23.05.2009
"William Blake, le Génie visionnaire du romantisme anglais"
Grâce aux efforts conjugués du musée de la Vie Romantique, du Petit Palais, de Michael Phillips (grand spécialiste de Blake et commissaire invité) et d’Yves Bonnefoy, qu’il n’est pas besoin de présenter (ou alors c’est par là), il est encore possible (jusqu’au 28 juin 2009) d’aller admirer au Petit Palais environ 150 dessins, gravures, enluminures, livres et aquarelles de William Blake prêtés par de grandes institutions britanniques.
William Blake (1757-1827) est évidemment beaucoup plus connu dans son pays, l’Angleterre, que dans le nôtre, même s’il est quand même difficile d’ignorer, lorsqu’on s’intéresse un minimum à l’art en général, tout de cet artiste qui fut à la fois poète, peintre et graveur.
Pour ceux qui, en outre, auraient vu l’excellent film Dead Man de Jim Jarmusch, ils se rappelleront sans doute que le héros du film, incarné par Johnny Depp, s’appelle William Blake (même s’il n’est pas le William Blake "historique") et que son acolyte, l’Indien bizarre, cite sans cesse des vers de Blake, croyant qu’il a affaire au poète et peintre anglais !
Bref ce n’est pas tous les quatre matins que les œuvres picturales de William Blake sont exposées dans notre pays : la dernière exposition en date remonte à 1947 (avec le soutien de Gide). La rétrospective qu’abrite aujourd’hui le Petit Palais est donc d’autant plus précieuse et importante.
L’exposition est présentée de façon chronologique, rendant grâce au parcours de Blake, lui qui fut graveur de profession et qui, chemin faisant, peaufina ses techniques jusqu’à les élever au rang d’art majeur. Elle permet d’embrasser toutes les facettes de son talent, de mieux comprendre à la fois ses techniques, ses obsessions thématiques et formelles, sans oublier les circonstances ayant conduit l’artiste à produire ses œuvres.
Ainsi, l’importance du mécénat dans les compositions de Blake est majeure : par exemple William Hayley qui lui commanda une série de 18 portraits de poètes et penseurs majeurs de l’histoire universelle (parmi lesquels, exposés, Dante, Milton ou Voltaire) ; ou bien encore Joseph Thomas d’Epsom, qui entre autres lui confia des illustrations pour le Paradis perdu de Milton ; ou enfin Thomas Butts qui commanda à Blake des suites d’illustrations pour la Bible ou la Divine Comédie de Dante.
Car William Blake ne fut pas reconnu comme un grand artiste de son vivant : il fallut près d’un demi-siècle après sa mort pour que sa patrie le considère avec les honneurs qui lui étaient dus. Sans ces commandes, peut-être le graveur n’aurait-il pu subsister ni livrer ses chefs-d’œuvre.
Ce qui caractérise William Blake dans l’ensemble de ses compositions, c’est une inspiration pour le moins mystique, sans doute parfois hallucinée, qui se nourrit de visions, de prophéties, de grands souffles épiques et religieux, de dialogues également avec son frère mort, Robert. Cette exaltation extrême est comme contrebalancée par la précision du trait, un peu comme si l’art de Blake parvenait à faire la synthèse entre le mouvement néoclassique, les grands artistes de la Renaissance (Raphaël, Michel-Ange, Dürer) et même les enluminures et le gothique médiéval, mais y incorporait le souffle novateur du romantisme en anticipant, par endroits, le surréalisme qui naîtra un siècle plus tard.
Cette inspiration prophétique est également très marquée par un manichéisme fort qui s’exprime dans la représentation du Bien et du Mal, de la tristesse et de la joie, et qui donnent aux compositions de Blake quelque chose de toujours très tendu, très frénétique, parfois proche du délire.
Le manichéisme est d’ailleurs accentué par une sorte de contradiction au sein même des conceptions philosophiques et esthétiques de Blake. Car le poète et peintre est tout à la fois très exalté vis-à-vis des mouvements révolutionnaires qui fleurissent aux Etats-Unis puis en France, lesquels sont quand même largement véhiculés par les idées des philosophes des Lumières, et parallèlement très hostile à la Raison en tant que telle, dès lors qu’elle empêche l’inspiration, l’imagination et la vision de s’exprimer et tend à "désenchanter" le monde.
Blake se créant une sorte de mythologie personnelle, il met ainsi en scène Urizen qui représente la froide raison et ses impasses (comme il l’avait fait avec Newton), en quelque sorte antithèse d’Orc, le libérateur et révolutionnaire affranchi de l’oppression, permettant à la fantaisie de s’exprimer et qui apparaît au centre d’autres de ses œuvres.
Qu’il invente ses propres créations mythologiques ou qu’il reprenne les grands auteurs classiques (Dante, Shakespeare, Milton), William Blake a la même façon de faire coexister une certaine quiétude poétique (voire religieuse) et les images infernales et apocalyptiques, ne cessant jamais de naviguer entre la simplicité et le chaos.
Par la fusion qu'il parvient à imprimer et graver (au sens propre comme au sens figuré) entre le texte et l'image, par l'effort quasi-intenable pour concilier maîtrise technique et souffle de l'inspiration, par la diversité des thèmes embrassés qui reflètent les grandeurs et misères de l'âme humaine, par la reprise de motifs incessamment perfectionnés et transformés sur des années, par la variété des techniques picturales employées, William Blake est une version de cet "artiste total" comme on les fantasme. L'exposition du Petit Palais permet par instants de toucher cette réalité du doigt.

La pitié, William Blake

Newton, William Blake
15:16 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : expositions, arts
09.05.2009
"Chagall, Kandinsky, Malevič. Maîtres de l’avant-garde russe"
Bon alors bien sûr, il y a fort peu de chances que vous passiez par là. Mais enfin sait-on jamais : si vous deviez aller sur le Lac de Côme avant le 26 juillet 2009, vous n’auriez aucune excuse pour rater la très belle exposition actuellement proposée par la Villa Olmo de Côme.
Intitulée "Chagall, Kandinsky, Malevič. Maîtres de l’avant-garde russe", l’exposition permet de (re)découvrir quelques œuvres majeures (peintures et dessins) des trois éminents représentants de l’avant-garde russe. Ces œuvres s’inscrivent toutes dans une période chronologique qui va du début du XXe siècle au début des années 30, elles émanent de collections à la fois publiques et privées russes.
Grâce à ce parcours joliment mis en scène, proposant un volume d’œuvres finalement relativement resserré (80) qui évite le côté parfois "accumulatoire" des musées, le visiteur est saisi par les enjeux artistiques à l’œuvre.
Il est en effet impressionnant de songer, quand on y pense, que la Russie du début du siècle a apporté une contribution majeure et même décisive à tout l’art du XXe siècle (lequel a quitté le monde de la figuration pour explorer, via le futurisme, le cubisme, l’abstraction, d’autres chemins pour évoquer la réalité) avant de sombrer dans le "réalisme" stalinien et, plus largement, totalitaire.
Finalement, c’est peut-être le suicide de Vladimir Maïakovski en 1930 qui marque la mort définitive de cet âge d’or russe.
L’exposition a le mérite de mettre en lumière ces tentatives de trois immenses peintres du XXe siècle pour sortir des chemins artistiques pré-établis et proposer une nouvelle vision de la réalité, laquelle n’est plus forcément toujours objective et figurative, mais également expressive, intuitive, spirituelle.
Ce questionnement autour de la représentation a permis à l’art de profondément muter au XXe siècle et cela est parfaitement montré par cette exposition. Ce sont notamment les couleurs qui sautent aux yeux du visiteur et qui expriment ce travail de composition novateur.
Ainsi, parmi les plus belles pièces de l’exposition, on retiendra Les amants bleus de Marc Chagall (1914) :

Ouverture. Bordure violette (je ne suis pas certain du titre en français !) de Wassily Kandinsky (1919) :

et Maison rouge de Kasimir Malevič (1932) :

Les allers-retours entre un certain "classicisme" et un bouleversement radical des façons de peindre et de représenter le réel sont extrêmement intéressants et, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ne se font pas à sens unique. Ainsi Malevič, après avoir construit une période résolument abstraite dès 1915, revient vers plus de figuratif dans le tournant des années 30.
Au fond cette exposition, sans avoir l’air d’y toucher, met-elle le doigt sur quelques questions essentielles que le visiteur ne peut s’empêcher de se poser : même lorsqu’on semble totalement s’éloigner du réel et de la réalité, ne s’agit-il pas encore de parler d’elle par d’autres biais ? Comment situer l’art, que peut-il face à l’histoire et la politique ? Est-ce lui qui les influence ou est-ce l’inverse ? Les artistes les plus novateurs et les plus "révolutionnaires" peuvent-ils réellement s’affranchir du passé, de l’héritage, de la tradition ? Cela est-il simplement souhaitable ?
11:21 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : art, culture, société, politique
04.10.2008
Une semaine à Prague
Prague est une ville magnifique et comme j'y ai passé une semaine au début du mois d'août, je ne résiste pas au plaisir d'en dire quelques mots sur ce blog.
1/ les petits "faits vrais"
-- les filles tchèques sont plutôt mignonnes, assez grandes et élancées, beaucoup de blondes, pas mal de brunes, mais elles sont souvent un tantinet vulgaires.
-- la proportion de voitures de marque Skoda est ahurissante : c'est un peu comme si chez nous Renault, Peugeot et Citroën fusionnaient. Reconnaissons néanmoins que le constructeur tchèque a su renouveler la ligne de ces voitures qui sont plutôt pas mal désormais.
-- on trouve à Prague beaucoup de toilettes publiques, souvent gratuites, parfois payantes, mais elles sont généralement spacieuses et propres. De même, dans les monuments et musées, il est rarissime qu'il n'y ait pas de toilettes, parfois même à tous les étages. Ca nous change un peu de la France où c'est souvent soit inexistant, soit très approximatif. Comme quoi culture, loisirs et prosaïques besoins du corps ne sont pas forcément incompatibles, pour le plus grand plaisir et confort du promeneur qui n'est pas que pur esprit !
-- dans n'importe quel café ou restaurant un peu standing, vous avez des chances d'avoir de la musique live : pianiste, orchestre jazz voire pop, cela fait de toute évidence partie de "l'ambiance praguoise" de proposer ce petit plus aux touristes.
-- si vous ne parlez pas un mot d'anglais (et bien sûr pas un mot de tchèque), vous serez mal barré à Prague. Sinon, tout devrait bien se passer, les praguois parlent tous plus ou moins bien la langue de Shakespeare.
2/ les musées
-- le musée d'art moderne et contemporain est très intéressant. Au chapitre des collections permanentes, on trouve de très belles oeuvres d'artistes tchèques tels que František Kupka qui valent vraiment le détour, ainsi que des tableaux d'artistes européens majeurs (Paul Klee, Juan Miró, Gustav Klimt, Pablo Picasso...). Mais, ce qui ravira le touriste français, ce musée compte aussi de très importantes et intéressantes collections d'art français du XIXe et XXe siècles. Cela permet de dresser une histoire des mouvements picturaux français, ces derniers ayant considérablement influencé les artistes tchèques. On trouve donc, sans que cette liste soit limitative, de très belles oeuvres de Delacroix, Monet Gauguin, Matisse, Renoir, Van Gogh, Léger, Braque, etc.
L'exposition temporaire était très amusante : il s'agissait de la triennale d'art contemporain avec de nombreux tableaux, installations, vidéos, performances, sculptures, qui présentaient un panorama varié, pour le meilleur et pour le pire, de l'état de l'art mondialisé d'aujourd'hui (voir photo ci-dessous).
Au-delà des collections, c'est le musée en lui-même qui vaut le détour : très astucieusement agencé, architecturalement très réussi, il donne envie de s'y promener, d'y flâner, d'y vagabonder.

-- autre établissement que je conseille vivement, le musée Kampa. Il est très orienté artistes tchèques du XXe siècle, avec une salle entière dédiée à l'incontournable František Kupka mais aussi au sculpteur Otto Gutfreund. Un peu comme à la fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence, le musée est en lui-même une réussite architecturale et propose en outre de nombreuses oeuvres contemporaines dans ses jardins ou sur ses terrasses (voir photo ci-dessous).

Ici aussi, deux expos temporaires enrichissaient considérablement le parcours du visiteur : celle, marrante mais un peu foutage de gueule quand même, du Cracking Art Group (un collectif d'artistes à majorité italienne), l'autre, beaucoup plus profonde et intéressante, d'une artiste tchèque qui a commencé sa carrière dans les années 60, Běla Kolářová. Sa technique photographique mais aussi d'assemblages (au moyen de lames de rasoirs, de gommes, de trombones, etc.), majoritairement en noir et blanc, a selon moi le mérite de proposer des oeuvres à la fois contemporaines mais aussi assez classiques.
3/ les monuments
-- tout d'abord, il faut dire que se promener dans les rues suffit déjà au bonheur du touriste. Les façades sont toutes sublimes, à perte de vue et de rues, avec des couleurs très variées et toujours agréables, bref nul n'est besoin de se ruer vers tel ou tel monument "connu" : emprunter n'importe quelle place, avenue, rue, ruelle est déjà une visite en soi (voir photo ci-dessous). "Le communisme ça conserve", voici un adage approprié au cas praguois.

-- néanmoins, les occasions d'admirer des monuments sont légions. Impossible d'en faire une énumération, cela n'aurait aucun sens, mais parmi ceux qui m'ont le plus intéressé, je citerai le Clementinum. Le Clementinum ne se visite pas seul : c'est uniquement en présence d'un guide. Le nôtre était complètement farfelu : petit, avec un bec de lièvre, un accent anglais à couper au couteau, il a pourtant contribué à faire de cette visite un excellent moment. Sachant agrémenter ses explications d'anecdotes piquantes ou amusantes, n'hésitant pas à glisser quelques mots de français ou d'allemand (les deux nationalités présentes lors de cette visite), faisant quelques blagues de plus ou moins bon goût, il a su mixer finalement assez harmonieusement sa truculence avec la solennité du lieu. Le Clementinum contient une somptueuse bibliothèque baroque, dans laquelle il n'est malheureusement pas possible de se promener, ainsi que de nombreux objets astronomiques (Keppler et Brahe ont été les hôtes de ce bâtiment). Qui plus est, ce qui ne gâche rien, la visite se termine en haut de la tour, d'où vous avez un magnifique panorama à 360° sur la ville.
4/ l'art de vivre
-- ceux qui aiment la musique auront une raison supplémentaire d'adorer Prague. Dans n'importe quel église, basilique, monument, des concerts classiques vous sont proposés (il faut payer bien entendu). L'occasion de découvrir ou redécouvrir les grands airs qui sont aujourd'hui recyclés dans les publicités, à commencer par ceux des deux très grands compositeurs tchèques : Smetana et Dvŏrak.
J'ai eu la chance d'être à Prague au moment où se jouait le Don Giovanni de Mozart dans le Théâtre des Etats, celui-là même où la première de Don Giovanni, en présence de Mozart, avait été jouée en 1787. Les metteurs en scène avaient tâché de recréer les décors et les costumes de l'époque, ce qui donnait à cette représentation un cachet et une saveur inimitables.
-- enfin, comment ne pas parler de bouffe ? Les spécialités tchèques sont le plus souvent un peu lourdes, notamment à base de sauce. Sinon, c'est le canard qui tire son épingle du jeu (ce qui n'est pas pour me déplaire). C'est une cuisine qui, à certains égards, ressemble à la cuisine allemande, ce qui est également très visible dans les desserts (tartes très appétissantes et très caloriques) et les boissons (bière à foison !).
Bref, impossible de s'ennuyer à Prague, et il faudra être vraiment très difficile ou avoir roulé sa bosse partout dans le monde pour ne pas trouver la ville absolument magnifique. Je conseille donc vivement aux lecteurs qui le pourront d'aller y faire un tour lors de leurs prochaines vacances !
15:26 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : vacances, loisirs, culture
08.06.2008
L'éternel retour
La notion d'éternel retour nietzschéen trouve, avec Rafael Nadal, une troublante remise à jour. Voici donc ce que j'écrivais il y a tout juste un an, et force est de constater que ça reste cruellement d'actualité.
A ce moment-là des choses, je crains malheureusement que la même scène se répète encore l'année prochaine, à moins qu'entre temps notre champion espagnol meure dans un accident d'avion (ce que je ne lui souhaite évidemment pas...).
20:55 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, tennis, Roland Garros
10.06.2007
Rouleau Kompressor
"Chiant comme du Nadal". Cela pourrait devenir une expression qui passe dans le langage courant.
Entendons-nous, je n’ai absolument rien contre Rafael Nadal, il faut reconnaître qu’il joue bien le bougre, je sais même qu’il est l’idole des filles qui s’intéressent de plus ou moins près au tennis – comme le fut, en son temps, André Agassi (crinière sauvage blonde et brune, le poil très long, la sueur intense, les maillots fluos, hum on s’en souvient hein ?).
Mais Nadal est symptomatique d’une chose : de l’absence de suspense qui s’est abattu sur le tournoi de Roland Garros, de la sensation de fatalité qui ne fait plus croire à l’imprévu, à la dispute. Ce serait tellement facile de comparer le rouleau compresseur Nadal au rouleau compresseur Sarkozy, même sentiment que tout est joué d’avance, que rien, absolument rien, ne renversera le cours du jeu.
Et puis non, soyons exact : face à Federer, le number one (oui mais pas sur terre battue), on ne sait jamais, Nadal peut vaciller, alors que Sarko lui, qui va le faire vaciller ? Il n’y a aucun Federer face à lui.
Bref la demi-finale contre Djokovic nous avait vaguement fait espérer quelque chose dans les deux premiers sets. C’est qu’il jouait bien le Serbe, du style, il montait au filet, un certain humour aussi et une certaine décontraction dans sa façon d’applaudir les coups de son adversaire (il n’en revenait pas lui-même le pauvre de la solidité et de la réussite conjuguées de Nadal !), dans sa façon de regarder le ciel et de se signer sans plus vraiment y croire.
Malgré ce beau jeu, malgré ces tentatives, il avait en face de lui la muraille espagnole : le type qui ne bougeait presque pas de son fond de court, qui se "contentait" de tout remettre et bourrinant comme un malade pour épuiser l’adversaire et mieux le briser. Tactique comme toujours payante. Après avoir tenté d’accrocher (7-5 puis 6-4) les carottes étaient cuites : effondrement dans le troisième et dernier set pour Djokovic qui n’avait pourtant pas démérité.
Certains interprèteront la domination écrabouillante de Nadal et Federer (on pourrait dire la même chose chez les femmes avec Justine Hénin qui n’a pas laissé l’ombre d’une chance à sa rivale lors de la finale d’hier) comme la fin du sport. Enfin, la fin de "l’esprit du jeu" avec des colosses devenus plus ou moins infaillibles, des "professionnels" qui prennent d’autant moins de plaisir qu’ils sont conditionnés à gagner, robots tennistiques.
Il est vrai qu’on peut être tenté par cette analyse. Mais il faut relativiser : après tout les Espagnols et Roland Garros, c’est une longue histoire. Malgré certains joueurs qui sont parfois parvenus à mettre en veille leur domination (Jim Courier, Gustavo Kuerten pour prendre deux exemples pas trop éloignés) la terre battue c’est leur surface, ce qui fait qu’avec leur jeu peu spectaculaire mais solide, laminant, ils en ont découragé de flamboyants prétendants.
Ça me rappelle la frustration maximale que j’éprouvais en voyant jouer Arantxa Sanchez dans les matches féminins, finissant, à force d’obstination, par user ses adversaires.
Alors Roland Garros, le tennis, et plus généralement le sport, "ça n’est plus ce que c’était", ou est-ce que ça n’a jamais rien été, ou est-ce que ce sera à nouveau ? Est-on gagné, ici comme ailleurs, par une sorte de nostalgie pour un objet idéalisé qui n’a peut-être même jamais existé, ou assiste-t-on réellement à un phénomène qui ne va faire qu’aller croissant ? C’est la question inintéressante du jour.
11:32 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : sport, tennis, Roland Garros, culture, Politique
27.03.2007
Faire des insomnies
Ô bienheureux qui n’êtes pas sujets aux insomnies ! Je vous envie follement et cruellement. Car pour ma part, mon sommeil n’est pas toujours de tout repos.
Ce qui est bien dans les insomnies, c’est qu’elles peuvent prendre plusieurs formes. Grosso modo :
1/ l’insomnie d’endormissement : on se met au lit en se disant qu’on voudrait s’endormir (vu qu’en plus on est crevé) mais on n’y arrive pas ;
2/ l’insomnie de milieu de nuit : on se réveille à 3h du mat (au hasard pour aller pisser) et on n’arrive plus à se rendormir (alors qu’on est crevé) ;
3/ l’insomnie de fin de nuit : alors que le réveil sonne à 7h, nos yeux s’ouvrent et s’écarquillent sur le coup des 5h et, malgré le fait qu’on voudrait se rendormir (parce qu’on est crevé), ça ne fonctionne pas. Bien entendu trois secondes avant que le réveil sonne, nos yeux tombant de fatigue avaient finalement décidé de se fermer… dommage !
Le summum, c’est évident de cumuler les différents types d’insomnie. Ce qui arrive. Personnellement, je trouve que le moins pire c’est d’avoir des difficultés à s’endormir. C’est bien entendu pénible, mais comparé à une insomnie de milieu de nuit (la pire à mon sens, car au matin elle vous laisse brisé) je signe tout de suite.
Il m’arrive heureusement de m’endormir en quelques minutes, comme ça sans même y penser, bercé par la fatigue. Et je sais que pour certains, ce mécanisme est tout à fait normal. Ceux-là doivent malgré tout comprendre que pour des gens comme moi, c’est une espèce d’Eldorado le plus souvent inaccessible.
Quelqu’un comme Cioran (dont on connaît la vision plutôt noire et tragique de l’existence) était bien entendu victime de l’insomnie. Il semblerait même, à l’en croire, que l’insomnie ait été en quelque sorte l’un des éléments déclencheurs de l’écriture. C’est ce qu’il explique dans la préface de son premier livre, Sur les cimes du désespoir, qu’il a écrit à 22 ans : "Le phénomène capital, le désastre par excellence est la veille ininterrompue, ce néant sans trêve. Pendant des heures et des heures je me promenais la nuit dans des rues vides (…) L’insomnie est une lucidité vertigineuse qui convertirait le paradis en un lieu de torture. Tout est préférable à cet éveil permanent, à cette absence criminelle de l’oubli. C’est pendant ces nuits infernales que j’ai compris l’inanité de la philosophie. Les heures de veille sont au fond un interminable rejet de la pensée par la pensée, c’est la conscience exaspérée par elle-même, une déclaration de guerre, un ultimatum infernal de l’esprit à lui-même."
Cioran ou l’insomnie comme phénomène inaugural de sa philosophie, cela mérite d’être remarqué. Le Roumain, avec son emphase et son mélodrame coutumiers, souligne malgré tout la souffrance psychologique que l’insomnie peut procurer.
Dans un registre moins enflammé, mais finalement tout aussi (voire plus) pathologique, le philosophe Clément Rosset (dont j’ai déjà eu l’occasion de parler, voir ma chronique du 8.04.06) a eu l’occasion de s’interroger sur les troubles du sommeil dans un ouvrage passionnant intitulé Route de nuit (épisodes cliniques).
Pendant trois ans, il a tenu un journal alors qu’il souffrait d’un mal étrange qu’il a lui-même baptisé hasofin "comme abréviation de ce qui est son symptôme majeur : Hyper-Activisme Semi-Onirique de FIN de sommeil, agitation incompréhensible et en quelque sorte maléfique qui me laisse, au réveil, hébété et hagard."
Rosset parle de "sommeil épuisant" et "non réparateur" qui aboutit au paradoxe suivant : "je me réveille non pas reposé, mais dix fois plus fatigué que je ne l’étais au moment où je me suis endormi." Dans son livre, à un moment donné, Clément Rosset cite ces phrases qu’il a trouvées dans un roman espagnol de Pérez de Ayala, Belarmino y Apolonio (1921) : "Les hommes se classent en deux catégories, selon leur façon de dormir. Les uns dorment peu, parce qu’ils s’endorment aussitôt ; les autres dorment beaucoup, ou du moins restent au lit pendant de longues heures, parce qu’ils s’endorment petit à petit (…) Les premières de ces personnes sont de nature musclée et robuste. Les secondes de nature lymphatique et hyper-sensible. Les premières sont douées pour le succès dans l’action : militaire, politique ou commercial. Les secondes pour le succès intellectuel et artistique."
Maigre consolation (si tant est que ce soit vrai) !
Parlons enfin du philosophe Alain. Je ne saurais trop conseiller la lecture de ses Propos sur le bonheur, qui sont une source infinie de méditation et de consolation. Grand lecteur des stoïciens, de Spinoza ou de Descartes, Alain a beaucoup réfléchi sur les passions et sur la joie. De façon extrêmement stimulante, il arrive à sensibiliser son lecteur sur l’élément suivant : les passions sont un cercle vicieux qu’il faut briser. De façon aussi prosaïque que convaincante, il prend plusieurs exemples de la vie quotidienne pour illustrer ses Propos. Ainsi l’enfant qui "crie de crier". Ainsi celui qui se livre aux accès de toux "avec une espèce de fureur", d’où cette remarque : dans les hôpitaux, l’on apprend aux malades à ne point tousser. Dans le même ordre d’idées, Alain observe que nombre de personnes se grattent et se grattent encore, le payant ensuite "par des douleurs plus cuisantes."
Alain, toujours dans cette logique, parle plusieurs fois de l’insomnie. Il en montre l’aspect paradoxal et finalement un peu idiot : "Les heures d’insomnie (…) ne sont si redoutées, je crois, que parce que l’imagination est alors trop libre et n’a point d’objets réels à considérer. Un homme se couche à dix heures et, jusqu’à minuit, il saute comme une carpe en invoquant le dieu du sommeil. Le même homme, à la même heure, s’il était au théâtre, oublierait tout à fait sa propre existence."
Dans un autre de ses propos, il qualifie l’insomnie de "mal que l’on se fait à soi-même. Car rien n’empêche que l’on reste quelque temps sans dormir ; et l’on n’est pas si mal dans un lit. Mais la tête travaille ; on se dit que l’on veut dormir ; on s’applique à dormir ; on y met toute son attention, et si bien, que l’on reste éveillé par cette volonté et par cette attention même. Ou bien encore on s’irrite ; on compte les heures ; on juge absurde de ne pas mieux employer le temps précieux du repos ; en même temps on saute et on se retourne comme une carpe sur l’herbe."
Tâchons, nous insomniaques, de faire nôtres ces propos d’Alain. Ou bien alors d’avoir la même carrière philosophique que Cioran, mais ce sera sans doute encore plus difficile !
20:25 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Culture, culture, philosophie
18.07.2006
Respecter les limitations de vitesse
J’ai la chance (?) d’habiter une région ultra-touristique où il fait beau presque toute l’année. En ce moment, c’est donc la canicule (de sinistre mémoire). Avec elle, un corollaire malheureusement quasi obligé : la pollution ozone.
Prenant tous les jours l’autoroute pour me rendre à mon travail, sur une portion aller-retour de plus de 100 kilomètres, je pense être bien placé pour observer le comportement de mes congénères automobilistes face aux consignes pourtant constamment ressassées sur les panneaux électroniques : "Pic pollution ozone : vitesse limitée à 100 km/h". Consignes d’ailleurs réitérées dans les médias, radio et télé en tête.
Cela fait, par ailleurs, plusieurs jours d’affilée que le risque de pollution ozone est avéré. Eh bien, j’ai le regret d’annoncer à l’internaute qui aurait encore la moindre illusion sur la nature humaine qu’absolument PERSONNE ne respecte cette limitation.
Je suis doublé bien entendu par les voitures, mais aussi par les voitures tractant des caravanes, les fourgonnettes, les camionnettes, les utilitaires, les petits camions et autres bus.
Je me retrouve donc dans une situation bien singulière à tous les sens du terme : je suis, à quelque exception près, le SEUL à rouler à la vitesse suggérée (il s’agit d’ailleurs plus d’une suggestion, il est censé s’agir d’une injonction). C’est un peu comme si, autour de vous, tout le monde criait que "2+2 = 5". Pendant combien de temps pourriez-vous continuer à affirmer sereinement que cela fait 4 ?
Donc, il s’agit de tenir bon malgré tout, malgré le fait que je passe limite pour un fou et que je me demande à quoi bon. Ou bien, maigre consolation, puis-je me draper dans la posture du seul contre tous, mais évidemment ça frise tout de suite l’élitisme et le côté "anti-populace". Le persifleur irait sans doute même jusqu’à dire qu’en temps de guerre je serais "collabo".
Nous en sommes donc là. En soi c’est assez anecdotique (encore que) mais, étant actuellement d’humeur plutôt "réac", cela m’inspire d’amères méditations.
Par exemple, je me demande quand je vois ça dans quelle mesure des mots comme "citoyenneté" sont absolument vides de sens. On est citoyen quand on a des droits, on l’est bizarrement beaucoup moins quand il s’agit d’avoir aussi des devoirs.
Autre mot creux, la "responsabilité". Là encore, on la revendique quand on estime qu’autrui ne l’a point exercée à notre endroit. Mais lorsqu’elle est retournée contre nous, et que nous devons à notre tour l’exercer et l’assumer, elle devient subitement un terrible fardeau qu’il vaut mieux éluder en faisant comme si de rien n’était.
Ou bien encore le "respect", faudrait-il ajouter "des règles". Là c’est la même chose : on exige toujours plus de respect, on exige que chacun respecte les règles quand cela nous touche et nous entrave. Mais dès lors que c’est à nous de faire cet effort, il n’y a plus personne.
Qui oserait encore affirmer aujourd’hui que le respect de la règle, loin de nous contraindre et de nous pénaliser, peut également, et éventuellement, nous rendre plus libre ?
La fuite, l’art d’éluder, mais pire encore l’espèce de déni de toute règle, de mépris pour ceux qui les appliquent et poursuivent encore la probité et la rectitude, cette sorte de recherche de la "gruge" et du contournement, tout cela est actuellement érigé au rang d’art. Il ne faut pas s’étonner que, dans ce contexte, la déresponsabilisation et la "désimplication" (néologisme nécessaire) atteignent des sommets. Attitude étonnante : on attend tout de l’Etat sans rien donner soi-même en retour.
Alors bien sûr il sera facile de répondre que face à un pouvoir exécutif qui lui-même méprise toute forme de responsabilité et de respect de la règle, qui est plus intéressé par la perpétuation de son pouvoir particulier que par l’intérêt général, il est normal que les "citoyens" agissent de même. Oui, sauf qu’à ce jeu-là on peut se demander jusqu’où nous irons.
En fait, la route est une très belle illustration de l’espèce d’anarchie ambiante. Mention spéciale aux gros cons qui arrivent derrière vous en fonçant et sans même ralentir, en vous collant au cul presque jusqu’à vous pousser, alors que vous êtes en train de dépasser. Mention spéciale également à ceux qui vous coupent la priorité au rond point (alors que par ailleurs ils sont souvent en train de téléphoner) et qui en plus trouvent le moyen de râler comme si c’est vous qui étiez en tort.
Je me demande s’il y a quelque chose de purement hexagonal, voire de latin, dans ces phénomènes car j’ai du mal à croire que de tels comportements seraient observés dans de telles proportions dans des pays d’Europe du Nord par exemple.
Du coup, face à cette irresponsabilité généralisée, face à cette impossibilité de compter sur la bonne volonté de quiconque, il ne sera pas étonnant qu’un jour, des colonies de radars soient partout installées (sur la route et ailleurs) afin de traquer inlassablement tout abus et obliger à respecter la règle.
On en viendrait presque, c’est triste à dire, à le souhaiter…
21:35 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : politique
06.07.2006
"Cézanne en Provence" Musée Granet
Allez, ne nous laissons pas aveugler par les sirènes footballistiques et l’euphorie ambiante et poursuivons notre exploration kulturelle. Dans la rubrique A Rebours travaille pour vous, voici aujourd’hui "j’ai visité l’expo Cézanne".
Mon lecteur, cultivé, n’est pas sans savoir que cette année on bouffe du Cézanne (vous savez, le peintre ?). 2006 est en effet le centenaire de sa mort. Sa ville natale, Aix-en-Provence, lui rend hommage et mise sur cet événement pour assurer sa rentabilité touristique : le pari est d’ores et déjà gagné !
Toujours est-il que l’un des sommets de cette célébration est l’exposition, au Musée Granet, intitulée Cézanne en Provence. Comme son nom l’indique, il s’agit de faire au maximum couleur locale si on peut dire, le Musée a donc réuni les tableaux de Cézanne qui tournent autour de cette thématique provençale.
Le résultat est plutôt réussi. L’agencement des salles et des tableaux est clair, aéré, il y a une sorte de fil conducteur avec progression dans le discours autour des œuvres ; point important également (en tous cas à mon sens) : le nombre de peintures est suffisamment faible pour ne pas procurer, au final, une impression de ras-le-bol voire d’écoeurement. On en ressort charmé et pas gavé.
Cézanne en Provence est l’occasion de (re)découvrir le parcours d’un grand peintre que Picasso, fasciné, appelait "notre père à tous".
En effet, comme le confirme cette exposition, Cézanne fut le précurseur du cubisme voire même, fait moins connu, de l’abstraction (cf une de ses aquarelles de 1895 qui n’a plus rien de figuratif, alors que la date "officielle" des débuts de l’abstraction, avec Kandinsky, est généralement située en 1910). Il a également, avec sa représentation des Grandes Baigneuses, considérablement fasciné Matisse et probablement inspiré à Picasso ses Demoiselles d’Avignon.
Plusieurs lignes de force, dans le parcours de Cézanne, sont à noter :
1/les difficultés relationnelles avec son père (à qui il cacha par exemple, pendant des années, qu’il avait femme et enfants) ;
2/l’amitié puis la rupture (à cause du roman L’œuvre) avec l’autre grand Aixois de l’époque, Emile Zola ;
3/le mépris de sa ville natale pour son œuvre (jamais Cézanne ne fut reconnu de son vivant, cas typique le conservateur du Musée Granet qui déclarait que lui vivant, jamais Cézanne n’y serait exposé !) ;
4/et puis surtout, bien sûr, le dialogue avec le paysage provençal et ses lieux : le Jas de Bouffan, l’Estaque, Bibémus, Château-Noir, les Lauves et la mythique Sainte-Victoire, sa véritable maîtresse (que d’évidence il respecte davantage que sa femme ou ses maîtresses charnelles, pour lesquelles il a des mots beaucoup moins tendres).
Un aspect dont je n’avais pas forcément conscience, et que l’exposition met également en lumière (car il n’y a pas que des paysages), est la façon très particulière dont Cézanne peint les gens. Ces derniers sont vidés d’expression. Ils peuvent au premier abord avoir l’air tristes, en réalité ils sont juste "neutres". Sans doute est-ce aussi le sens du tableau Les Joueurs de cartes qui supprime tout scénario, toute anecdote. Un parti pris quasi métaphysique, qui donne à Cézanne un côté peut-être moins "consensuel" qu’il ne pouvait y paraître.
Finalement, on l’aura compris, cette exposition a plutôt trouvé grâce à mes yeux (mais il est possible que je dise cela parce que j’avais des places gratuites :-). Elle est astucieusement conçue comme une promenade, on déambule plus qu’on se fige, les couleurs sont savamment étudiées de même que la disposition de certains tableaux qui se répondent en écho.
Mon conseil : de préférence, suivre une visite guidée. Les choses étant bien faites, l’on vous munit d’un petit récepteur et d’une oreillette qui vous permettent d’entendre le discours de votre guide tout en n’étant pas obligé d’être collé à lui et, donc, de flâner d’un tableau à l’autre sans contrainte. L’intérêt, par ailleurs, est évidemment de bénéficier d’une forte "valeur ajoutée" puisque les commentaires aident à mieux comprendre les tableaux, en fait à les apprécier davantage.
A moins que vous ne sachiez déjà tout sur Cézanne, petit(e) érudit(e) que vous êtes…
17:10 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : peinture
26.04.2006
Hypnotized by snooker
Il se trouve que j'ai Eurosport chez moi. Ce n'est pas un choix délibéré (je rassure les intellos qui se diraient "putain il me déçoit, c'est un gros blaireau qui aime le foot, il est comme tous les autres") mais il se trouve que j'habite en résidence et qu'un voisin doit avoir le câble ou une parabole, et que du coup chez nous on capte cette chaîne (ainsi que MTV Allemagne, grande classe...).
Enfin bref, cessons les autojustifications. J'ai donc Eurosport chez moi. Et j'avoue que je regarde quasiment jamais... sauf au moment des tournois de snooker !! J'ai découvert ça et depuis je suis scotché.
Le lecteur critique persiflera en disant que ce n'est pas "vraiment" un sport, vu qu'y a autant d'action que dans un épisode de Derrick. Ouais ben toujours est-il que c'est le genre de sport qui me plaît : tranquillou, tactique, raffiné (les types sont fringués en noeud pap' et petit gilet sans manche, on dirait tous des majordomes anglais), enfin bon on est très loin des abrutis qui se roulent dans la boue et s'étripent pour récupérer un ballon, qu'il soit rond ou ovale.
Le snooker est une variante du billard. C'est évidemment un sport anglais et, en tant que tel, c'est super lent, avec des règles un peu énigmatiques au départ (cf aussi le cricket, mais là ça atteint des sommets, même moi je peux pas). Bref, je vais pas trop rentrer dans le détail, je renvoie le curieux que ça intéresse à un article de Wikipedia sur la question, c'est super bien fait.
Les joueurs de snooker sont principalement anglais (ou irlandais, ou écossais) mais il y a quand même un vivier asiatique qui s'est développé (notamment à Hong-Kong, logique). Au milieu de toute cette faune, c'est la personnalité de Ronnie O'Sullivan (en photo dans cette chronique) qui m'a séduite. Ce type est assez étonnant : il a un côté nonchalant, limite dépressif, on sent qu'il est un peu écorché vif. Sa façon de sans arrêt tirer la langue en s'appliquant sur ses coups (ou quand il en rate un) ajoute un cachet supplémentaire au personnage. Bref, je suis fan. D'autant qu'il joue carrément bien le Ronnie, même s'il a un peu régressé cette dernière année.
Il se trouve que sa vie est assez chaotique, comme l'explique un autre article de Wikipedia sur lui auquel je renvoie le lecteur. Son père a été foutu en taule à vie pour meurtre, du coup le fils a fait de la dépression (d'où le côté Droopy), il est très sévère envers lui-même et se remet sans cesse en question, enfin bon c'est un champion avec une épaisseur indéniable -- très romanesque finalement.
En ce moment, ce sont les championnats du monde qui se jouent à Sheffield. Du coup Eurosport chauffe à fond !! On a atteint le stade des quarts de finale, Ronnie est toujours en course .. j'espère qu'il ira au bout !
Comme quoi, le sport...
(Ca intéresse quelqu'un ? Voici le lien vers le site officiel du snooker)
19:25 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : culture
25.04.2006
Joindre la hotline de son fournisseur d'accès Internet
Allez, dans la rubrique "coup de gueule", une petite expérience perso avec mon fournisseur d'accès à Internet. Comme je veux pas dénoncer, je dirai pas de quelle compagnie il s'agit (je donne juste un indice, comme à Questions pour un champion : "transparent").
Donc voilatipa que la semaine dernière, à plusieurs reprises, je me connecte à Internet et que ça marche pas du tout, ou que deux minutes ça marche et puis après ça marche plus. Enfin bref, après 3-4 jours je me décide à joindre la hotline vu que de toute façon je suis bloqué chez moi en convalescence (voir ma chronique du 12.04.06).
Alors là j'attends 15-20 minutes, le temps qu'un technicien se dépatouille de son client précédent et m'accueille. Plusieurs questions me sont posées et l'on me conseille le "reset" de mon modem (sans grande conviction toutefois, ni de son côté ni du mien). Je tente et bien sûr ça marche pas. Mais évidemment le reset a conduit à couper la ligne. Je dois donc rappeler.
A nouveau le temps d'attente de rigueur. La nana sur qui je tombe me lance dans une procédure plus complexe. Jusqu'à ce qu'elle me fasse arriver sur une fenêtre qui s'intitule "reboot". Là, m'explique-t-elle, va falloir que j'appuie sur ce bouton. Sauf qu'en appuyant nous allons être déconnectés. Mais pas d'inquiétude, car la procédure va forcément fonctionner. Allez ciao, on raccroche, sauf qu'évidemment ça fonctionne pas.
Je rappelle une troisième fois. Temps d'attente toujours environ égal. Mais la patience commence à s'émousser donc ça paraît encore bien plus long. Je tombe sur un autre mec qui me dit que la nana d'avant m'a fait faire un cheminement un peu bizarre. J'en essaye donc un autre avec lui, ceci dit ces pérégrinations m'amènent à la même chute : la procédure de "reboot".
"Oui mais, je lui dis, si jamais j'appuie on va être coupés.
- En effet c'est le risque, qu'il me répond, mais ne vous inquiétez pas ça va marcher."
J'appuie, et là on est déconnectés et... ça marche pas !!
4e appel, là les nerfs sont à fleur de peau mais, bizarrement, je ne me départis pas de mon espèce de cordialité de façade. Voici un quatrième type qui m'accueille au bout d'un temps qui me paraît infini, là je le préviens d'entrée : "c'est la quatrième fois que j'appelle, alors pitié stop avec vos reboot, ou bien sinon avant que j'appuie vous me rappelez sur mon téléphone portable !
- Nous n'avons pas le droit de rappeler nos clients, monsieur, m'indique-t-il.
- Ah..."
Il me dit de pas m'inquiéter : il me fera rien rebooter du tout, il a compris que ça servait à rien. Non, on va plutôt chercher ensemble une autre solution. Le voilà qui me fait bidouiller dans mes paramètres de connexion, il cherche, il cherche, mais tout semble désespérément normal. Il avoue son impuissance : "je vais aller demander de l'aide à un technicien plus qualifié que moi, restez en ligne". Nouveau temps d'attente. Enfin il revient : "Ah... en fait on est en train de vérifier un truc.. il est très possible que le problème ne vienne pas de votre machine mais d'un émetteur qui se trouve près de chez vous et qui serait défectueux. On vous laisse patienter et on vous dit ça tout de suite". Suspense de quelques minutes et enfin la révélation est livrée : oui, c'est bien l'émetteur, un réparateur va s'atteler à le rappeler, donc tout va bien sur mon poste, le problème n'est pas de mon fait. "Désolé, avoue-t-il, si moi et mes collègues on avait commencé par ça vous auriez pas perdu votre temps..."
Cool, il m'a quand même fallu trois heures trente pour le savoir... et puis cinq jours (jusqu'à aujourd'hui) pour que l'émetteur soit de toute évidence réparé !!
21:25 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

































