02.11.2009

The Beatles : 40 ans après

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Avec la réédition de l’intégrale des Beatles, beaucoup crieront sans doute à l’opération marketing et refuseront d’aller encore un peu plus engraisser des poches déjà bien pleines.

C’est évidemment un argument qui se tient mais que, pour ma part, j’ai rejeté pour au moins deux raisons :

1- finalement, quand on a mon âge, on connaît souvent superficiellement les Beatles. Comme tout le monde on a acheté les best-of, on maîtrise les titres les plus connus, ceux que tout le monde ressasse depuis des décennies (et qui ne sont pas toujours les meilleurs), mais ça ne va pas forcément beaucoup plus loin.

2- quand bien même on connaîtrait déjà bien, un remastering de qualité des Beatles, pourquoi cracher dessus ? Entendre des chansons avec une oreille nouvelle, un peu comme si c’était la première fois, découvrir telle ou telle subtilité, tel ou tel son jusqu’ici un peu enfoui ou en sourdine, voilà qui me paraît intéressant.

Bref j’ai décidé de dépenser quelques euros, évidemment pas toute leur disco, mais uniquement me focaliser sur la dernière période, celle que je préfère, avec les 4 albums Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, le White Album, Abbey Road et Let It Be.

Première chose qui laisse admiratif et qu’on a tendance à trop souvent oublier : la productivité absolument folle des Beatles. Il faut quand même remettre en perspective que les 13 albums officiels des Beatles sont parus entre 1963 et 1970 (sachant que Let It Be, paru en 70 alors que le groupe avait déjà splitté, avait été enregistré en 69) !

On a en effet l’impression, vu leur abondante discographie, que la carrière des Beatles a duré au moins quinze ans, mais ça n’est pas du tout le cas ! Par rapport aux standards actuels, où il est fréquent qu’un groupe sorte un album tous les 3 ans (ou plus), ce très fort rendement sur 6-7 ans laisse pantois. D’autant que certains méga-singles devenus des classiques (au hasard "Strawberry Fields Forever", "Penny Lane", "Hey Jude", "Don’t Let Me Down"…) ne sont sur aucun album !

Du coup, parallèlement à ce constat, on ne peut qu’admirer la façon dont le groupe a su se renouveler et évoluer en si peu de temps. Entre les bluettes pop des débuts et la profondeur et la complexité des 4 albums évoqués plus haut, quelle progression exceptionnelle en si peu de temps !

Deuxième élément admirable : la façon dont les Beatles ont su produire des concepts qui, aujourd’hui encore, restent totalement pertinents et à aucun moment obsolètes ; la façon dont ils ont posé la plupart des jalons qui continuent de codifier l’univers du rock.

Qu’on pense à Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band : tant sur la forme (la pochette totalement délirante où le quatuor pose entouré de "grands hommes") que sur le fond (le groupe se renouvelle totalement par rapport à ses titres passés et, surtout, complexifie son travail en studio, multipliant les pistes, les effets sonores, quitte à être ensuite incapable de reproduire sur scène tout ce labeur technique), il révolutionne l’approche de l’album rock.

Qu’on pense au White Album : cette appellation, passée à la postérité, est pourtant inexacte puisque l’album n’avait pas de nom. Sur une pochette entièrement blanche se découpaient simplement les lettres The Beatles. Plus encore, et en opposition avec le packaging minimaliste, il s’agit d’un double album foisonnant, parfois pop, parfois expérimental, dans tous les cas le "double album" est un concept qui par la suite hantera beaucoup de grands groupes (on songe immédiatement aux Pink Floyd et The Wall, l’autre "grand" double album de l’histoire du rock).

Qu’on pense encore à Abbey Road : à nouveau le travail sur la pochette (le quatuor traversant une rue), qui restera une des couvertures d’album les plus célèbres de l’histoire du rock ; et, à nouveau, l’approche insolite du disque (face A : des morceaux séparés ; face B : plusieurs morceaux mais sans aucun silence entre eux et qui forment un voyage musical baroque).

Troisième élément, le plus évident bien sûr : la force des compositions. Car les covers, les concepts, tout ça c’est bien beau mais ne constitue pas l’essentiel. L’essentiel reste la musique, qui n’a pas pris une ride.

Même si les titres les plus connus des Beatles ont tendance à faire des fab fours des dignes représentants de la pop, voire des chansons un peu "proprettes" et "fédératrices", la réalité est quand même assez différente.

Prenons les envolées totalement psychédéliques de Sgt. Pepper’s, prenons les brûlots rock (à cet égard, le méga-trash "Helter Skelter" décroche la palme), prenons la très forte influence blues-country particulièrement perceptible sur les 2 derniers albums du groupe ("Come Together", "Get Back", "I’ve Got A Feeling", on n’en finirait plus de les citer), prenons l’inspiration mystique d’un des plus beaux titres du groupe, "Across The Universe", on voit bien que l’image consensuelle qui leur colle désormais à la peau a lissé et édulcoré la réalité.

 

Or la réalité, c'est que les Beatles ont été et restent l'alpha et l'omega du rock, le meilleur groupe, le plus inspiré, le plus original, le plus productif. Tout cela, me semble-t-il, justifie largement de les (re)découvrir. Si cette réédition, aussi commerciale soit-elle, le permet, permet à des gens qui écoutent de la merde ou des trucs moyens à longueur de journée de se décrasser les oreilles avec ces classiques intemporels et pas du tout démodés, alors ma foi le monde n'en sera certes pas sauvé, mais peut-être tournera-t-il vaguement plus rond !

 

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Commentaires

Across the universe, n'est-ce pas la chanson écrite en une soirée par Lennon après ce couperet lancée par Yoko "nothing's gonna change my world" ? Inspiration mystique certes (on est en plein dans la période indienne) mais bien psychotropique aussi, il ne faudrait pas oublier cet aspect complètement "perché" comme auraient dit d'anciens jeunes dont je fus.
Je souscris pleinement à votre conclusion, cher JB.

Ecrit par : Northern Flo | 02.12.2009

chère Northern Flo,

oui, effectivement, la question du rapport entre rock et drogue mérite sans doute d'être posée, que ce soit pour les beatles ou bien d'autres groupes.

cela dit, j'ai tendance à penser que même sans substance, "les portes de la perception" peuvent s'ouvrir pour les plus talentueux des groupes !

ça me rappelle d'ailleurs qu'au moment où l'on adoubait en france radiohead, certains parlaient pour caractériser leur musique "d'effet drogue". or, pensais-je alors, 2 choses me gênent dans tout ça : 1- je ne sais pas s'ils prennent de la drogue ; 2- je ne sais pas quel effet ça fait d'être sous drogue, mais moi personnellement leur musique me fait de l'effet, et ce n'est pas celui-ci !

bref à mon avis toute musique "planante" n'est pas guidée, orientée, générée par telle ou telle substance, le phénomène créatif me paraît plus complexe.

sans doute cette fascination pour la drogue comme "ouverture sensorielle" a-t-elle 2 racines : l'une poétique avec baudelaire, l'autre + rock et contemporaine avec jim morrison.

à mon avis, largement un mythe ...!

Ecrit par : JB | 06.12.2009

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