23.02.2007
Smashing Pumpkins : le retour
Leur site Internet l’annonce, cette fois c’est sûr : les Smashing Pumpkins sont de retour et leur sixième album studio, Zeitgeist, sortira le 7.7.07.
A ce jour, excepté bien sûr Billy Corgan, chanteur guitariste leader charismatique (et parfois tyrannique) du groupe, il semble que seul le batteur, Jimmy Chamberlin, soit de la partie. Quid du guitariste James Iha et de la bassiste D’Arcy ? Cette dernière sera-t-elle une nouvelle fois remplacée par Melissa Auf Der Maur ? Nous verrons bien.
Il s’agit, espérons-le, d’une bonne nouvelle. En effet les Smashing Pumpkins ont profondément influencé et renouvelé le rock alternatif des années 90 (personnellement, et sans doute comme beaucoup d’autres, j’ai écouté en boucle Siamese Dream et c’est notamment cet album qui m’a définitivement donné envie de me mettre à la guitare).
Le premier album du groupe, Gish, a été relativement éclipsé par la sortie, à peu près en même temps, de Nevermind de Nirvana. Par la suite, la vague grunge a continué à entretenir un temps la confusion, faisant (selon certains) des Smashing Pumpkins de simples suiveurs et imitateurs du style Kurt Cobain. Sans doute l’aventure de Corgan et de Courtney Love (en même temps, qui ne s’est-elle pas tapé ?) n’a-t-elle rien arrangé.
Pourtant il suffisait d’écouter ce premier album, ainsi que le suivant, le mythique Siamese Dream, pour comprendre que le style Pumpkins était très personnel et relativement éloigné de celui du trio de Seattle. Billy Corgan, âme du groupe, ne cache son admiration ni pour le heavy metal (Black Sabbath en tête, mais aussi d’autres formations comme Judas Priest), ni pour la new wave ou le rock psyché (Cure ou Joy Division par exemple). Cela s’est immédiatement ressenti dans les compositions du groupe qui alternaient avec beaucoup de force guitares rageuses et ultra saturées, tendance lourdes, et des titres bien plus calmes, tendance balades.
Par ailleurs, l’auditeur de Siamese Dream pouvait constater l’énorme travail de production sur le son, notamment celui des guitares. S’inspirant du son très pesant de Black Sabbath, les titres de l’opus en mettaient plein les oreilles et tranchaient par rapport au reste de la production musicale de l'époque, souvent plus pop. Sur d’autres titres, comme "Soma", longue plage qui commence par une douceur proche de la comptine enfantine avant d’exploser dans un déluge de guitares saturées avec méga solo à la clé, l’utilisation de l’overdub (plusieurs dizaines de pistes de guitares enregistrées et empilées formant une stratification qui donne un effet planant) confirmait le soin tout particulier apporté à l’enregistrement studio et le perfectionnisme de Corgan.
Siamese Dream, au travers de titres phare comme "Today", s’imposa rapidement comme une référence et permit de tenter, dès l’album suivant, Mellon Collie & the Infinite Sadness, des expérimentations encore bien plus audacieuses. Ce double album (comparable en ce sens aux fameux concept albums des Beatles ou des Pink Floyd) offrait à l’auditeur un voyage de l’aube au crépuscule, et du crépuscule à l’aube. Le packaging, les titres, tout incitait à lire l’album comme une symbolisation de l’idée de cycles (cosmique, lunaire, féminin…) et permettait de confirmer l’ambivalence du groupe, sa "double face" tantôt rageuse ("Bullet With Butterfly Wings", "Zero"), tantôt mélancolique ("Tonight, Tonight", "To Forgive").
Plus intéressant encore, certains titres de la deuxième face s’éloignaient de l’ambiance guitare-basse-batterie et flirtaient avec l’électro et la new wave, libérant une créativité inédite et qui surprit une partie des fans. Cela est particulièrement flagrant sur l’un des meilleurs titres jamais composés par Corgan, "1979".
Amusant au passage de voir comment Mellon Collie fut souvent mal compris par une partie de la critique rock française, Inrocks en tête dont l’intransigeance et la mauvaise foi (occasionnelles ?) ne sont plus à démontrer et qui ont toujours eu tendance à bouder les formations qui se moquent un peu trop des étiquettes et n’intellectualisent pas de façon outrancière leur musique (en évitant par exemple le trip "poseur" et "midineur").
Les déboires du batteur Jimmy Chamberlin permirent à Corgan de s’engouffrer complètement dans ce son électronique pour l’album suivant, le très controversé Adore. Pour les amateurs du style ultra rock des Pumpkins, il y avait là comme une forme de trahison qui les refroidit (pourtant, force est de constater que le songwriting reste d’une exceptionnelle qualité, de même que la production de l’album). Cela permit a contrario à d’autres personnes, auparavant rebutées par le son trop heavy du groupe, de découvrir un univers de plus en plus personnel ("Perfect", "For Martha"). Il n’en reste pas moins qu’Adore reste un relatif échec commercial.
Un peu en bout de course, à l’aube de l’an 2000, les Smashing Pumpkins qui ont réintégré Chamberlin sortent un cinquième album studio MACHINA/The Machines of God, qui renoue en partie avec le heavy rock (le magnifique "Everlasting Gaze") même si d’autres titres continuent de creuser le filon de l’électro ("Try, Try, Try" en tête).
Devant le refus de leur maison de disque de sortir la suite de cet album intitulé MACHINA II/The Friends & Enemies of Modern Music, les rumeurs de séparation allant déjà bon train (la séparation effective se produira fin 2000), Billy Corgan décide de le diffuser gratuitement sur Internet. Il est encore aujourd’hui téléchargeable à l’adresse suivante.
Cette double somme un peu inégale des MACHINA, même si elle contient son lot de très bons morceaux, semblait donc marquer le chant du cygne de ce groupe ultra prolifique qui a par ailleurs signé, en dix ans de carrière, une somme impressionnante de faces B d’une qualité étonnante et qui vaut parfois largement les albums studio de plus d’un groupe (voir notamment le coffret The Aeroplane Flies High, sorti à la suite de Mellon Collie).
Voilà donc qu’il nous sera donné, d’ici quelques mois, d’entendre leur sixième album officiel (j’exclus évidemment MACHINA II). Même si on redoute ce côté revival qui pourrait sombrer dans le pas grand chose, on espère quand même un grand retour gagnant et on a hâte !
22:30 Publié dans Musik | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : musique, musiques, rock, chanson, albums, culture




































Commentaires
ce qui est quand même étonnant aussi c'est cette tendance lourde à la reformation de groupes 80's ou 90's (Police, Pixies, les Bérus etc etc)
pourquoi ?
nostalgie de la scéne ?
frais divers à éponger ?
impossibilité de vivre "normalement" hors du systeme studio/tournées ?
obiwan kénobi ??
en tout cas ton post m'a donné l'envie de réécouter Siamese Dreams merci ...
Écrit par : dragibus | 24.02.2007
cher dragibus,
cette tendance que tu pointes est bien réelle. je dirais que tu en as bien analysé les raisons, mais j'y ajouterais pour ma part la nostalgie d'un certain public (la nostalgie n'est pas que celle des groupes eux-mêmes, elle correspond à une tendance "lourde" de la société).
seul petit bémol : on ne peut tout à fait comparer, à mon avis, la reformation des smashing pumpkins à celle de police, des pixies ou des bérus pour une raison simple : les pumpkins sont quand même un groupe beaucoup plus "jeune", formé au début des nineties, alors que les formations que tu évoques sentent les années 80 à fond !
nous verrons avec la sortie de leur nouvel album si les SP se reforment juste pour le fric ou s'ils ont encore quelque chose de vraiment motivant à nous proposer...
Écrit par : JB | 24.02.2007
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