27.10.2006

"Les Voix France-Japon"

medium_voix_france_japon.jpg A l’occasion du 25e anniversaire de la revue Les Voix France-Japon, je voulais mettre un petit coup de projecteur sur ce très bel objet (comme dirait Bellemare).

D’abord, la qualité esthétique de ce magazine est indéniable ; par ailleurs, sa qualité éditoriale est également fort pertinente ; enfin, l’intégralité des articles est rédigée en bilingue : une colonne en français, l’autre en japonais (ça peut éventuellement en intéresser certains…).

Pour vous mettre l’eau à la bouche, quelques infos glanées dans ce 104e numéro. D’abord, le saviez-vous ? Le travailleur nippon est victime d’un tel surmenage (37% des actifs ne prennent aucun jour de congés, beaucoup d’autres sont victimes d’overdose de zangyo, i.e. les heures sup) que 32000 employés se sont suicidés en 2006, sans compter ceux qui crèvent de maladies chroniques ou de troubles cardio-vasculaires directement liés à ces conditions de travail inhumaines. D’où un nom spécifique pour cette "mort par excès de travail" : karoshi.

Autre réalité sociologique assez remarquable, toujours liée au travail, la situation des 15-34 ans au Japon. Un jeune sur neuf est un freeter : contraction de l’anglais free-lance et de l’allemand arbeiter, c’est-à-dire qu’un jeune sur neuf a un travail irrégulier (temps partiel ou intérim). Par ailleurs, 2,5% de cette population des 15-34 ans est considérée comme neet : contraction du terme anglais Not in Education, Employment, nor Training, il s'agit de célibataires qui vivent toujours chez leurs parents, sans travail mais qui n’en recherchent surtout pas. En même temps, on les comprend vu les risques de karoshi.
Cela crée une bipolarisation de plus en plus forte de la société nippone : d’un côté les winners (kachigumi), de l’autre les losers (makegumi).

Mais Les Voix s’intéressent aussi à tout ce qui touche à l’art. Ainsi, un très intéressant article sur Foujita, ce fameux peintre qui vécut longtemps en France en se faisant appeler Léonard. L’une de ses citations m’a bien fait rire : accumulant mariages et divorces, associant, dans sa peinture comme dans sa vie, les femmes et les chats, il déclara un jour : "C’est la même chose : il faut savoir s’en occuper, être gentil, attentionné, sinon on risque de retrouver le canapé lacéré de coups de griffes."

Autre exemple, un parallélisme très intéressant entre ce qui réunit et surtout sépare les deux écrivains japonais contemporains au même nom de famille : Murakami. L’un, Haruki, est plutôt du côté du jazz, de la mélancolie et du mono no aware, l’autre, Ryû, résolument du côté du trash et du désespoir, évoquant parfois Bret Easton Ellis.

Voilà, un trimestriel extrêmement riche et fouillé, pour 4,50 euros. Après tout, c’est pas si cher que ça…

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