20.12.2006
Rock & Littérature
Il est pas mal question de rock dans A Rebours (nombreuses chroniques musicales), mais finalement assez peu de livres sur le rock.
Pour ceux que ça intéresse, voici une petite sélection subjective et en aucun cas exhaustive d’un certain nombre de livres que j’ai aimés au fil des ans.
Parlons d’abord de Nick Cohn.
Le journaliste vient de publier un livre sur le rap, Triksta, ce qu’on n’attendait pas forcément de LA référence rock. En effet, voici déjà presque 40 ans, il sortait un petit ouvrage passionnant intitulé A Wop Bop A Loo Bop A Lop Bam Boom (il faudra attendre 1999 pour qu’il soit traduit en français). Le titre est déjà tout un programme : il fait bien sûr référence aux braillements de Little Richard sur "Tutti Frutti" et dit assez le caractère urgent de l’entreprise. Cohn ne se livre pas à une exégèse en règle, au contraire il traite de tous les dessous avec verve et parfois mauvaise foi. Prétentions artistiques d’un côté, business et pompe à fric de l’autre, tout le rock en quelques dizaines de pages.
L’autre référence, c’est Greil Marcus.
Dans son œuvre la plus connue, Lipstick Traces, Marcus se livre à des raccourcis et des recoupements caractéristiques de sa méthode : lui seul est capable de relier Johnny Rotten (chanteur des Sex Pistols) à l’Internationale situationniste, au mouvement Dada et, plus fort encore, aux millénaristes médiévaux. Féru de symboles et de coïncidences, croyant à des sortes de grands courants ancestraux et structurants qui dépasseraient les époques, Marcus a le mérite de proposer une vision très originale et stimulante de phénomènes culturels et "contre-culturels" qui dépassent le rock, même si celui-ci en constitue la clé d’entrée privilégiée.
Le troisième auteur "canonique" est sans doute mon préféré : Nick Tosches.
Littéralement obsédé par les images bibliques de l’enfer et de la rédemption, de Dieu et du Diable, de l’ascension et de la chute, Tosches avait toutes les raisons de s’intéresser à un musicien qui lui ressemble : Jerry Lee Lewis. Raconter en quelques mots le contenu de Hellfire est vain, tant ce livre se dévore. Le style n’a plus rien de journalistique, on est dans le littéraire pur et dur même si les épisodes relatés sont vrais et constituent en ce sens une biographie. Alcool, drogue, drames personnels et familiaux, tout ça sur fond de boogie-woogie et de rock, ont constitué la vie de Lewis et c’est avec génie que Tosches les réincorpore dans Hellfire pour en faire un monument.
Après cette triade incontournable (et précisons qu’il n’est nul besoin d’être fan de rock pour les apprécier), je ferai également référence à un livre beaucoup plus contestable : Rock n’ roll Babylone de Gary Herman.
Le moins que l’on puisse dire c’est que ce journaliste est bien documenté… lorsqu’il s’agit de commenter les frasques de nos rockers préférés. Bienvenue dans un monde entièrement corrompu où sexe, drogue, alcool, violence, dépression, suicide, sont quotidiens. Où ce qui compte, c’est davantage le fric et les magouilles que la musique. Cela dit n’exagérons rien : le livre n’est pas que cela (en l’occurrence le côté "fouille merde"), il a également le mérite de s’interroger sur des mouvements sociologiques et culturels plus profonds dans lesquels s’inscrivent les agissements dissolus des rock stars. A lire, même si c’est beaucoup moins universel.
Enfin, comment ne pas mentionner le travail important de l’éditeur Camion Blanc qui livre, depuis plusieurs années, des ouvrages très documentés sur les plus grands groupes et les plus grands leaders de rock. Au hasard Kurt Cobain et la bio Plus lourd que le ciel, les Pixies, Sonic Youth… Ca n’a pas l’envergure ni la prétention de Cohn, Marcus ou Tosches (d’ailleurs tous trois édités chez l’excellent Allia) mais c’est intéressant.
Voilà, les puristes me reprocheront sans doute d’oublier Lester Bangs, ou bien encore les frenchies du genre Eudeline, Manœuvre et consorts. Je répondrai que c’est un oubli volontaire et assumerai mes choix…
17:54 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : musique, musiques, rock, livre, livres, Culture




































Commentaires
On peut aussi ajouter Nick Kent (chez Naive) et son "Dark Stuff" et la part d'ombre d'Igy, Sly Stone et autres Eminem ainsi qu'un roman sympa qui narre les errances américaines de Chuck KLOSTERMAN journaliste à Spin sur tous les lieux mythiques des grands décédés US du rock (Cobain et autres Buddy Hlly) "Je, la mort et le rock and roll" (tjrs chez Naive)
Écrit par : dragibus | 27.12.2006
François GORIN "sur le rock" aux éditions de l'Olivier, c'est pas mal. Dommage pour Lester Bangs, ça a mal vieillit mais ses envolées sont sympas.
Écrit par : castor | 29.12.2006
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