24.01.2007

Travis : bilan d'étape

medium_travis_palace.jpg Ça faisait un petit moment que je ne pensais plus du tout au groupe de rock écossais Travis. A ma connaissance, depuis fin 2003 et 12 Memories, le quatuor n’avait plus commis aucun album studio (si l’on excepte, en 2004, un best of avec deux inédits).
Et puis, un peu par hasard au moment des soldes, je me suis procuré leur DVD live Travis at the Palace, enregistré à Londres quelques jours avant Noël 2003 et qui était sorti dans le commerce en 2004 (ce que j’ignorais).
Travis, malheureusement, n’a pas beaucoup tourné en France suite à 12 Memories, et comme je ne suis pas parisien je n’avais pu aller les voir à l’Olympia. Je me suis donc consolé avec cet excellent DVD, à la sonorisation parfaite, qui égrène tous les meilleurs titres du groupe ainsi qu’une reprise très chouette du fameux "Last Christmas" de George Michael (si, si !).

Travis est un groupe qui joue de belles chansons, très mélodiques, avec une sensibilité indéniablement pop mais pas particulièrement festive. Au contraire, leurs titres très épurés sont plutôt mélancoliques (encore qu’ils soient loin de "foutre le bourdon", je rassure tout de suite ceux qui ne jurent que par David Guetta – d’un autre côté ceux-là ne lisent probablement pas ce blog).
Dès leur second album, The Man Who, Travis s’est imposé comme un groupe riche, sobre et exigeant, alors que personnellement lorsque je les avais entendus pour la première fois (c’était leur titre "Tied to the Nineties", extrait de leur premier album) je ne donnais franchement pas cher de leur peau.
C’est que finalement Travis, bien qu’il soit né dans les nineties justement, n’a pas succombé aux sirènes de la brit pop au sens le plus outré (et mauvais) du terme. Il y a quelque chose de très intimiste dans leur musique, en aucun cas excessif ou poseur (ce qui a souvent caractérisé certaines formations de la vague brit pop), et puis surtout leurs compositions flirtent souvent avec la folk.

C’est toutefois avec leur troisième album, The Invisible Band, et le méga-hit "Sing" (à ma connaissance le seul single de Travis à avoir été diffusé en heavy rotation sur les radios françaises commerciales, peu connues pour leur bon goût !), que Travis a connu une consécration internationale.
Le titre de l’album, pourtant, dit assez cette modestie et cette retenue dont je parlais, à savoir la volonté de mettre en avant la musique du groupe plus que ses membres (et notamment le chanteur et compositeur, Fran Healy). Une volonté qui ne semble pas, à ce jour, avoir été démentie.
Comme pour The Man Who, Travis s’est aidé du producteur Nigel Godrich (Mr Radiohead depuis OK Computer), ce qui a permis de magnifier encore l’écrin des compositions, notamment via certains effets de guitare atmosphériques.

On aurait pu penser que le groupe, surfant sur le succès monumental de "Sing", allait soit nous faire un re-sucé, soit perdre son inspiration avec le quatrième album. Je trouve, personnellement, qu’il n’en a rien été. Sans doute en réaction, 12 Memories se présente comme un disque plus austère, plus retenu, et cela est visible dès le packaging (noir, gris et blanc).
Les titres de l’album sont moins immédiatement accessibles (encore que l’opus contienne son lot de singles potentiels, à commencer par "Re-Offender", "The Beautiful Occupation" ou "Happy to Hang Around") ; les sonorités glissent parfois du côté du folklorique ("Love Will Comme Through" notamment, mais plus généralement on remarquera dans le jeu de guitare les résonances caractéristiques des cordes à vide) ; on note aussi l’intégration plus systématique du piano sur certains titres.

Est-ce pour cela que le succès commercial de 12 Memories fut moindre ? Sans doute, mais les choses ne se mesurant pas à l’aune de ce succès commercial obsédant, je crois qu’il n’y a pas lieu de le déplorer. Soit dit en passant, on a souvent comparé Travis à Coldplay. Peut-être cette comparaison a-t-elle pu avoir un vague sens (et encore) au début de la carrière respective des deux groupes (Coldplay sortait alors Parachutes, sans doute son album le plus honnête), mais chemin faisant je trouve que c’est plutôt insultant pour Travis. Car au final l’ambition de Coldplay est de conquérir le monde entier avec des balades dont certaines, peu scrupuleuses, les conduisent forcément vers la daube.

Tout ceci pour dire que la vision et l’écoute de ce DVD live (je le répète excellent) m’a amené à me demander si Travis existait toujours. En effet, plus rien depuis 2003. Or nous voici maintenant en 2007, et il n’est plus si fréquent dans l’industrie musicale qu’un laps de temps de quatre années s’écoule entre deux albums.
J’ai donc jeté un œil sur leur site officiel et il semble bien que Travis prépare un cinquième album, qui devrait sortir plus tard en 2007. En ces temps de morosité caractéristique de la période post-Réveillons, c’est certes une bien maigre consolation mais ça m’a quand même fait plaisir.

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