12.07.2008
Le paradoxe du blogueur
Voici quelques jours, Versac a mis un terme au blog qu’il alimentait depuis 5 ans. versac.net, pour les extraterrestres, était l’un des blogs les plus lus sur la toile française. D’où le qualificatif de "blogueur influent" qui collait à la peau de Versac depuis de nombreux mois (notamment depuis la dernière campagne présidentielle) et que, visiblement, il n’arrivait plus à supporter.
De toute évidence, plusieurs polémiques récentes avec des gens comme Guy Birenbaum, Jean-Marc Morandini ou Jean-Michel Apathie ont eu raison de la patience du blogueur. Mais il serait à mon avis malhonnête de ne pas reconnaître que, depuis déjà plusieurs semaines, le cœur semblait ne plus y être. J’en avais fait mention dans l’une de mes notes, on sentait bien chez Versac un certain malaise et un certain spleen, qu’il avait surtout exprimé ici à l’occasion de son "cinquième anniversaire".
Je n’ai pas du tout envie de parler au nom de, ou à la place de, ou de tirer des enseignements généraux d’une situation particulière et qu’il faut de toute façon respecter, mais il me semble que cet événement peut inspirer quelques réflexions autour de ce que j’appellerais le "paradoxe du blogueur".
1/ ETRE LU OU PAS ? JUSQU'A QUEL POINT ?
Je pense que c’est la question de fond lorsqu’on ouvre un blog. Qui dit ouverture de blog dit, a priori, envie de communiquer avec quelqu’un (en général un "quelqu’un" abstrait). Donc, potentiellement, envie d’être lu par au moins une personne – et si c’est davantage c’est encore mieux. Dans ces conditions, l’un des risques est ensuite d’avoir beaucoup de lecteurs, quitte à en avoir tellement qu’on devient à un moment donné populaire et, selon le mot à la mode (qui est évidemment absurde car disproportionné), "influent".
Or, dans le système médiatique qui est le nôtre, plus on a de succès, plus on parle de vous : et l’on a donc encore plus de succès. Du coup les journaux, télés, radios, commencent à s’intéresser à vous. Ce qu’on appelle un "buzz" se met en place et ça commence à tourner en boucle. Jusqu’au tsunami. On finit donc par en arriver à cette situation paradoxale et à la limite de l’absurde : regretter d’être trop lu. Car qui dit "trop" dit aussi "mal" : d’où les simplifications, les instrumentalisations, les citations tronquées, voire les attaques et autres diffamations.
Dans tout cela, j’ai quand même envie de remarquer quelque chose : ça n’a absolument rien de spécifique aux blogs ! C’est strictement la même chose dans n’importe quel champ d’expression, qu’il soit artistique ou politique. Je ne veux surtout pas faire de parallélisme hors de propos, mais qu’est-il arrivé à Kurt Cobain, sinon qu’il a été dépassé par son succès et qu’il n’a pas su ou voulu le gérer ?
Bref, Versac s’est retrouvé pris au piège de la notoriété et, face à ce piège, il a fini par jeter l’éponge. Mais toujours est-il, je le répète, que nous sommes au cœur du paradoxe (et en disant cela je ne veux surtout pas dire que Versac a tort) : toute personne qui s’exprime souhaite être entendue, sauf qu’elle est parfois exaucée, mais à un point tel qu’elle n’a plus aucun contrôle. Du coup que se passe-t-il ?
2/ QUE DIRE ? COMMENT LE DIRE ?
L’autre axe central du paradoxe du blogueur, c’est le contenu de son discours. En choisissant un contenu politique, le blogueur a d’autant plus de chances d’être lu et repris. La politique est un domaine sérieux et noble, mais c’est évidemment le contenu le plus polémique possible. Versac a fait un travail structurant et pionnier sur la blogosphère en la matière : parler de "République des blogs" était un acte fort et important qui a permis une prise de conscience, dans certaines sphères, que l’Internet et les blogs n’étaient pas que de la merde.
Toutefois, et toujours selon la même logique, ce discours de "sérieux" a fini par être repris en boucle par tous les grands médias traditionnels (les dernières présidentielles ont été un tournant en la matière), certains pour le contester, d’autres pour le valider, mais dans tous les cas il en a été dit et écrit des tonnes, jusqu’à ce que ça finisse par devenir énervant, contre-productif et presque vain (dernier cas d’école en date : Ingrid Betancourt).
L’expression publique a ceci de particulier qu’elle vous engage forcément, parfois même à votre corps défendant. Dans ces conditions, plus on est lu, disséqué, commenté, plus il devient délicat de s’exprimer de façon juste, contrôlée, canalisée. Il y a donc ce que vous produisez, qui n’est presque plus rien par rapport à ce qui est produit autour de ce que vous produisez : à tel point que ce sont les commentaires qui structurent tout, alors qu’ils ne sont censés être que des matériaux de seconde main. Là encore, typiquement, le blog et le blogueur jouent sur cette logique et cette contradiction jusqu’au point de rupture. Car non seulement les commentaires sont autorisés et même ardemment souhaités, mais en plus la logique du billet "court" et "impulsif" va contre la possibilité de tout dire, clairement, soigneusement, et donc renforce la possibilité de sur-interpréter, déformer, voire carrément tronquer.
A mon avis, ce sont sur ces deux paradoxes que Versac a fini par buter. Il a d’ailleurs fait lui-même, dans les deux posts que j’ai cités, aveu de cette frustration à ne pas pouvoir dire plus, dire mieux : "Et puis, il ne faut pas se le cacher, bloguer en disant des choses intéressantes nécessite, sinon du temps, du moins de l'attention et la concentration minimale pour donner." "Ce sera un nouveau genre, des billets plus fouillés et professionnels."
Toujours est-il que dans un monde où tout est sans arrêt simplifié, caricaturé, où la distinction entre vrai et faux a de moins en moins d’importance, où l’irrationnel retrouve une importance qu’à un moment donné il avait peut-être un peu perdue, je pense qu’il serait suicidaire de croire qu’on peut s’exprimer en étant toujours bien lu, bien entendu, bien compris, surtout dans le cadre d’un blog. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas tout faire pour atteindre cet objectif.
> Sur l’herméneutique des blogs : voir mon article Narcisse parle
> Sur le pourquoi de ce blog : voir ici et ici
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31.03.2008
A REBOURS : An II
A REBOURS fête officiellement ses deux ans. Le temps passe très vite…
J’avais rédigé un post à l’occasion de la première année de vie de ce blog, que j’ai évidemment relu pour préparer celui-ci. Je constate ce que j’appellerais un "changement dans la continuité" (à moins qu’il ne s’agisse d’une "continuité dans le changement" ?).
-- Au chapitre des continuités d’abord :
1/ je continue à ne jamais raconter ma life. Que saura de moi le lecteur ultra-fidèle, sinon que je me suis fait opérer des dents de sagesse et que je ressemblais à un hamster, que j’ai failli piquer une crise de nerfs en essayant de joindre Alice pour un problème de connexion, que j’ai tendance à faire des insomnies ou que j’aime le snooker (sans oublier 5 autres trucs dont tout le monde se branle) ?
2/ je continue à produire des posts assez longs, peut-être trop diront certains (mais je crois que ceux-là ont passé leur chemin depuis longtemps !). Selon moi toute pensée (même sur des trucs à la con) ne peut s’exprimer qu’avec un minimum de complexité et de développement, sinon on en reste à des évidences et platitudes ou on fait vaguement de "l’information" ou de "l’actualité", or ce n’est pas réellement mon propos.
3/ je continue d’avoir une audience de happy few même si globalement sur l’année elle a presque doublé par rapport à l’année dernière. Cela me convient tout à fait car ça me permet de pouvoir répondre très souvent directement à mes interlocuteurs qui me laissent des commentaires et finalement de pouvoir construire avec eux un débat suite à mon post et autour de lui. Bref je fais de plus en plus le distinguo entre ma chronique proprement dite et tout ce qu’il y a autour d’elle (qui prend souvent bien plus d’ampleur que la chronique elle-même, et c’est tant mieux). Très récemment l’un des grands "blogueurs influents" que j’apprécie par ailleurs, versac, avouait une sorte de mini-spleen à être devenu célèbre, à avoir des dizaines de commentaires sur la moindre note qu’il fait. Je le comprends, il devient dans ces conditions impossible de construire un vrai débat.
-- Au chapitre des évolutions ensuite :
1/ il me faut avouer que cette année, j’ai été moins productif que l’année dernière. Sur les 200 notes de ce blog, 69 seulement ont été pondues cette dernière année.
2/ outre le fait que cela s’explique pour des raisons de temps et de disponibilité, il faut quand même voir aussi que le nombre de commentaires laissés sur ce blog a, lui, augmenté (enfin tout est relatif bien sûr !). De 1,7 par chronique l’année dernière (217 commentaires), je suis passé à 3,66 par chronique cette année (253 commentaires). Du coup, comme je le disais plus haut, je me suis davantage investi dans les réponses à ces commentaires et dans la poursuite du débat au-delà de mon post, ce que j’avais moins fait l’année dernière. A ce sujet, même si comme l’année dernière mes deux "piliers" restent PV et dragibus (je les en remercie, ils sont coolos tous les deux ! je nous comparerais volontiers à un autre trio infernal qui faisait la joie des Guignols d’autrefois : Christine Ockrent, Serge July et Philippe Alexandre ;-), j’ai eu des commentaires de pleins de gens et, même si ça reste le plus souvent épisodique, ça m’a bien plu.
3/ j’ai moins que l’année dernière appliqué le principe d’Alain que je citais : "Il est meilleur, il est plus juste, il est plus efficace d’applaudir à la bonne musique que de siffler à la mauvaise." Mais grâce à une dent plus dure (j’en rajoutais parfois volontairement) j’ai également suscité davantage de réactions et ça c’est bien. J’en veux pour preuve cette chronique sur les Naast et Plasticine : elle a provoqué pas moins de 26 commentaires (ce qui pour mon blog est énorme !). Très amusant d’ailleurs de voir que tout un courant était d’accord avec moi, alors qu’un autre avait tendance à me traiter de "réac". Bref pourquoi cette note a-t-elle fait tant réagir, alors qu’une autre sur la chanson française, carrément plus hard, était passée inaperçue ?
4/ en lien direct avec ma remarque précédente, A REBOURS est un peu allé à rebours de lui-même cette année. Cela se voit tout de suite dans les statistiques : seulement 10 chroniques supplémentaires dans la catégorie "Livres", 13 supplémentaires dans la catégorie "Films" et 8 supplémentaires dans la catégorie "Musik".
En revanche, une catégorie a explosé : "TV, radio, presse écrite" avec 29 chroniques de plus ! Pourquoi ? Pour une raison simple : les élections présidentielles puis l’hyperprésidence de Sarkozy. Comme tout un chacun, parfois à mon corps défendant, j’ai été victime du bruit fait autour de ces élections et n’ai pu m’empêcher de suivre ces débats et m’y impliquer. Je précise d’emblée que je n’ai pas créé de catégorie "Politique" pour une raison simple : impossible à mon sens d’avoir sa "propre" opinion en la matière, nous sommes totalement dépendants de ce que les médias (bons ou mauvais) nous donnent comme informations. Par conséquent il faut être bien présomptueux pour dire qu’on "parle politique", au mieux parle-t-on de politique à travers le prisme médiatique.
Au milieu de ce marasme, je reste assez fier de ma note En finir avec les Présidentielles qui dit clairement ce que je pense du mythe du "président sauveur tout-puissant" : les dernières semaines confirment ce diagnostic non ?!
Quant à mon soutien au "Mickey orange de la politique" lors des présidentielles, je ne le regrette pas non plus, surtout si j’en crois les analyses sémantiques et linguistiques de Jean Véronis. Bayrou a su placer les thématiques de la recherche et de la dette, du "nous", de l’éducation et de l’égalité, du climat au cœur de son discours, éviter les "je veux" excessifs, éviter aussi le recyclage de ses propres discours, finalement nous n’étions pas si loin du paradoxe de Condorcet…
-- Et maintenant ?
Eh bien je ne le sais pas moi-même. Je vais continuer de prouver le mouvement en marchant. Retour à l’an I ? Poursuite de l’an II ? Nouvelle phase pour aborder l’an III ? Rien de tout cela ? Arrêt de ce blog ?
To be continued…
21:54 Publié dans About a blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blog
31.12.2007
And the winners are... A REBOURS' 2007 top three

La règle est simple : il s’agit de disques et de films que j’ai chroniqués courant 2007 sur ce blog et qui sont sortis en 2007. Tout le reste est exclu.
Pour ce qui concerne les livres, j’ai lu trop d’essais cette année et pas suffisamment de fiction, par conséquent je ne puis établir de classement représentatif. Et puis peut-être cette année littéraire a-t-elle été moins riche que la précédente, qui avait vu la parution des Bienveillantes de Littell ainsi que des derniers Kazuo Ishiguro et Tom Wolfe ? Je laisse mes lecteurs trancher ce débat…
Musik
En n° 3, je place Devendra Banhart et son Smokey Rolls Down Thunder Canyon. Un album riche et diversifié, parfois un peu trop hétéroclite, mais qui enrichit joliment l’univers déjà ample du chanteur psyché-folk.
En n°2, je place Cornelius et son opus Sensuous. Il nous fera peut-être danser ce soir pour le Réveillon, il saura également nous bercer au moment d’aller nous coucher. Bref il nous fera passer par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel grâce à sa propension à combiner différents styles musicaux, d’une façon à la fois déconcertante et fraîche.
En n°1 enfin (cela ne surprendra personne), je place Radiohead et leur ultime In Rainbows. Tant pour la beauté du geste (avoir mis à disposition leur album sur Internet, en proposant à l’auditeur de le télécharger pour le prix qu’il estime juste, y compris gratuitement) que pour la musique elle-même. In Rainbows n’est pas un chef d’œuvre (trois titres au moins auraient pu sauter) mais il surpasse de loin le reste de la production discographique de l’année.
Clin d’œil à No Shouts No Calls d’Electrelane et surtout Mestro de Hurtmold, qui sont eux aussi de très bons albums parus cette année.
Films
En n°3, je place INLAND EMPIRE de David Lynch. Je ne l’ai pas encore revu depuis sa sortie en salle, je ne sais donc toujours pas quoi en penser réellement. Mais il m’a pas mal travaillé depuis, c’est à mon avis suffisant pour le faire figurer dans le palmarès.
En n°2, je place Les promesses de l’ombre de David Cronenberg. Un film pour le moins efficace, mais aussi beaucoup moins simple et linéaire qu’il n’y paraît. La maîtrise de la réalisation, le talent des comédiens, autant d’éléments qui impressionnent et nous laissent admiratifs.
En n°1 enfin, Lettres d’Iwo Jima de Clint Eastwood. Avec ce film, le réalisateur clôt son diptyque magnifique sur un épisode particulièrement tragique de la guerre du Pacifique. En ces temps extrêmement manichéens, Eastwood donne à réfléchir sur les thèmes de la mémoire, du patriotisme, de l’Autre avec subtilité et nuance. Je dis bravo.
Clin d’œil à Paranoid Park de Gus Van Sant qui mérite également d’être vu.
12:51 Publié dans About a blog | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, Cinéma, Films, culture
01.04.2007
putain ... 1 an !!
Voici (à peu de choses près) un an, ce blog était ouvert par votre serviteur. Bref, un anniversaire supplémentaire pour nous montrer que le temps passe, et qu’il passe vite.
Les lecteurs de Proust (on va sûrement en trouver un ou deux !) se rappellent sans doute que le narrateur est toujours profondément déprimé le jour du Nouvel An car cela lui rappelle cruellement que les bonnes résolutions qu’il avait prises l’année précédente n’ont finalement pas été tenues et que, l’un dans l’autre, tout change et rien ne change. Le temps passe, certes, mais a-t-on changé dans le sens favorable que l’on avait souhaité ou rêvé ? (S’en est-on, d’ailleurs, donné les moyens ?)
Je ne suis pas sûr, pour ma part, que cet anniversaire me plonge dans le même type de déploration. Force est de constater, néanmoins, que ça ne m’incite pas non plus à faire péter les cotillons et foutre la zique à fond :-)
CHAPITRE 1 : LES STATS
Depuis sa création, l’audience d’A REBOURS a évidemment évolué et augmenté. Elle se situe aujourd’hui à la hauteur suivante : 3600 visiteurs mensuels (soit 120 visiteurs par jour).
Ce sont 8300 pages lues mensuellement (soit 277 par jour).
Pour ma part, j’ai rédigé 131 notes (soit 11 notes par mois) et 217 commentaires sont venus les alimenter (soit 1,7 commentaire par note).
La répartition des notes est la suivante : 33 en ‘Musik’ ; 29 en ‘Livres’ ; 25 en ‘TV, radio, presse écrite’ ; 18 en ‘Films’ ; les 26 autres se répartissent entre ‘Manga’, ‘About A Blog’, ‘Loisirs’ et ‘Quizz’.
Qu’est-ce que cela m’inspire ?
D’abord, je trouve méritoire que tant de personnes viennent me visiter (même si c’est parfois complètement par hasard) alors que des blogs il y en a des millions et que beaucoup sont probablement, à défaut d’être meilleurs, pas pires que le mien. "Tant de personnes ?" se gaussera sans doute le blogueur populaire, celui qui atteint mon chiffre mensuel en une journée. Oui, mais il est vrai que je suis de facto complètement hors de tout "réseau" et de toute "communauté". D’une part, parce que je suis un anonyme pur (contrairement à la majorité des blogueurs populaires qui exercent déjà une activité en vue, en général journaliste ou proche de la sphère politique, ou bien encore qui parlent au nom d’un corps de métier), d’autre part parce que je dois reconnaître que l’idée de "communauté", fort paradoxalement, m’énerve un peu. C’est pour cela que je n’ai jamais fait aucun effort particulier pour me signaler ici ou là, d’autant plus que mon blog n’est pas monomaniaque mais s’ouvre sur la littérature, la musique, le cinéma, et même l’actualité la plus triviale, ce qui fait qu’il a naturellement du mal à s’intégrer dans quelque "communauté" que ce soit. Autant l’avouer, cette idée de happy few me plaît assez et c’est donc très bien ainsi.
Ensuite, je voudrais remercier (ça fait un peu démago mais bon :-) ceux qui me laissent des commentaires. On aura beau dire, ce sont les réactions aux chroniques qui donnent envie de poursuivre cette activité et qui, en quelque sorte, la légitiment. Par ailleurs, j’aurais envie d’ajouter qu’engager un débat autour d’une chronique est souvent plus plaisant encore que la rédaction de la chronique elle-même. En la matière, mention spéciale pour PV et dragibus qui sont, à ce jour, mes deux exégètes les plus fidèles et les plus exigeants. Je regrette parfois qu’on ne me laisse pas plus de commentaires même si cette relative limitation me permet, quand je le souhaite, de faire des réponses circonstanciées et donc d’entretenir le dialogue. Ce que je regrette davantage, en revanche, c’est que parfois ce dialogue se limite à deux personnes (en l’occurrence le commentateur et moi-même) et ne s’élargisse pas un peu plus. Voilà, à bon entendeur…
Pour en finir sur ces matières, je ne peux m’empêcher d’évoquer ce mini titre de gloire : avoir reçu, à l’occasion de cette chronique, un commentaire de versac qui est, à en croire Le Monde, dans le "top ten" des blogueurs les plus influents sur la toile française. Il avoue me lire (en tous cas à ce moment-là, je ne sais pas si c’est toujours le cas), diantre quel honneur !
CHAPITRE 2 : MYLIFE.COM
Très brièvement, quelques considérations personnelles au sujet de ce blog.
Pourquoi A REBOURS existe-t-il ? En fait je n’ai toujours pas réussi à répondre à cette grave question… On glosait beaucoup au sujet des blogs, ces nouveaux et formidables "outils participatifs" (c’est fou comme un mot de ce genre sonne maintenant Ségolène Royal). Alors je me suis dit que j’allais voir ça de plus près. C’est vrai qu’un blog c’est ultra simple à créer, aucune barrière technique, c’est réactif aussi, convivial, bref ça fonctionne bien. Mais cela étant dit, quel intérêt ? Dans la mesure où des tas d’égos font la même démarche, le web 2.0. ne devient-il pas une immense foire aux vanités ? Sans doute, même si j’avais tâché d’apporter un début de réponse dans cette chronique. Alors la question reste entière : pourquoi ? Je crois que je n’ai pas d’autre réponse que celle-ci : j’aime écrire et comme : 1/ je ne suis pas journaliste ; 2/ j’ai toujours trouvé inconvenante et même absurde l’idée de tenir un journal (en effet, par définition le journal est censé ne s’adresser à personne d’autre que soi-même, ce qui est absolument stupide), l’invention du blog, outil d’autopublication, me permet de trouver une réponse satisfaisante à cette quadrature du cercle.
Qu’ai-je principalement essayé de faire dans A REBOURS ?
Avant toute chose, j’ai essayé de ne surtout pas raconter ma vie (sauf, à de très rares exceptions près, sur le mode anecdotique et badin). J’ai ensuite essayé de me tenir à la ligne suivante : traiter de sujets très divers mais ayant au fond un point commun, appartenir à la culture de "l’honnête homme".
Dans cette perspective, j’ai tâché de faire le plus souvent mienne cette devise d’Alain : "Il est meilleur, il est plus juste, il est plus efficace d’applaudir à la bonne musique que de siffler à la mauvaise." Il le dit encore d’une autre façon : "Le vrai du pessimisme est en ceci que la simple humeur non gouvernée va au triste ou à l’irrité."
Voilà pourquoi le lecteur trouvera sur A REBOURS beaucoup plus d’éloge que de blâme. Qu’il se rassure toutefois : le blâme est présent car la médiocrité de notre époque est telle qu’il faudrait être sot, aveugle ou plus sage qu’un moine bouddhiste en pleine lévitation pour faire comme si elle n’existait pas. L’une de mes cibles de choix, en l’occurrence, c’est la chanson française ou certains médias, mais j’en ai d’autres et je dois vraiment faire les plus grands efforts pour me retenir et ne pas les mitrailler plus souvent.
Elément central : j’ai essayé de ne pas faire ce que je voyais souvent sur d’autres blogs, i.e. des chroniques qui font entre deux et dix lignes. Cela peut avoir un intérêt si l’on anime un blog de veille ou très axé sur l’actualité mais lorsqu’on a plutôt pour ambition d’apporter du "fond", je considère (au risque de décourager l’internaute paresseux ou zappeur) qu’un minimum de substance s’impose. Voilà pourquoi une moyenne de 11 notes par mois ça peut paraître peu, mais rapporté à la longueur de celles-ci, ce n’est vraiment pas si mal je trouve !
CHAPITRE 3 : NOW ?
J’espère donc avoir diverti, amusé, fait réfléchir ou apprendre, en tous cas avoir suscité la réaction, tout au long de cette année.
Je vais, l’espace de quelques jours, faire une halte en me demandant si, malgré ces considérations et autojustifications, la continuation de ce blog a réellement un intérêt. Si oui peut-être le poursuivrai-je à l’identique ou le ferai-je évoluer ? Sinon, à l’issue de cette réflexion et pour parodier Jospin au soir du 21 avril, déciderai-je de me retirer (définitivement ?) de la vie bloguotique.
@+
14:53 Publié dans About a blog | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : blog
16.01.2007
Le coup de coeur du mois
Allez, c’est assez rare dans A REBOURS mais je vais rendre un petit hommage à un internaute dont je trouve les œuvres photographiques très belles (en plus je parle peu voire pas photo sur ce blog donc je me rattrape !).
Il s’agit de Maybemaq, que j’ai découvert complètement par hasard en naviguant sur flickr. Pour accéder à la page de Maybemaq, c’est par ici.
Apparemment Maybemaq est japonais et vit à Nagasaki. Certaines caractéristiques de ses œuvres sont effectivement très nippones : il joue souvent sur la lumière et l’ombre, sur les couleurs, ou bien encore sur les effets d’optique (flou, réflexion…).
De façon générale, on pourrait dire qu’il arrive à capter et capturer la poésie et la fragilité des choses qu’il shoote, et que son travail pictural évoque souvent le fameux mono no aware cher aux bouddhistes. En d’autres termes une mélancolie douce et belle, dont le support est esthétique et confine à la philosophie : montrer l’éphémère des choses et des êtres.
Quelques exemples parmi d’autres, que j’ai vraiment appréciés.
Dans Aging, Maybemaq parvient à un jeu d’ombre et de lumière exceptionnel, magnifié par la fluidité du mouvement du promeneur, au point qu’on croirait plus une illustration de bande dessinée qu’une vraie photographie. Cette photo condense à mon avis toute sa technique et tout son art. Il y a du Wong Kar-Wai là dedans non ?
C’est d’ailleurs un peu le même esprit qu’on retrouve dans Lingering shadow ou dans Ruled by numbers même si les jeux de couleurs sont complètement différents.
Dans Anachronism, Jungian world , Yarn spinning ou encore Aprés (sic) la douche , Maybemaq joue sur le reflet et l’illusion, nous prouvant qu’il a décidément l’œil du photographe (comme d’autres ont l’œil du tigre :-)
Dans Basic language, Zodiac ou dans la magnifique Jupiter, c’est aux contrastes entre couleurs vives, blanc ou noir qu’il s’attaque cette fois-ci. Ou comment la réalité peut, selon l’angle d’attaque avec lequel on l’observe, confiner à l’abstraction.
Dans Infrared rays comme dans Sigh ou Trust Maybemaq semble comme hanté par l’idée de « traverser » la source lumineuse et atteindre ce qu’il y a derrière, ou comment la quête esthétique de la perfection, par définition vaine, trouve sa plus belle expression.
Dans Astrology Pipeline et Gift l’artiste s’attaque à l’idée d’enchevêtrements et de réseaux en s’appuyant tantôt sur les constructions humaines, tantôt sur les éléments naturels.
Au fond toutes les photos de Maybemaq jouent sur une espèce de nostalgie jouissive, où le sentiment d’apesanteur et de suspension est très souvent omniprésent. Est-ce un hasard si l’une de ses photos s’appelle Distance et est-ce un hasard si cette photo est profondément ambiguë : tristesse (joie ?) du départ, ou joie (tristesse ?) de l’arrivée ?
18:26 Publié dans About a blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : photo, photographie, photographies, artiste, art, culture
13.01.2007
5 choses dont tout le monde se branle
Sous la pression de mon amie Marlène, je vais me plier à ce jeu absolument débile qui consiste à : être interpellé par un blogueur ; répondre bêtement à son interpellation et, au mépris de toute intimité, ainsi que de tout intérêt, dévoiler au lecteur 5 choses qu’il ne savait pas sur moi, auteur de ce blog (et dont d’ailleurs il se contrebranle) ; lancer ensuite un appel à 5 autres blogueurs de mon choix pour qu’ils soient à leur tour emmerdés par cette question.
Alors :
1/ lorsque je suis né, je suis resté trois jours sans prénom. En effet, ma mère était persuadée que je serais une fille et je m’appelais donc Florence. C’est vrai que c’est super joli comme prénom, référence à la plus belle ville italienne, etc. Mais pas de bol, j’avais ce petit truc entre les jambes qui a ruiné tous ses projets… Cela m’a-t-il profondément traumatisé et, peut-être, a-t-il eu des répercussions profondes et durables sur le reste de ma vie (notamment sexuelle) ? A ceux qui me connaissent de le dire…
2/ des fois, j’allais manger chez ma grand-mère. Elle me faisait des frites et des œufs (direct du jardin et du poulailler), j’adorais ça. En plus le côté Ingalls ça avait son charme !
3/ comme tout un chacun (mâle), je me suis pris un jour pour Michaël Knight alors que je faisais un tour de kart moisi dans une fête foraine.
4/ comme tout un chacun (toujours mâle), j’ai fantasmé à l’âge de 6 ans sur Phénicia, la sœur d’Actarus, Prince d’Euphor. Aïe… peut-être la question que je posais en (1) trouve-t-elle un début de réponse ?
5/ j’adorerais être rentier et arrêter de bosser pour me consacrer à ce qui est vraiment important dans la vie. Et désolé de dire que pleins de gens eh ben même s’ils pouvaient, ils continueraient quand même à travailler ! J’aimerais qu’ils m’expliquent pourquoi, leur existence est-elle à ce point vide ?
Voilà, cela étant fait et dit, je refile comme le stipule la règle du jeu la patate chaude à 5 blogueurs. Je dois préciser que je n’ai pas vraiment de « potes » ni de « réseau » sur la blogosphère, je lance donc cet appel à des personnes qui ont déjà posté des commentaires sur A REBOURS, peut-être continuent-ils de me lire ?
Largonaute, Hookie, Dragibus, Stoogie et Castor, c’est à vous !
13:56 Publié dans About a blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : blogs
11.01.2007
L'art de la dissertation : Joe Dassin
Voici quelques mois (voir ma chronique du 04.07.06), j’offrais au lecteur d’A REBOURS une méthode de commentaire de texte en m’appuyant sur deux chansons "culte" de l’un des artistes de variété majeur des seventies, Joe Dassin.
Dans cette étude intitulée "Esthétique de la mélancolie", je tâchais de montrer qu’on peut a priori broder dans le style pseudo universitaire sur à peu près n’importe quel matériau préalable, aussi "futile" semble-t-il être.
Aujourd’hui, je vais sans doute aller encore plus loin et faire encore plus fort.
En effet, broder sur un support existant, en l’occurrence une ou plusieurs chansons, est méritoire mais finalement pas si compliqué. La substance de départ ne nous est pas propre, nous nous contentons de nous appuyer sur elle pour que le commentaire prenne son essor. C’est une espèce de création de seconde main, une pure réaction. (Attention : je ne dis pas que c’est un exercice facile, en effet le risque du nullos est de sombrer dans la paraphrase ou la linéarité sans problématique. Mais enfin ça n’est pas admirable.)
Dans le cas de la dissertation, l’effort conceptuel est beaucoup plus grand, par conséquent il faut davantage "se creuser la cervelle" (voici déjà un terme qui en rebutera plus d’un…).
L’on me rétorquera toutefois, et en partie à juste titre, que la dissertation reste malgré tout une réaction à un sujet posé, et que dans ces conditions la conceptualisation ne peut partir tous azimuts, car ici le risque n’est plus la paraphrase mais le hors sujet !
Je n’ai rien à redire, cela est vrai.
Sauf que, pour corser la difficulté, j’ai pour ma part décidé (comble de la perversité) de m’imposer une dissertation sur une problématique que j’ai moi-même déterminée, mais toujours en lien avec l’ami Joe et en lien avec ma première étude. Cela permet d’allier l’effort créatif à l’effort conceptuel, tout en ne perdant pas de vue qu’il s’agit d’être dans la gratuité et l’inutilité absolues.
Les pré requis à la dissertation sont : 1/ la problématique ; 2/ l’enchaînement dialectique ; 3/ l’équilibre entre les parties (et si possible les sous-parties).
Sans ces trois obligations quasi morales, personne ne peut prétendre être adoubé par un correcteur français. Blâmez Descartes si vous le voulez, mais pliez-vous à cette règle ou périssez.
Bon, cela étant dit bonne lecture !
dissertation_dassin.pdf
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29.12.2006
And the winners are ... A REBOURS' 2006 top five
Allez, ne sacrifions pas à la mode des classements. Voici mon top five 2006 dans les 3 catégories "Films", "Musik" et "Livres".
Je le dis tout de suite à ceux qui vont me reprocher d’avoir oublié ci ou ça : je ne suis pas journaliste, mon métier n’est pas de tout voir, de tout lire, de tout écouter. Pour ce faire, il faudrait que je soie payé pour ça (et que je reçoive les œuvres gratis), ce qui n’est pas le cas.
Il s’agit donc d’un top five par rapport à des films, livres et disques que j’ai chroniqués sur A Rebours et qui sont sortis exclusivement en 2006. Ca me permet, parallèlement, de faire une sorte de "bilan d’activité" de mon blog pour l’année écoulée, que j’ai créé fin mars 2006.
Films
1. Terrence Malick : Le Nouveau Monde (voir ma chronique du 12.12.06)
Le mythe de la fondation et des origines revisité par Malick, s’appuyant sur la colonisation du Nouveau Monde et la légende de Pocahontas. De grands moments lyriques et méditatifs, servis par une mise en scène impeccable. Le terme de chef d’œuvre n’est sans doute pas usurpé.
2. Clint Eastwood : Mémoire de nos pères (voir ma chronique du 18.11.06)
Une fresque subtile sur la guerre, la puissance des Etats-Unis, la manipulation médiatique, mais aussi sur la mémoire individuelle et collective ; au final un film puissant et intelligent, dont on attend avec impatience le second volet : la même histoire vue sous le prisme de "l’ennemi" japonais.
3. Michael Mann : Miami Vice (voir ma chronique du 23.08.06)
Loin du blockbuster attendu, loin des paillettes, un polar métaphysique et bleuté magistralement réalisé par Michael Mann, dans lequel Crockett et Tubbs semblent errer tels des spectres et font tout sauf cabotiner.
4. Alfonso Cuaron : Children of Men (voir ma chronique du 25.10.06)
Une vision catastrophiste mais extrêmement intéressante du devenir humain, où les femmes ne peuvent plus enfanter et les ressources naturelles ont été quasi épuisées. La réalisation (notamment les scènes de combat et de guerre, caméra à l’épaule) offre au spectateur une impression confondante de réalisme, et un nouveau bon rôle à Clive Owen.
5. Stephen Frears : The Queen (voir ma chronique du 13.11.06)
Une chronique de l’Angleterre, de la monarchie, de l’arrivée de Blair au pouvoir, à un moment si dérisoire et si important à la fois : la mort de Diana. Cet événement est prétexte à une réflexion d’une grande profondeur sur la permanence ou pas des "valeurs" et des "traditions", sur la people-isation, sur le triomphe de la société du spectacle.
Musik
1. Mogwai : Mr Beast et Zidane OST (voir mes chroniques du 21.03.06 et du 9.12.06)
Double sortie musicale en 2006 pour le groupe de Glasgow, qui mérite vraiment de figurer en tête de ce classement. Du rock très largement instrumental et qui sort des sentiers battus, alternant avec brio psychédélisme, mélancolie et grosses saturations. On est très loin des productions formatées ; d’ailleurs, sans surprise, les Mogwai sont inexistants à la télé et à la radio françaises.
2. Muse : Black Holes & Revelations (voir ma chronique du 8.07.06)
Ils connaissent un assez gros succès depuis déjà deux albums, ce qui ne les empêche pas de faire de la très bonne musique. Avec ce dernier disque, Muse s’impose encore un peu plus comme un groupe plein d’énergie et d’inventivité, proposant des méga tubes intergalactiques ("Starlight") mais n’ayant pas peur non plus de flirter avec un lyrisme presque outrancier et qui, pourtant, ne sombre jamais dans le ridicule.
3. Yo La Tengo : I am not afraid of you and I will beat your ass (voir ma chronique du 5.11.06) et Sonic Youth : Rather Ripped (voir ma chronique du 11.06.06)
Dans la catégorie "vétérans", accueillons ex æquo deux groupes qui ont plus d’un point commun : ils sont vieux donc, ils sont américains, et dans le petit monde du rock indie ils sont depuis longtemps devenus "cultes" (comme on dit quand on est branché et qu’on n’a pas d’imagination). Avec tout ça ils pourraient se reposer sur leurs lauriers et proposer des disques pépères, sans fantaisie, à la U2 par exemple. Que nenni, ils se bonifient et continuent de défricher, prouvant que parfois, c’est dans les vieux pots qu’on continue à faire les meilleures soupes.
4. Bonnie ‘Prince’ Billy : The Letting Go (voir ma chronique du 27.12.06)
Une country folk très particulière, qui avait déjà fait des merveilles sur I See A Darkness notamment. On retrouve ici les fondamentaux de Will Oldham mais avec une maîtrise, une sérénité, une élégance encore jamais égalées, rehaussées par des arrangements orchestraux et des deuxièmes voix féminines de toute beauté.
5. Joanna Newsom : Ys (voir ma chronique du 28.12.06)
Un disque osé, alambiqué, baroque, qui ne se livre pas aussi facilement que le dernier opus du dernier groupe pseudo dandy et révolutionnaire du moment. Vous n’êtes pas particulièrement fan de harpe ? Ni de longs morceaux de dix minutes ? Ni de cordes ? Ni de paroles plus complexes que "I love you/ why are you so cruel" ? Il vaudra peut-être mieux passer votre chemin… Quant aux autres, tentez l’aventure !
Livres
1. Jonathan Littell : Les Bienveillantes (voir ma chronique du 1.11.06)
Le livre que la France attendait depuis longtemps (même si son auteur est pour l’instant citoyen américain). Une fresque colossale et inépuisable sur la Seconde guerre mondiale et notamment l’holocauste, racontée à travers le point de vue d’un bourreau nazi raffiné et cultivé. De la très grande littérature, au service d’une très haute ambition.
2. Kazuo Ishiguro : Auprès de moi toujours (voir ma chronique du 22.03.06)
Depuis presque 25 ans, l’œuvre de Kazuo Ishiguro est l’une des plus exigeante et travaillée qui soit. Auprès de moi toujours (dont le titre original est beaucoup plus fort : Never Let Me Go) est sans doute, avec L’Inconsolé, le roman le moins "réaliste" de l’écrivain, en tous cas sa première incursion dans le monde de l’anticipation (même si ses thèmes favoris : la mémoire, l’identité, la mauvaise conscience sont ici présents).
3. Tom Wolfe : Moi, Charlotte Simmons (voir ma chronique du 18.05.06)
Satire du monde estudiantin américain, sorte d’Illusions perdues côté "jeune fille du début du 21e siècle", le roman de Tom Wolfe est avant tout extrêmement drôle, avec des personnages hauts en couleur (de Charlotte la godiche déniaisée à Jojo le basketteur crétin qui cherche à philosopher) et des situations plus que cocasses (le dépucelage, les cours de philo, le match de basket…).
4. Arthur Schopenhauer : Parerga et Paralipomena (voir ma chronique du 18.04.06)
Voilà déjà bien longtemps que Schopenhauer n’est plus de ce monde, et pourtant il aura fallu attendre 2006 pour que ses Parerga et Paralipomena soient intégralement traduites en français. Toute sa pensée y est contenue, et ce traité est un peu la face "ludique" de son grand œuvre Le Monde comme volonté et comme représentation.
5. Clément Rosset : Fantasmagories (voir ma chronique du 8.04.06)
Voilà bien des années que Rosset traque le réel et son (ses) double(s). Ecrit dans une langue immédiatement accessible, empruntant autant à la philosophie qu’à la littérature, au théâtre, à la photographie et au cinéma, chaque ouvrage de ce penseur original et stimulant permet de voir un problème a priori simple autrement et, finalement, de se sentir plus intelligent.
12:35 Publié dans About a blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Musique, rock, Littérature, écriture, Cinéma, Culture
01.08.2006
Holiday
(sur l'air bien connu de Madonna)
Chers lecteurs,
le rédacteur de ces pages va prendre quelques jours de repos bien mérités. Loin de la technologie, loin des tracas quotidiens, quelques jours loin de tout pour tout oublier et se resourcer.
L'occasion, pendant ce temps, de relire mes nombreuses notes (déjà 63 en quatre mois, vu leur longueur c'est quand même pas si mal !).
Et ne pas hésiter à me faire quelques suggestions pour me rendre encore meilleur (mais est-ce seulement possible ?).
Bises à tous et @+
10:40 Publié dans About a blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
04.07.2006
L'art du commentaire de texte : Joe Dassin
A Rebours, vous le savez, est un blog culturel (au sens tellement large, certes, que ça ne veut plus dire grand chose). Mais il est bien plus que cela : il est aussi une aide, un soutien, une ressource pour tous ceux qui sont ou seront amenés à rencontrer, dans leur vie, tous types de problèmes.
Aujourd’hui, je m’adresse au lecteur potentiellement étudiant, dont la mission est donc (en tous cas théoriquement) de pondre des commentaires de textes ou des dissertations, ainsi qu’au lecteur potentiellement en préparation de concours, dont la mission est donc (en tous cas théoriquement) de savoir commenter un texte ou disserter sur une question (de préférence inintéressante).
Et, m’adressant à ce lecteur potentiel ou à tout autre (par exemple celui qui aurait la nostalgie de cette époque bénie du commentaire et de la dissert ou tiens, mieux encore, au prof qui ne manquera pas de lire mon devoir avec son accessoire préféré, le stylo rouge !), je me propose de lui exposer au travers d’un exemple concret et pédagogique ( ?) ce qu’est un commentaire de texte.
Cet exemple je vais l’emprunter à l’art populaire : j’ai choisi deux chansons de Joe Dassin, poète des temps modernes, qui vont me permettre de bâtir deux commentaires (un par chanson) ceci dit intimement liés.
Ce que je tiens à rappeler ici au lecteur, avant qu’il ne lise mon document, tient en peu de mots :
1/ lorsqu’on est en situation de commentaire de texte, il faut bien entendu s’appuyer sur le texte mais en n’hésitant pas non plus à broder, à montrer que l’on sait des choses. Bien entendu ces choses doivent toujours prendre appui sur le texte, ceci dit rien ne serait pire que la paraphrase (si vous ne savez pas ce qu’est la paraphrase alors là y’a vraiment du boulot).
2/ lorsqu’on a un niveau universitaire ou pseudo-universitaire, il faut toujours être brillant mais pas trop non plus. Le pire serait de donner une leçon pontifiante et sans la moindre humilité, bref une relative (mais pas trop non plus) retenue est de mise par respect pour le correcteur.
3/ le plan et le raisonnement doivent être en béton armé, tout cela au service d’une problématique qui s’enchaîne logiquement et naturellement. La forme est presque aussi importante que le fond. L’idéal lorsqu’on est littéraire, c’est de pondre un bon vieux plan en trois parties. Les deux parties, c’est à réserver aux trucs superficiels et faussement intellos genre droit ou sciences po. Ceci étant les concours administratifs les plus prestigieux recrutant dans ces filières, le plan littéraire risque au final, s’il est trop ambitieux, de vous desservir. A voir.
4/ rien n’est plus important que de parler pour ne rien dire. Ou plutôt de parler de sujets dont en fait on aurait naturellement tendance à se branler. C’est comme dans les salons parisiens (enfin j’imagine), il faut faire semblant, on est entre gens de bonne compagnie. Le sujet a été posé, il faut donc y répondre et cela de la façon la plus enthousiaste possible, avec intelligence voire brio (mais attention pas trop, voir mon n°2). Et si on n’a pas envie de jouer le jeu alors on est mort.
Ceci étant dit, je laisse au lecteur le soin de juger sur pièce avec ce magnifique document intitulé Esthétique de l'amour dassinien. S’il trouve mon travail réussi, qu’il me le fasse savoir et je m’engage, la prochaine fois, à développer non plus l’art du commentaire mais celui, tout aussi délicat, de la dissertation. Toujours en m’appuyant sur l’ami Joe Dassin.
commentaire_dassin.pdf
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