19.03.2007

Arcade Fire "Neon Bible"

medium_arcade_neon.jpg Note : 7,5/10
Meilleurs titres : Ocean of Noise/The Well and the Lightouse/No Cars Go

Osons l’avouer : je n’avais pas forcément compris l’espèce d’emballement hystérique au moment où Funeral, le premier album d’Arcade Fire, avait déferlé en France.
Bien sûr l’album avait été précédé d’un buzz assez énorme, buzz d’ailleurs créé (je crois) par le site web US Pitchfork et que la France n’avait fait que répercuter en éternel suiveur. Toujours est-il que nos journaux "intellos" y étaient allés gaiement, Inrocks et Télérama en tête.

Alors évidemment, Funeral était un très bon premier album. Arcade Fire est un collectif à l’évidence intègre, enflammé et passionné, qui a su habilement combiner lyrisme dans les paroles et la musique, constructions ampoulées et baroques, montées progressives et orgasmiques, tout cela au service d’une efficacité souvent redoutable. Sans doute "Rebellion (Lies)" en était-il le meilleur exemple.
Ces compliments étant faits, fallait-il nécessairement crier au génie et au chef-d’œuvre absolus, à la résurrection du rock (le vrai), et panthéoniser derechef les Canadiens de ce collectif ? C’est là où j’émets quand même quelques réserves parce que selon moi, Funeral n’était pas exempt de défauts, or ces défauts, je les retrouve dans leur nouvel opus, Neon Bible.

Il y a quelque chose qui m’empêche d’adhérer aveuglément à "l’esprit" Arcade Fire. Sans doute ce quelque chose se trouve-t-il lié à une évidente difficulté à construire des choses simples lorsque tout devrait parfois y conduire ; sans doute ce quelque chose se trouve-t-il lié à une sorte de tension perpétuelle entre divers paramètres et qui engendrent à la longue une raideur et un maniérisme ; sans doute ce quelque chose se trouve-t-il lié à une grandiloquence et, lâchons le mot, un messianisme parfois artificiels voire superfétatoires.
A moins que le messianisme et la grandiloquence ne soient en rien superfétatoires mais constituent au contraire le "fond de commerce" du groupe. Auquel cas je vois déjà les transes collectives lors des concerts, les émotions exacerbées et paroxystiques sur fond de poings levés et de larmes de conversion, et tout le tralala.

Je ne sais pas pourquoi mais d’un côté ça me gêne. Les musiciens d’Arcade Fire ont, à l’évidence, beaucoup d’ambition et pas mal d’inspiration. Ils ont sans doute aussi une "vision" de la musique et du rock, et je ne vois pas vraiment au nom de quoi on irait le leur reprocher. En même temps, qui dit que le rock, pour être admirable, doit toujours être emphatique voire pompier ? Je crois déceler dans leur style musical une obsession qui pourrait vite tourner à la névrose et agacer (en tous cas m’agacer moi).

Passée l’admiration suscitée par cette probité et cette honnêteté (dans un monde-barnum le plus souvent commercial et aliéné), on prend un peu de recul et on fait le compte. Qu’y a-t-il d’absolument prodigieux sur Neon Bible ? "Black Mirror" offre une assez belle ouverture au disque, même si quelque chose empêche le morceau de complètement décoller. "Keep the car running" n’a rien d’exceptionnel (en plus je trouve que ça ressemble pas mal à la chanson "Did You See The Words" d’Animal Collective en moins bien, si si je vous jure !). "Neon Bible", je ne vois pas réellement l’intérêt mais on me l’expliquera sans doute.
Le disque monte ensuite en puissance, mais très franchement je ne suis pas sûr d’être absolument et complètement convaincu par "Intervention" (c’est bien mais on attend quelque chose… qui ne vient pas) ni même par "Black Wave/Bad Vibrations" (chanson faite de deux morceaux différents plutôt pas mal, le premier avec la voix malgré tout assez particulière de Régine Chassagne).
Ce n’est qu’avec "Ocean of Noise", ballade inspirée et qui monte crescendo, que quelque chose d’un peu plus fort se produit, suivie du puissant "The Well and The Lightouse" et surtout de "No Cars Go" qui bien sûr risque de faire secouer les fosses à concert.

Plus généralement, je dirais que le disque regorge de bonnes idées mais que leur exploitation n’est pas toujours si aboutie que ça. Neon Bible reste globalement plus équilibré et plus dense que Funeral (je dois avouer que le milieu de l’album m’avait laissé plus que dubitatif) mais ça manque un peu de légèreté et d’évidence. On dirait qu'on cherche à tout prix les "morceaux de bravoure".
Les orgues, les reverbs dans la voix de Win Butler, la prise de son "church", tout ça c’est bien beau et ça esthétise mais personnellement, ça finit par me fatiguer l’oreille et le cerveau, ça fait peser sur mes épaules une certaine lourdeur et une certaine gravité.
Alors peut-être suis-je simplement un peu tatillon et pas assez aware pour foncer tête baissée dans l’éloge sans nuance ; peut-être aussi ai-je envie d’artificiellement me distinguer du tout-venant et d’aller "à rebours" de la doxa qui consiste à user des superlatifs les plus énôôrmes ; ou peut-être qu’il y a quand même un petit effet de mode à dire que ma foi Arcade Fire c’est ce qui se fait de mieux depuis des années alors que c’est plutôt bien mais que ça crève pas non plus tous les plafonds.

Commentaires

Arcade Fire c'est un peu la version qui marche commercialement d'un autre groupe, excellent et qui les a sans doute influencé beaucoup : God Speed You Black Emperor !
Hein ?
@++

Écrit par : PV | 22.03.2007

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