Toujours dans la perspective de voir ce qui se fait en dehors des sentiers battus (en marge d’un certain rock-pop qui finit par s’aseptiser), je vais parler de quelques groupes un peu déjantés ou difficilement classables, groupes qui d’ailleurs ne viennent pas de sortir.
Une nouvelle fois, cette liste est purement subjective, en aucun limitative ou représentative.
Ils rencontrent un certain succès mais restent largement confidentiels, ce sont les Flaming Lips. La caractéristique principale de ce groupe US (dont la carrière est déjà très longue et dont la reconnaissance à la fois critique et, toute proportion gardée, commerciale date du tournant 2000) est de proposer une musique largement inspirée de groupes psychédéliques comme Pink Floyd ou King Crimson, influences croisées avec bien d’autres (éventuellement pop).
Paraîtrait-il qu’ils prennent toute leur dimension sur scène (avec spectacle son et lumière à l’appui). N’ayant pu en juger, je conseille d’abord l’écoute de quelques albums qui donnent le "la", notamment le tout dernier At War With The Mystics (2006), ainsi que The Soft Bulletin (1999), sans oublier Yoshimi Battles The Pink Robot (2002) qui, dit-on, serait adapté en comédie musicale !
Dans un registre différent, une mention spéciale pour Deerhoof. A la voix et à la basse, une japonaise : Satomi Matsusaki. C’est déjà relativement dépaysant. Mais ça ne suffit pas : au croisement du noisy, de l’expérimental, de la pop enfantine, voire de l’acid jazz et de l’electro, les albums de Deerhoof sont relativement inclassables.
C’est une musique qui pourra parfois agacer (la voix de Matsusaki sait être stridente, quant aux structures un peu patchwork de certains morceaux cela ne plaira pas à tout le monde), et pourtant il faut souligner la grande originalité et la joie communicative de cette formation de San Francisco. De grands groupes comme Radiohead, Sonic Youth, Wilco ou … les Flamings Lips justement ne s’y sont pas trompés en les "recrutant" pour assurer leur première partie.
Par quoi commencer pour apprécier ? Peut-être par le tout dernier Friend Opportunity (2007), que vous enchaînerez avec The Runners Four (2005) et, plus délirant encore, Milk Man (2004) qui se veut une sorte de comptine déjantée.
Finissons avec un duo qui, malheureusement, n’est plus. Les duos dans le rock ce n’est pas si fréquent, alors autant le souligner. Il y en a un qui nous vient immédiatement à l’esprit, ce sont les White Stripes. La configuration de ce groupe, chacun le sait, c’est guitare/voix et batterie.
Dans le cas présent, avec Death From Above 1979 (DFA 1979), le concept va plus loin : basse/voix et batterie. Mais ça doit être chiant ! se dira le lecteur. En fait pas du tout car il s’agit d’une basse méchamment distordue qui, du coup, fait sombrer la musique de ce duo dans un punk noise décapant. L’utilisation des rythmiques est parfois si puissante qu’elle fait limite basculer certains titres dans une atmosphère techno-dance.
Bref cette musique qui nous venait de Toronto n’est pas à mettre entre toutes les mains (ou plutôt entre toutes les oreilles) étant donné son caractère beaucoup plus trash. Mais ce serait dommage de ne pas se rafraîchir avec leur excellent You’re A Woman, I’m A Machine (2004) dont la couv rose, pleine de promesses, a quelque chose de jouissif.
Et vous, vous en connaissez des groupes un peu déjantés ?
14:13 Publié dans Musik | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : musique, musiques, music, rock, culture



























