27/05/2010

Pavement au Zénith le 7 mai 2010

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Qu’elles sont loin déjà, les années 90… Ce furent des années extrêmement fertiles pour ce qui concerne le rock, supérieures à mon humble avis à la première décennie de l’an 2000, comme j’ai déjà eu l’occasion de le montrer. Voici déjà quelques jours Pavement, un des groupes importants des années 90 et qui s’est récemment reformé, jouait au Zénith de Paris. J’avais la chance d’y être.

Pavement a pondu cinq albums entre 1992 et 1999. On peut sans doute dire aujourd’hui qu’il est un des groupes importants des années 90, même si sa notoriété n’a jamais atteint des sommets, en tous cas elle fut toujours bien en-deçà de celle d’autres formations phares des nineties (qu’il s’agisse de Nirvana, Radiohead, Smashing Pumpkins et j’en passe). Le Zénith d’ailleurs, quoi que bien rempli, n’était pas plein. Preuve que même dix ans après, la popularité du groupe n’a toujours pas crevé les plafonds (et ne le fera sans doute jamais).

Pour la postérité, on dira que Pavement est l’un des groupes à l’avant-garde du mouvement lo-fi. Mais pour ceux qui trouvent un peu vaine l’application de telles étiquettes, forcément réductrices, on dira simplement que la musique de Pavement sonne comme un moment de fraîcheur et de créativité intense dans le rock américain indépendant de la fin du 20ème siècle, dans la mesure où elle parvient à mixer avec brio des influences pop et noisy et créer du nouveau.

Du noisy à la Sonic Youth, Pavement retient la dissonance (dans certaines parties de guitares et, plus systématiquement, dans la voix qui est souvent à la limite – volontaire – du faux), quelques brisures de rythmes et certains riffs enragés.

De la pop, Pavement retient les lignes mélodiques inspirées, parfois chantonnantes ("Cut Your Hair", "Shady Lane"), parfois plus mélancoliques ("Gold Soundz", "We Dance", "Spit on a Stranger"), parfois country-folk ("Range Life", "Father to a Sister of Fought").

A titre personnel, j’aurais tendance à trouver que Crooked Rain, Crooked Rain (1994) est leur meilleur album, suivi de près par Wowee Zowee (1995). Slanted and Enchanted (1992) est un excellent premier album, Brighten the Corners (1997) a selon moi quelque chose de plus inabouti, même s’il reste de haut niveau, quant à l’ultime Terror Twilight (1999), il "casse" définitivement l’image lo-fi du groupe puisqu’il est produit par Nigel Godrich (qui, rappelons-le, a produit OK Computer de Radiohead en 97). Parfois plus méditatif, parfois plus triste (la sublime "The Hexx"), il propose un son plus aérien et moins "home made", un peu crépusculaire, cadrant bien avec la dissolution prochaine du groupe.

Si Pavement s’est retrouvé en 2009, c’est bien sûr pour marquer le coup et fêter l’anniversaire des 20 ans de leur formation (1989). A ce jour, aucun nouvel album n’a été édité et la tournée qu’ils ont donc entamée voici quelques mois a uniquement pour but de jouer des titres extraits de leurs 5 albums des années 90, pour le plus grand plaisir des fans de la première heure ou de ceux qui le sont devenus entre temps.


Aussi pouvait-on légitimement avoir quelque appréhension ce vendredi 7 mai 2010 alors qu’on attendait les débuts du concert parisien de Pavement : le groupe avait-il toujours envie ou cette reformation n’était-elle qu’une affaire de gros sous ? Les doutes ont assez vite été levés : d’allure toujours juvénile (surtout du côté du leader chanteur et guitariste Stephen Malkmus), volontiers primesautiers, proposant un set extrêmement punchy, n’occultant aucun titre emblématique, servant deux rappels, Pavement a prouvé à son public qu’il avait eu raison d’acheter ses places et de venir les acclamer. Le choix des titres et de leur enchaînement laissait peu de place aux temps morts et à l’ennui, il prouvait surtout que ceux qui pensent que Pavement est un des grands groupes des années 90 ont mille fois raison.

Au chapitre des regrets (inévitables lorsqu’il faut faire des choix parmi les nombreux titres de 5 albums excellents), je citerai : "We Dance", "Grave Architecture", "Cream of Gold", "The Hexx". Autant de chansons que j’adore et que Pavement n’a pas jouées ce vendredi 7 mai. Tant pis, espérons que ce sera pour la prochaine fois…

20:23 Publié dans Musik | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : musique, rock, culture

02/03/2010

Vampîre Weekend "Contra"

vampire_weekend_contra.jpegNote : 8,5/10

Meilleurs titres : White Sky / Holiday / Cousins

On parle énormément de Vampire Weekend depuis deux ans et plus encore depuis la sortie, début 2010, de leur deuxième album Contra. Je me suis dit qu’il allait quand même falloir que j’aille y voir de plus près et j’ai donc écouté Contra.

C’est plutôt une bonne surprise, meilleure en fait que ce à quoi je m’attendais. L’effet "déprime de l’hiver", que ce disque a su un petit peu atténuer en laissant s’infiltrer quelques rayons de soleil, y est-il pour quelque chose ? Je ne sais pas, mais je me suis laissé séduire par plusieurs titres de cet album qui m’ont redonné un brin de peps dans cette période quasi-morbide.

Pour décrire à gros traits la musique de Vampire Weekend, on peut évoquer l’influence : 1- de ces nouvelles formations new-yorkaises qui envisagent la pop autrement, au premier rang desquelles Animal Collective et Dirty Projectors (voir quelques éléments dans cette chronique patchwork), mais en plus digeste ; 2- de la world music, africaine et sud-américaine notamment ; 3- des années 80 (heureusement pas trop).

La facilité de Vampire Weekend à mixer ces influences, les digérer et les régurgiter de façon très libre, primesautière et punchy, pour au final proposer des chansons souvent courtes, directes, percutantes et pas prise de tête, fait de cette formation new-yorkaise une nouvelle valeur sûre du rock indépendant. J’avoue que le côté pas trop compliqué de leur musique, leur effort pour proposer des titres incisifs, me les a rendus plutôt sympathiques.

Sur le premier titre, "Horchata", l’influence d’Animal Collective est particulièrement perceptible. Je trouve d’ailleurs la chanson (néanmoins rigolote) légèrement trop longue et répétitive : peut-être qu’un couplet et/ou un refrain en moins ne lui aurait pas nui ?

Du titre 2 au titre 7, l’auditeur découvre un album qui frôle la perfection, avec une rasade de popsongs dont plusieurs sont au-dessous du seuil des 3 minutes. Vampire Weekend déploie une science de l’immédiateté qui les rapproche de certaines formations punk ("Cousins"), aussi lorsqu’ils se permettent, comme sur "Taxi Cab", de tenter une sorte de balade un peu synthétique, agrémentée de très jolies notes de piano qui tombent en cascade, le pari peut paraître risqué… mais ça passe très bien !

La variété des atmosphères que dévoilent ces six morceaux permet à l’album de se laisser écouter n’importe où, chez soi, dans sa voiture, dans le métro, en faisant son jogging (bon moi j’en fais pas mais admettons ;-), et surtout de mettre de bonne humeur. Certains groupes sont comme ça, capables de susciter une joie simple et communicative, sans arrière-pensées.

Je me rappelle qu’à la première écoute de I Should Coco de Supergrass il y a maintenant très longtemps, j’avais ressenti un peu la même chose : au fond c’est assez rare d’être capable de pondre plusieurs chansons qui restent dans la tête de l’auditeur dès la première écoute et donnent envie d’être réécoutées plusieurs fois d’affilée. Je ne sais pas si ça passe forcément toujours l’épreuve du temps mais après tout le plaisir, même éphémère, d’une bonne chanson bien ficelée et spontanée ne doit jamais être boudé !

Je suis moins convaincu par "Giving Up The Gun" et "Diplomat’s Son" : leur longueur excessive n’est pas nécessairement justifiée et personnellement, j’ai eu tendance à m’ennuyer à la longue. Cela fait chuter le niveau de l’album dont le rythme allegro avait quelque chose de bluffant. Sur le dernier titre, "I Think Ur A Contra", Vampire Weekend tente quelque chose qui n’est peut-être pas totalement réussi mais, comme sur "Taxi Cab", la justesse des arrangements au piano, dont les notes s’écoulent et s’égrainent avec poésie et mélancolie, finit par emporter l’adhésion.

Je trouve, pour toutes ces raisons, que Contra est un bel album de début d’année 2010, pourvu de plusieurs mérites : le fait de proposer des titres moins indigestes, moins artificiellement alambiqués qu’Animal Collective ou d’autres groupes de la décennie 2000, n’est pas le moindre de ces mérites. Le fait d’avoir contribué, même modestement, à me faire quitter ma sinistrose hivernale, en est un autre. Alors merci à Contra de Vampire Weekend !

20:42 Publié dans Musik | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : musique, rock, culture

24/02/2010

"Sherlock Holmes"

sherlock_holmes.jpgNote : 6,5/10

Sherlock Holmes est un film divertissant, plein de rebondissements, bien interprété. Pourtant, un sentiment d’inachevé ne m’a pas quitté depuis que je l’ai vu. Au final, j’ai l’impression que Guy Ritchie aurait pu faire mieux, avec pas grand-chose de plus (ou de moins ?). Le film avait en lui certaines potentialités, certains enjeux latents, qui auraient pu être exploités avec plus de force, plus d’intelligence, or à l’heure du bilan on reste un peu sur sa faim. Ce n’est pas tant le côté "blockbuster assumé" qui me gêne, parce que les virtualités dont je parle auraient pu être insérées sans trop de problèmes dans cette trame, c’est simplement que la maîtrise du film a légèrement échappé à son réalisateur, que ses possibilités n’ont pas été cultivées comme elles auraient pu l’être.

Ainsi de la tension permanente chez Holmes entre rationalisme le plus exacerbé et intuition, voire divination. Cette supposée contradiction, couple en réalité moins antithétique et plus complémentaire qu’il n’y paraît, qui n’a fait que

s’exacerber au 19e et surtout au 20e siècle, aurait sans doute pu gagner en subtilité, en réflexivité. Ce n’est pas vraiment le cas. Je ne peux m’empêcher, à ce sujet, de dresser un parallèle entre la figure de Holmes dans ce film et celle du Mentalist, la nouvelle "série à succès" (un peu surestimée à mon avis). Comme dans le cas de Patrick Jane, on ne sait pas trop in fine ce qui amène Holmes sur la bonne piste, est-ce un raisonnement à 100% rigoureux et logique, rationnel, ou y a-t-il quand même, à un moment donné, une part d’intuition, presque de médiumnité ? Cette ambiguïté, certes intéressante, finit cependant par lasser en butant sur une espèce de point aveugle : pourquoi le héros a-t-il su ? Et, peut-être encore plus intéressant : quand ? A la limite on n’arrive pas à le savoir, alors que c’est pourtant un enjeu fort de la narration. Nous avons certes la réponse, mais sans vraiment le cheminement pour y arriver, ou alors de façon fragmentaire et superficielle.

Autre tension forte, liée à la première, assez implicite dans la mythologie holmesienne, peu creusée dans le film de Guy Ritchie : la figure du détective que le raisonnement hypothético-déductif amène presque infailliblement à résoudre toutes les énigmes, même les plus complexes, cette figure au fond rassurante et emblème du positivisme et de la foi dans la raison, cette figure peut-elle encore être opératoire après les atrocités du 20e siècle et "l’ère du soupçon" postmoderne ? Le monde contemporain avec sa complexité sans bornes, son hyper-segmentation, son hyperspécialisation, peut-il encore se laisser appréhender (et surtout résoudre) d’un bloc ? Rien n’est moins sûr… Aussi la figure du détective prend-elle, dans notre postmodernité, un relief quelque peu tragique, tout au moins aporétique, puisque si la résolution d’une partie du problème reste tout à fait possible, la résolution globale paraît moins que jamais d’actualité.

Il y a une certaine habileté, dans le film, à engager le spectateur sur une fausse piste : en effet, presque jusqu’au bout, le surnaturel comme explication (Lord Blackwood aurait ressuscité, il serait à la tête d’une société secrète qui pratiquerait des rituels magiques) n’est pas exclu. Pourtant la chute, qui va définitivement exclure du champ des possibles la thèse fantastique, est un peu prévisible et tourne court. Ici aussi, à pas grand-chose, il y a un je-ne-sais-quoi qui fait légèrement "pschitt". Sans doute ce je-ne-sais-quoi pointe-t-il une osmose pas tout à fait parfaite entre le côté blockbuster du film, son côté maniériste et son côté roublard. A certains moments cette osmose est plus juste, par exemple dans ce ralenti où Holmes se bat à mains nues dans une cage et où il prévoit, au détail près et au millimètre près, comment et de quelle façon les coups qu’il va porter à son adversaire feront mouche et le cloueront au tapis. Ritchie mixe ici l’imaginaire de Matrix et celui des Experts : le ralenti permet de jouer la scène en anticipé dans l’esprit "informatique" de Holmes, avant de lancer à vitesse normale la vraie scène, qui va très exactement reproduire ce qui avait été planifié.

Malgré ces critiques et comme je le disais au début de cette chronique le film est bien joué, les répliques sont souvent plaisantes (ce qui insinue une dose de théâtralité et de pur plaisir d’interprétation dans un scénario pourtant plein de contrecoups et lancé à vive allure), l’esthétique tord aussi le cou à une certaine représentation "classique" (au demeurant erronée) de Holmes au cinéma ou à la télévision, bref on ne va pas non plus être trop exigeant et l’on s’accordera à reconnaître que ce Sherlock Holmes, sans être pleinement abouti, a plus d’un atout dans sa manche.

18:46 Publié dans Films | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, films, culture

31/01/2010

Rockabye Baby !

Avoir des enfants, ce n’est pas tous les jours facile… On n’a parfois pas tant envie de dire "Merci la vie !" que bien plutôt : "Putain m’est qu’est-ce qu’il m’a pris ?!". Mais bon, comme on va dire que les joies l’emportent largement sur les inconvénients, je m’en vais signaler dans cette chronique une collection musicale assez délire réservée aux bébés et aux petits enfants. (Merci à nos amis qui ont offert l’un de ces CD à ma fille pour Noël, je ne connaissais carrément pas avant ça !)

L’entreprise qui produit et vend ces albums s’appelle ROCKABYE BABY ! Basée à Los Angeles, son concept est simple : proposer aux enfants (enfin, plutôt aux parents qui l’achèteront à leur progéniture) des interprétations des meilleures chansons des meilleurs groupes de rock de ces quarante dernières années. Les arrangements proposés s’axent plus particulièrement autour du glockenspiel, du mellotron, du vibraphone, des cloches et des carillons.

On trouvera par exemple, du côté des classiques, les Beatles, les Stones, les Beach Boys, Pink Floyd, Bob Marley, Queen … Mais le rock contemporain n’est carrément pas en reste : U2, les Cure, Coldplay, Radiohead, Smashing Pumpkins, Nirvana, Pixies… Le plus drôle, c’est que des adaptations de plusieurs groupes de "hard rock" sont également disponibles : Aerosmith, Metallica, Guns N’Roses, Queens of the Stone Age, Nine Inch Nails… J’imagine le truc ;-)

Les deux CD que j’ai écoutés sont ceux des reprises de Radiohead et des Smashing Pumpkins, à mon avis deux des meilleurs groupes des années 90 (le troisième étant Nirvana). Je dois dire que c’est plutôt intéressant ! Bien sûr les versions sont entièrement instrumentales et les arrangements très "soft" mais, même si c’est prioritairement destiné aux enfants, les adultes peuvent sans problème les écouter, c’est plutôt pas mal foutu et ça permet de redécouvrir des chansons pourtant connues par cœur.

radiohead.gifConcernant Radiohead, c’est un groupe qui se prête particulièrement bien aux adaptations instrumentales, y compris classiques : j’avais autrefois chroniqué l’un des albums de reprises de Radiohead, version classique, par le pianiste Christopher O’Riley. Pas de raison, donc, que ça ne fonctionne pas en "version bébé" !
Les chansons sélectionnées pour l’occasion puisent essentiellement dans OK Computer, sans doute le "classique des classiques" radioheadiens. "No Surprises" n’est finalement pas si éloignée de l’original (puisqu’on s’en souvient, celui-ci joue lui-même pas mal avec les carillons), par contre c’est plus intéressant et dépaysant d’écouter des titres comme "Airbag", "Let Down" ou "Paranoid Android".
Mais les albums postérieurs de Radiohead ne sont pas oubliés : à noter une version de "Everything In Its Right Place" de Kid A, "Knives Out" d’Amnesiac, "Sit Down, Stand Up", "Sail to the Moon" et "There There" de Hail To The Thief. Dommage, à mon avis, que "Street Spirit (Fade Out)" n’ait pas été retenu.

Une question que je me pose toutefois à l’écoute de ce disque : la musique de Radiohead étant somme toute relativement déprimante, quelle influence cela a-t-il sur un bébé ?? D’un autre côté, la musicalité imparable du groupe l’emporte, à mon avis, sur sa coloration pour le moins mélancolique !

smashing_pumpkins.gifQuant aux Smashing Pumpkins, le passage de leurs titres à la "moulinette bébé" est également très intéressant. Etait-il besoin d’écouter ce disque pour se rendre compte à quel point les compos de Billy Corgan et sa bande sont éclectiques, tantôt joyeuses, tantôt plus tristes, toujours très rigoureuses et structurées ? Pas en ce qui me concerne, mais pour d’autres moins immédiatement conquis par ce groupe génial, je ne peux que conseiller l’écoute des titres "bébé-isés" avant de revenir aux originaux.
Les titres choisis sont majoritairement extraits de Siamese Dream et de Mellon Collie & The Infinite Sadness (parmi lesquels les classiques "Today", "Disarm", "Cherub Rock", "1979", "Tonight, Tonight"…). Mais on trouve aussi "Blank Page" de l’album Adore ou "Try, Try, Try" de Machina/The Machines Of God.

Sans surprise, l’album se clôt sur le titre "Farewell And Goodnight", le dernier titre de Mellon Collie, qui avait déjà originellement ce côté comptine (comme "Soma", également présent sur l’album).
L’ambiance globale de ce disque est peut-être moins triste que celle de Radiohead, ça passe vraiment très bien.

Au final, ces disques sont une initiative à saluer : je trouve que ça ne prend pas les auditeurs (que ce soit les enfants ou les parents) pour des cons parce qu’il y a une réelle qualité des arrangements, une exigence certaine qui n’a rien de débilitant ou de cacophonique, comme c’est parfois le cas pour les interprétations de musiques en version bébé.
Après, il va de soi que je suis pour faire écouter, dès le plus jeune âge (dès le stade intra-utérin en fait !), de la musique originale aux bébés (qu’elle soit classique, jazz, rock…). Sans passer forcément par le prisme de réadaptations soi disant plus "conformes" parce que simplifiées. Toutefois, pour le côté relaxation et aide à l’endormissement, il faut reconnaître que ces versions de la firme ROCKABYE BABY ! sont sans doute ce qui se fait de mieux à l’heure actuelle. Je les recommande donc chaleureusement à mes lecteurs qui auraient la chance (?) d’être parents !

11:43 Publié dans Musik | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : musique, rock, culture

16/01/2010

Back to the Future

Je le disais dans mon post précédent, musicalement cette première décennie 2000 m’a largement paru s’adonner au recyclage généralisé de courants musicaux préexistants. Un peu comme s’il ne paraissait pas possible de trouver d’autres voies que faire du neuf avec du vieux. Cela donne parfois de très bonnes choses, j’en veux pour preuve ces deux albums récemment parus, l’un des Flaming Lips, l’autre des Nisennenmondai.

embryonic_flaming_lips.jpgAvec Embryonic, leur dernier disque, les Flaming Lips continuent de (re-)explorer des territoires très fortement empreints de psychédélisme. Il faut dire tout de suite que les Flaming Lips sont des vieux de la vieille puisqu’ils ont été formés par Wayne Coyne dans les années 80, leur psychédélisme ne date donc pas d’hier ! Preuve de leur indéfectible affection pour ce mouvement musical, alors qu’Embryonic est tout juste dans les bacs, les Lips ont sorti fin décembre 2009 The Flaming Lips and Stardeath and White Dwarfs With Henry Rollins and Peaches Doing the Dark Side of the Moon : il s’agit, comme son nom l’indique (ou presque), d’une reprise intégrale et réarrangée de l’album des Pink Floyd The Dark Side of the Moon, en collaboration avec Henry Rollins et Stardeath and White Dwarfs. Je n’ai pas encore écouté mais ça m’intrigue !

Malgré les heures de vol, la musique des Flaming Lips n’a rien perdu de son imagination et de sa fantaisie, peut-être même retrouve-t-elle ici une nouvelle jeunesse. Amusant d’ailleurs de voir que, pile dix ans après The Soft Bulletin (paru en 1999 et considéré par beaucoup comme l’un de leurs sommets), Embryonic semble à la fois clore un cycle et en entamer un nouveau. Il semblerait que les fins de décennies inspirent beaucoup ce groupe !

Embryonic a un côté un peu revêche, plusieurs morceaux surprennent à la fois par leur construction et leur production "agressive" (basses saturées, batteries lourdes, guitares abrasives) et, même si cette dimension n’est pas absente, le côté un peu "potache" du groupe, qui pouvait par instants rappeler Ween, est moins présent que sur leurs deux ou trois précédents albums, remplacé qu’il est par des passages un peu plus dark. Par exemple, sur le titre "Evil" et ses synthés dépressifs, Wayne Coyne chante : "I wish I could go back in time", ce qui me paraît révélateur.

Sans doute faut-il, pour apprécier Embryonic à sa juste valeur, se livrer à quelques écoutes successives car, dans un premier temps, il peut avoir quelque chose d’un peu "fourre-tout" et déstabilisant. Mais plus on l’apprivoise, plus le disque, à la limite du trip philosophique, constitue une bonne pioche de la fin d’année 2009 (même si je ne crierais pas, comme beaucoup, au chef d’œuvre, notamment parce que je ne vois pas l’intérêt de certains titres qui étirent inutilement l’album et l’alourdissent).

nisennenmondai_destination_tokyo.jpgDe leur côté, les trois japonaises de Nisennenmondai ne creusent pas tant le psychédélisme que, dans leur dernier album Destination Tokyo, la disco. On le sait, j’aime bien ce qui vient du pays du Soleil Levant, y compris parfois en termes musicaux : ainsi Cornelius ou Shugo Tokumaru. Trois jeunes nanas qui font du rock, ça ne pouvait donc pas me laisser totalement insensible !

Dans leur précédent disque, Neji/Tori, fusion de deux EP "bombes atomiques", les trois folles de Nisennenmondai se livraient à un rock instrumental noisy et déjanté, misant déjà sur des rythmiques très chaloupées mais flirtant davantage du côté des Sonic Youth et de This Heat (un de leurs titres s’intitulait d’ailleurs… "Sonic Youth" et un autre… "This Heat" !).

Sur Destination Tokyo, les compos (toujours instrumentales) ingurgitent plutôt une certaine philosophie disco-funk (un de leurs titres s’intitule d’ailleurs… "Disco" !), qu’elles fusionnent avec leur sensibilité noisy-punk de départ. Batteries balancées et omniprésentes, "héroïnes" de ce trio, on ne peut qu’applaudir face au jeu acrobatique et totalement "groovesque" proposé par Sayaka Himeno !

Alors bien sûr, il faudra s’accrocher pour pleinement apprécier cinq titres avoisinant ou dépassant souvent les dix minutes, extrêmement répétitifs, assez bruts de décoffrage, lesquels du reste doivent rendre encore bien mieux en live. Mais personnellement, je trouve que les groupes de filles ces dernières années se sont faits bien trop rares, que par ailleurs les groupes où la batterie est un peu le centre de tout sont encore bien plus rares : voici déjà au moins deux raisons qui militent pour ne serait-ce que tenter de découvrir Nisennenmondai !

11:54 Publié dans Musik | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : musique, rock, culture

09/01/2010

Le bilan rock de la décennie

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Je me rends compte, en lisant quelques magazines ou quelques blogs, que la première décennie des années 2000 vient de se terminer. On a tout juste fait les best of de l’année 2009 que, déjà, on pose un regard rétrospectif et qu’on tire les bilans de la décennie qui s’achève. Franchement je dois dire que ça ne m’était pas même venu à l’esprit, qu’on était en train de torcher la décennie. Outre le fait que tout cela ne nous rajeunit franchement pas, y a-t-il un sens à découper, comme des rondelles de citron, les décennies pour essayer d’en déchiffrer un sens, un peu comme Hegel essayait de le faire avec l’Histoire ?

Probablement pas mais bon, puisque chacun y va de son avis, pourquoi pas donner le mien ? J’y ai donc un peu réfléchi (pas des masses non plus, je le reconnais) et, du coup, je suis bien obligé de livrer directement, sans ambages, mon opinion résumée : les années 90 furent pour le rock bien meilleures que les années 2000.

Voilà, ça va faire réac, ça va faire "le vieux" qui trouve que tout fout le camp et que c’était mieux avant. Pourtant, ce blog ne cesse de faire la critique d’albums qui sortent maintenant, d’en trouver certains vraiment excellents, par conséquent il serait trop simple de me cantonner dans ce rôle du passéiste. Je m’explique donc sur les raisons de ce jugement.

Bien entendu, les années 2000 ont eu leur lot d’albums supers. Mais, premier problème, ceux que je mettrais vraiment tout en haut du panier, eh bien la plupart sont le fruit de groupes nés… dans les années 90 justement ! Je pense à Kid A de Radiohead, dont l’aspect novateur continue de laisser des traces. Je pense à des albums comme Rock Action, Happy Songs For Happy People et Mr Beast de Mogwai, Misery is a Butterfly de Blonde Redhead, Yankee Foxtrot Hotel ou A Ghost Is Born de Wilco, The Sophtware Slump de Grandaddy, With Teeth de Nine Inch Nails.

D’autres groupes sont moins directement issus des nineties mais plutôt à la charnière entre 90 et 2000, ils sont nés avant la fin de la décennie 90 même s’ils ont livré leur meilleur dans les années 2000 : je pense à des albums comme Scary World Theory et Faking The Books de Lali Puna, Absolution et Black Holes and Revelations de Muse, We Have The Facts And We’re Voting Yes et Transatlanticism de Death Cab for Cutie, Ágætis byrjun de Sigur Rós, Rated R et Songs for the Deaf des Queens of the Stone Age.

Deuxième problème : les belles découvertes des années 2000, les artistes vraiment enfantés par les années 2000, sont nombreux. Mais ils ne me semblent pas à la hauteur des années 90. Pourquoi ? Tout simplement parce que le phénomène qui, à mon avis, a caractérisé les années 2000, c’est un certain processus de nostalgie, de retour en arrière : dans le rock "pur" je pense aux Strokes qui lancent toute la vague du renouveau des groupes en "The", revendiquant l’héritage du rock des années 60 et 70, hantés par les Stones, le Velvet et plus généralement la supposée rock attitude (dans leur sillage, les Libertines, les Rakes et des tas d’autres). Je pense également aux Franz Ferdinand qui, eux, flirtent davantage avec les années 70 et 80, incorporant davantage de glamour, de disco et de funk dans leur musique (dans leur sillage Gossip etc.). Ces deux groupes (Strokes et Franz Ferdinand) éclipsent pourtant un album déjà dans cette tendance mais plus novateur à mon sens, sorti pile en 2000, Thirteen Tales From Urban Bohemia des Dandy Warhols, qui certes n’ont jamais fait mieux depuis.

Mais si l’on sort du rock "pur", avec le phénomène du renouveau de la folk, là aussi le retour en arrière est de mise. Sauf pour quelques très grands noms un peu à part (le songwriter génial Sufjan Stevens, les américains très doués de Grizzly Bear ou, éventuellement, le troubadour Devendra Banhart, encore qu’il soit assez vite lassant), la plupart des "folkeux" (quand même la grosse tendance des années 2000) me gavent.

Le groupe Animal Collective est un peu à part : avec Sung Tongs, ils arpentent des territoires folk extrêmement intéressants et originaux. Mais leurs albums suivants, surtout le dernier en date, Merriweather Post Pavilion, ne peuvent plus être qualifiés de folk. Aussi Animal Collective est-il un peu un "ovni" dans la production musicale, même s’ils me paraissent eux aussi représentatifs d’une tendance de fond des années 2000 : celle du patchwork. On est un peu dans l’ère du "post", revenus de tout, blasés de tout, du coup on fait un gigantesque recyclage de divers éléments issus de l’histoire de la musique des 40 dernières années pour tâcher de créer du nouveau. Mais comme on a conscience que tout a déjà été fait, on joue souvent la carte des ruptures de rythme, des cassures, de la difficulté, parce qu’on ne veut surtout pas que l’oreille de l’auditeur s’accoutume ou se laisse caresser dans le sens du poil.

Derrière Animal Collective, je vois aussi des formations comme les Dirty Projectors ou les Fiery Furnaces. Dans la sphère japonaise, Cornelius avec Point et Sensuous place lui aussi la barre très haut. Tous, malgré tout, ayant été anticipés dès les années 90 par Beck et son art de "babeliser" la musique.

Assurément, ces artistes proposent des albums ambitieux, fouillés, complexes, mais justement … parfois trop à mon avis ! Dans tout ça la simplicité, la musicalité, ce qui coule de source, est parfois mis à l’arrière plan (voire absent), de façon un peu forcée et maniérée. On veut casser la "pop de papa" mais n’y a-t-il pas un risque de perdre un peu les gens en route ? Ce surcroît d’intellectualisation de la musique a ses limites…

Bref, les groupes des années 2000 vraiment au-dessus du lot, qui durent et qui ne sont ni dans la folk ni dans le recyclage, qui essayent de faire avancer le schmilblick, mis à part les White Stripes et leur galaxie (Raconteurs, Dead Weather), Deerhoof, Deerhunter et leur galaxie (Atlas Sound, Lotus Plaza), Arcade Fire (encore que), je n’en vois pas énormément… Les anglais de Coldplay se sont perdus dès leur troisième album dans la soupe sonore, eux qui auparavant avaient du mal à ne pas être hantés par Radiohead, les Arctic Monkeys ouais bof je ne vois pas ce qu’ils ont de révolutionnaire, faudra m’expliquer, les nanas d’Electrelane restent trop marginales, quant à la France n’en parlons pas… Mis à part Phoenix qui surnage largement, rien à signaler !

Par contraste, les années 90 semblent donc foisonnantes et indépassables : certes, plusieurs des groupes que je vais citer sont nés dans les (ou à la toute fin des) années 80 mais ils ont, presque tous, livré leur meilleur au cours des nineties : Nirvana, Smashing Pumpkins, Slint, Sonic Youth, My Bloody Valentine, Red Hot Chili Peppers, Soundgarden, Sebadoh, Beastie Boys…

Quant à ceux qui ont réellement été enfantés par cette décennie 90, ils sont légions : Pavement, Jeff Buckley, Pearl Jam, Weezer, Breeders, Hole, Rage Against The Machine, Korn, Deftones, Placebo, Sparklehorse, Bonnie "Prince" Billy, Blur, Oasis, Elastica, Teenage Fanclub, Suede, Stereophonics, Travis, Deus, Beck… Si l’on sort du rock "pur" et qu’on s’aventure ailleurs, on peut encore penser à Air, Daft Punk, Bjork, Jamiroquai, Portishead, Tricky…

On le voit, il n’y a pas photo. Il semble bien que le rock, comme tout phénomène, connaisse des hauts et des bas. 2000 n’était pas, selon moi, un bon cycle malgré des tas de choses intéressantes. Espérons que 2010-2019 donnera envie à certaines formations d’aller de l’avant !

14:52 Publié dans Musik | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : musique, rock, culture

30/12/2009

And the winners are ... A REBOURS' 2009 best of

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Et comme chaque année (voir 2006, 2007 et 2008), risquons nous à faire le "best of" de l’année écoulée. Il n’y aura pas de classement cinéma, pour une raison simple : je n’ai quasiment pas été au cinéma de toute l’année ! Eh oui, c’est l’un des principaux effets collatéraux quand on vient d’avoir un gosse ;-)

J’ai vu Là-haut qui est un super film et ça s’arrête quasiment là. Nul doute que j’aurais aimé Gran Torino de Clint Eastwood, Public Enemies de Michael Mann ou bien encore The Box de Richard Kelly, pour ne citer qu’eux. Je me rattraperai en DVD prochainement !

Bref cette année, mon best of se limitera donc à la musique et à la littérature.

Musik

1. Nirvana Live at Reading

Même s'il ne s'agit pas vraiment d'une "nouveauté" puisque l'enregistrement date de 1992, il s'agit bien d'une sortie 2009. Je peux donc le prendre en compte. Avec ce concert décapant, Nirvana revient hanter la fin de cette première décennie du XXIe siècle ... et nous fait, par là même, regretter la décennie des nineties, musicalement exceptionnelle !

2. Grizzly Bear Veckatimest

Comme le folk pur et dur, c'est quand même moyennement ma tasse de thé, je suis ravi qu'un groupe inventif comme Grizzly Bear la mixe à du rock indé et psychédélique. On pense parfois un peu à Radiohead ou Jeff Buckley, mais ça reste juste un truc un peu à part, mélodieux, exigeant et prenant.

3. Dirty Projectors Bitte Orca

J'avais évoqué cet album très inventif et pas forcément facile d'accès dans ma chronique patchwork d'été. Voix inspirées et originales, musiques très éclectiques et péchues (oserait-on dire nietzschéennes ?), ça vaut assurément le détour !

4. Atlas Sound Logos

Bradford Cox, leader de Deerhunter, persiste et signe avec ce deuxième album solo. Peut-être moins directement intimiste et torturé que le premier, il conserve malgré tout une atmosphère très particulière mais, c'est une nouveauté, fait aussi la part belle aux duos. D'où une diversification un peu plus grande.

5. The Antlers Hospice

Un album à ne pas écouter pour le réveillon du Nouvel An, sauf si on a prévu de se flinguer. The Antlers nous livrent une musique spectrale, triste et belle, dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle ne fait guère de concessions à l'auditeur, tant la personnalité de Peter Silberman, âme du groupe, est présente.

Livres

1. Philip Roth Exit le fantôme

Le dernier roman de Roth surpasse largement tout le reste de la production (bon OK, production que je n'ai pas lue, c'est donc un jugement à l'emporte-pièce). Réflexion sur la société contemporaine, sur la vieillesse, mais surtout sur le pouvoir de la fiction et du fantasme, dans leur rapport trouble avec le réel, Exit le fantôme dit énormément avec, somme toute, une belle économie de moyens.

2. Sandro Veronesi Chaos calme

Bon c'est vrai, je triche un peu vu que Chaos calme est sorti en 2008. Mais je ne l'avais pas encore lu alors on me pardonnera (ou pas, c'est selon, mais tant pis). Un livre qui prend le lecteur un peu à rebours puisqu'on s'attend d'abord à un énième roman sur le "travail de deuil" comme on dit, or ce travail-là est subverti par la réflexion baroque et très inspirée de Veronesi.

3. Milan Kundera Une rencontre

Je trouve bien d'insérer dans ce classement un livre qui n'est pas un roman mais un essai littéraire sur l'art en général et sur les différents mouvements artistiques du XXe siècle en particulier, doublé d'une réflexion sur le rapport de notre société contemporaine à la création et aux artistes. Tout cela avec le style très pur et très sobre de Kundera, romancier génial qu'il faut lire et relire !

4. Pacôme Thiellement Cabala, Led Zeppelin occulte

Ici encore je triche puisque je n'ai pas encore chroniqué ce livre ! Mais je suis en train de le lire et je voulais le signaler d'emblée au lecteur, parce que je trouve ça marrant. J'ai déjà évoqué les liens entre rock et littérature sauf qu'ici Thiellement va encore plus loin puisqu'il livre une lecture ésotérique et kabbalistique des albums et de la musique de Led Zeppelin.

5. Alain Finkielkraut Un coeur intelligent

Un beau livre sur l'amour de la littérature. Mais aussi un éloge de la nuance et de la complexité des choses. C'est précisément pour cela que je le place ici : afin de suggérer à Finkielkraut d'arrêter d'intervenir trop souvent dans les médias pour dire des trucs plus ou moins cons, dans tous les cas sans le recul et le calme nécessaires, et d'en rester à des essais littéraires apaisés et profonds.

28/12/2009

Nirvana "Live at Reading"

nirvana_live_reading.jpgNote : 9,5/10

Meilleurs titres : Aneurysm/ On A Plain/ Territorial Pissings

20 ans pile que Nirvana a commis son premier album, Bleach (1989). Il s’agit d’un album à certains égards rugueux et glauque, pas mal influencé (dans les compos comme dans la production) par le heavy metal, même si certains titres tracent déjà bien la voie : ainsi le désormais classique "About a Girl", le riff de "School" ou bien encore la reprise très enlevée de "Love Buzz".

En 1991 vient la consécration (et tout ce qui s’ensuivra) avec Nevermind et le tube interplanétaire et représentatif de ce qu’on va alors appeler le "grunge", le fameux "Smells Like Teen Spirit". Dès lors Kurt Cobain, Krist Novoselic et Dave Grohl (qui a rejoint le groupe en 90) deviennent à leur corps défendant les porte-parole d’une génération, celle des kids un peu paumés et désenchantés qui écoutent du rock alternatif. Cette identification forte va encore être accentuée par la personnalité de Kurt Cobain, torturé, peu sûr de lui, introverti, mal à l’aise dans son rôle d’étendard et d’icône. Un malentendu qui va aller crescendo alors que les ventes de Nevermind s’envolent, que le clip "Smells Like Teen Spirit" tourne en boucle sur MTV, que les tournées s’enchaînent et qu’au fond la puissance subversive de Nirvana se trouve de plus en plus diluée dans le marketing et la com. Sans parler de la romance calamiteuse avec Courtney Love !

Avec le recul, cette étiquette de "grunge" semble plus une coquille vide qu’un concept opératoire. Dans cette mouvance on classait alors des groupes comme Pearl Jam (dont Cobain s’est toujours démarqué), Soundgarden, Alice In Chains, Mudhoney, Hole… Puis on y fourrait aussi les Smashing Pumpkins plus tous les autres groupes nés ou popularisés via ce séisme provoqué par la notoriété soudaine de Nirvana.

En réalité les racines de ce renouveau du rock plongeaient tout autant dans les expérimentations audacieuses de groupes comme Sonic Youth (le côté noisy) que dans le souffle d’air frais provoqué par les Pixies (le côté punk-ludique), sans oublier toute la mouvance underground incarnée par des formations comme les Melvins ou Slint. Que dire aujourd’hui, sinon que la première moitié des années 90 a été un nouvel âge d’or pour le rock alternatif américain, à base de grosses guitares saturées, un rock qui se démarquait fortement de "l’école britannique" alors dominante outre-Manche (une pop beaucoup plus sucrée et précieuse).

Mais opposer les choses de façon aussi manichéenne est évidemment réducteur : d’ailleurs Kurt Cobain lui-même s’est, plus d’une fois, insurgé contre l’image qu’on renvoyait de son groupe et de ses chansons, alors qu’il se disait également inspiré par une veine plus pop (les Beatles, Bowie, les Vaselines) ou plus folk (Johnny Cash). En témoigne par exemple le Unplugged qui élargira considérablement l’audience du groupe et contribuera à faire prendre conscience (en même temps il fallait être un peu obtus ou réac pour ne pas l’avoir compris avant !) que Nirvana, ce n’est pas "que" du bruit.

La parution récente, en CD/DVD, du fameux concert donné dans le cadre du festival de Reading en août 1992 permet de faire resurgir, telle la madeleine proustienne, toute une époque et de cristalliser ces ambiguïtés. Nous sommes donc au moment où Nirvana est au sommet de la hype après la parution, moins d’un an auparavant, de Nevermind. Va également paraître, dans la foulée, Incesticide, réunion de faces B et d’inédits. Dans plus d’un an paraîtra In Utero et quelques titres de ce futur album ont déjà été composés.

Kurt Cobain se pose d’emblée en anti-héros, débarquant sur scène en fauteuil roulant et recouvert d’une blouse d’hôpital (qu’il gardera pendant tout le show). Il ne cherche pas vraiment à communiquer avec le public, donnant plutôt l’impression d’être dans son monde. Ce qui ne l’empêche pas de produire un spectacle d’une densité exceptionnelle, hurlant comme un beau diable et enchaînant les tubes tel un rouleau compresseur. Quel trio, à part Nirvana, est capable de faire autant de bruit ?

Tout le set de Nevermind y passe, plusieurs titres de Bleach et Incesticide (dont le fantastique "Aneurysm") également. Parmi les futurs morceaux qui apparaîtront sur In Utero, le public a droit à "Tourette’s" (jouée pour la première fois, dans une version un peu plus longue que celle qui sera finalement retenue sur l’album), "All Apologies" (les paroles ne sont pas encore toutes fixées) et "Dumb" (fidèle à celle qui sera immortalisée sur disque, les cordes en moins bien sûr). Et puis quelques reprises aussi, exercice dans lequel Nirvana n’était franchement pas mauvais !

Ce qui frappe, c’est ce mélange d’attitude complètement punk (la voix de Kurt Cobain part complètement en couille par moments, comme par exemple sur "Sliver", il en joue histoire d’en rajouter encore une couche ; ou bien il massacre volontairement l’intro puis le solo de "Teen Spirit" ; ou bien encore il désaccorde totalement sa guitare et continue de jouer sur "Love Buzz", alors que les deux autres essayent de jouer correctement le morceau) et de musicalité beaucoup plus pop ("About A Girl", "Polly", "Dumb" et finalement pas mal d’autres titres de Nevermind), au point qu’on a parfois l’impression d’une improbable fusion entre les Sex Pistols et les Beatles. Un soin apporté aux mélodies croisé avec une attitude limite nihiliste, en tous cas franchement insensible au qu’en dira-t-on.

La fin du concert est également un très grand moment : après avoir plié "Territorial Pissings", un de leurs titres les plus violents, les trois gars de Seattle partent en happening qui vire à la performance : destruction des instruments (y compris la batterie) s’étalant sur plusieurs minutes, pastiche du solo hendrixien de l’hymne américain, tout cela évidemment sur fond de larsens. Aujourd’hui plus d’un groupe aurait mauvaise conscience à flinguer ainsi le matériel (crise oblige), à l’époque pourtant on sent bien que ce geste veut encore vaguement dire quelque chose et qu’il n’est pas simplement folklorique.

Au fond c’est cet aspect-là qui émeut le plus en visionnant le live à Reading : le côté "authentique". Même si la machine commerciale s’est déjà mise en route, le groupe joue comme si tout ça n’existait pas. Il ne se prend pas au sérieux, il livre un spectacle total, honnête, intègre. Il y a aussi ce type qui danse sur scène n’importe comment pendant tout le concert, peu importe, ça fait partie du truc. Il y a enfin la façon dont le live lui-même est filmé, mis en scène : quasiment aucun plan sur le public (alors que maintenant, il faut sans cesse montrer des gens hystériques), pas beaucoup d’effets de caméras, pas de travellings, pas beaucoup d’effets de lumière non plus. On est très loin des DVD musicaux de Muse par exemple, à l’esthétique MTV ! Ce côté quasiment amateur renvoie à une époque où le rock indépendant naissant ne se prenait pas trop la tête, ne se préoccupait pas plus de son image et de sa rentabilité que de la musique elle-même.

C’est tout cela qui, en filigrane, apparaît dans le live à Reading, tout cela qui devrait sans aucun problème séduire la nouvelle génération amatrice de rock et faire crever de nostalgie l’autre génération, celle des trentenaires dont je suis, qui se rappelleront que Nevermind explosait alors qu’on était au lycée, que cet album n’était que le début d’une vague de créativité exceptionnelle, laquelle après quelques années finirait par pas mal se tarir. Alors bien sûr le rock c’est comme l’économie : c’est cyclique, il y a des hauts et des bas. Toujours est-il que Nirvana, on le savait déjà mais ce DVD vient le rappeler, c’était le haut de ce cycle du haut, ils restent aujourd’hui la référence du rock des années 90, ils continuent d’inspirer beaucoup de formations qui ne leur arrivent pas à la cheville, sans eux rien n’aurait sans doute été pareil. On se prend à rêver de ce qu’aurait pu être la suite de leur carrière si, malheureusement, Kurt Cobain n’avait pas fini, pour des raisons à mon avis intimes et personnelles (même si c’est facile de mettre ça sur le dos du "système"), par se faire sauter la tête un beau jour d’avril 1994.

10:43 Publié dans Musik | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : musique, rock, culture

25/12/2009

Identité ?

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Alors qu’on ne cesse de nous parler "d’identité nationale", je ne peux m’empêcher de livrer quelques réflexions sur cette question ô combien controversée, assurément mise au goût du jour pour des raisons bassement politiciennes. A la limite mieux vaudrait ne rien dire, ne même pas en parler, tant le débat est mal posé et me paraît même vain, toutefois si 2 ou 3 observations peuvent dégonfler quelques baudruches et décentrer le débat, alors pourquoi pas…

Tout d’abord, j’aimerais parler de "l’identité" en général, rapportée à l’individu et absolument pas à une nation. Je ne suis ni philosophe ni psychiatre, il me semble malgré tout que ce rapport à l’identité est, en quelque sorte, le fondement même de l’être. En effet sans conscience d’une identité (couplée au rapport au temps et à la mémoire), peut-être ne serions-nous même pas hommes.

Cela étant dit, et dès l’abord, cette notion d’identité à l’échelle individuelle semble hautement problématique. A des niveaux tels que je ne suis pas certain qu’on puisse apporter la moindre réponse définitive. En effet rien de plus évident que d’affirmer que nous avons, chacun, une personnalité propre. Celle-ci est issue de tas de facteurs : les parents dont nous sommes issus, leur patrimoine à la fois génétique, social, culturel et éducatif, les circonstances particulières que nous avons traversées tout au long de notre vie, nos croyances, nos certitudes et incertitudes, les rencontres (amicales, amoureuses, intellectuelles, professionnelles…) qui ont contribué à nous façonner voire nous modeler, etc. Tout cela, en quelque sorte, constituerait notre identité. Mais comment la saisir, comment la résumer, a-t-elle une essence saisissable, peut-on in fine la réduire à quelque chose ?

Rien n’est moins sûr… A la limite, et encore, sans doute saisir l’identité d’un être humain ne pourrait se faire qu’après sa mort, lorsque sa trajectoire serait totalement achevée, puisque jusqu’à ce moment-là, la vie étant une évolution perpétuelle, rien ne sera figé et fixé une fois pour toutes, tout pourra encore changer, être réorienté. Tant il est vrai que chaque acte, chaque engagement nouveau, est susceptible de modifier la perception que l’on a soi-même, et qu’ont les autres, de notre identité. Vouloir la fixer, la réduire, que l’on ait 20 ans ou 70 ans, tout cela a donc quelque chose d’un peu absurde et contraire au sens commun.

On a par ailleurs souvent tendance à entendre parler de "moi profond", un peu comme s’il allait y avoir une schizophrénie latente en chacun de nous qui distinguerait le "vrai moi", le moi intime, que l’on serait seul à saisir, et l’autre moi, le moi "au rabais", le moi social qui ne serait qu’une représentation que les autres ont de moi, forcément orientée, biaisée, tronquée. Il n’a sans doute pas été le premier, mais Clément Rosset notamment a dénoncé cette illusion romantique dans un essai sur l’identité intitulé Loin de moi : de façon paradoxale et provocatrice, comme à son habitude, Rosset concluait que seul le moi social existe et même, histoire d’en rajouter une couche, que "moins on se connaît, mieux on se porte" ! Rappelons du reste, à ce point du raisonnement, qu’on désigne souvent un individu par le terme de personne. Or persona, en latin, c’est… le masque !

On n’est pas obligé de reprendre à son compte la thèse de Rosset, néanmoins force est de constater que les différents troubles psychiatriques, les dépressions qui affectent les individus ou, pour parler de cas moins dramatiques, du besoin de beaucoup de consulter un psy pour faire une analyse, ou simplement d’écrire son autobiographie, sont autant d’éléments révélateurs qui disent que l’identité ne va pas de soi. Si tel était le cas, nous n’aurions pas besoin de nous interroger sur ce qui va et ce qui ne va pas dans notre vie, sur nos erreurs, nos regrets, nos doutes, nos angoisses… La réalité c’est qu’il est bien difficile de se cerner, de même qu’il est très difficile de cerner les autres, au point qu’on peut parfois en déduire que les autres et que nous-même, sommes une énigme à nos yeux ! Et ce ne sont pas les slogans publicitaires contemporains, tous gonflés de "soyez vous-même" ou "n’écoutez que vous" (voir par exemple Gilles Lipovetsky), qui y changeront quelque chose : au contraire, cette tyrannie "d’être soi" pour l’individu contemporain (le sociologue Alain Ehrenberg avait d’ailleurs publié, voici quelques années, un passionnant essai intitulé La fatigue d’être soi) est bien souvent une source de frustration supplémentaire.

Lorsque quelque chose d’aussi "simple" qu’un individu est déjà soumis à tant d’incertitudes sur la question de l’identité, on ne peut que se prendre à rêver de ce qu’implique, à l’échelle d’une nation entière, ce concept flou !

Bien entendu la tentation a toujours été grande, notamment au XXe siècle, de dresser des parallélismes entre identité individuelle et identité collective (généralement celle d’une nation, puisque pour le moment c’est toujours dans ce cadre de référence que le citoyen évolue – malgré la mondialisation et la balkanisation qui sont les deux faces contemporaines d’une autre médaille).

Ce sont sans aucun doute les romanciers qui, avec le plus de talent et de réussite, ont exploré ces relations et ces liens très ambigus entre histoire (et donc identité) individuelle et histoire (et donc identité) collective. Pensons à l’œuvre du romancier Milan Kundera par exemple, particulièrement emblématique, même si je vais plutôt, pour illustrer mon propos, évoquer celle, non moins magnifique, de Kazuo Ishiguro.

Dans son roman le plus célèbre, Les vestiges du jour, Ishiguro met en scène un narrateur qui parle de lui à la première personne, un majordome dénommé Stevens qui fut autrefois au service de Lord Darlington, un grand aristocrate anglais. Stevens, au soir de sa vie, contemple son passé, lequel croise le passé de son maître et, plus largement, le passé britannique : plus particulièrement la période coloniale puis la deuxième guerre mondiale (et la tentation du fascisme pour une partie de l’aristocratie), enfin la période "post-coloniale" qui s’achève précisément à l’époque où se déroule le roman, à savoir 1956 (l’expédition de Suez, dont il n’est au demeurant jamais question dans le fil du récit).

La force d’Ishiguro est de faire flotter l’identité de son narrateur mais, avec elle, la prétendue identité de la Grande-Bretagne. En effet, durant sa méditation, Stevens s’interroge sur de grands concepts comme la "grandeur" ou la "dignité", se demandant ce qu’ils peuvent avoir de particulièrement britannique. Mais la question est plus facile à poser que les réponses à venir… D’ailleurs la grandeur est-elle proprement britannique ? De Gaulle par exemple n’a-t-il pas 1000 fois employé ce terme pour parler de la France ? Quant à la dignité, est-ce une vertu purement britannique ? Ishiguro, d’origine japonaise, est bien placé pour savoir qu’il n’en est rien ! Bref plus on tente de s’approcher d’une définition, de la réduire à sa plus simple expression, plus celle-ci nous glisse entre les doigts tel le sable… Mieux encore, Ishiguro nous dépeint une nation avec ses fiertés mais aussi ses échecs, ses zones d’ombres, voire ses hontes. La France de la collaboration ou de la guerre d’Algérie en sait aussi quelque chose !

Au final, quand on se pose des questions comme "quelle est mon identité" ou "quelle est l’identité de la France ?", que reste-t-il de réellement opératoire sinon des tautologies à la limite du ridicule du genre "moi c’est moi" ou "la France c’est la France" ? Nous voici donc en présence de l’aporie sur le débat autour de "l’identité nationale". Mis à part sombrer dans des tautologies ou, pire encore, des poncifs (nous aimons le vin, le fromage, nous sommes frondeurs, et même sur ces sujets-là il sera facile de voir que nous ne sommes pas les seuls), que peut-il sortir d’un pareil débat ? Probablement pas grand-chose… Mieux vaudrait, en fait, lire quelques bons ouvrages historiques et sociologiques qui, seuls, sont capables de nous donner un éclairage vraiment intéressant et nuancé sur la nation française, sa grandeur mais aussi ses périodes et aspects troubles.

Cela étant dit n’oublions pas que, comme je le montrais récemment, l’histoire elle-même est traversée de débats et de courants distincts, parfois contradictoires, et que l’une des principales qualités de l’historien, même s’il doit tâcher d’atteindre l’objectivité voire la vérité, est précisément de douter…

12/12/2009

Death Cab for Cutie : panorama d'étape

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Oublions un instant la pure actualité musicale pour faire un petit bilan d’étape d’un groupe (comme je l’ai déjà fait pour Lali Puna, Travis, les Smashing Pumpkins ou U2).

Death Cab for Cutie est sans doute l’un des groupes de rock indépendant les plus injustement méconnus en France. Aux Etats-Unis, leur contrée d’origine, ils connaissent un succès relativement important depuis déjà plusieurs albums mais cette notoriété n’a carrément pas atteint, sauf dans quelques cercles restreints, notre pays. C’est vraiment dommage car ils proposent une musique de très grande qualité, que je qualifierais comme un mix parfait entre le rock indépendant dans ce qu’il a de meilleur et la musicalité pop de la plus pure facture.

La musique de Death Cab for Cutie est très influencée par la personnalité de son leader, Benjamin Gibbard (simultanément à la voix et à la guitare), lequel compose la plupart des titres du groupe. Les mélodies proposées par le quatuor semblent toujours couler de source, pourtant les accords et les arrangements sont assez sophistiqués et largement moins convenus que ce que commet le tout-venant. Ces mélodies sont d’ailleurs accompagnées par une voix très particulière, douce, parfois plaintive, souvent émouvante, qui ne peut laisser indifférent. A ce sujet la voix de Gibbard, dans les 4 premiers albums, avait quelque chose de plus cristallin, de plus pur. Depuis Plans, cette voix s’est un peu transformée : tel Patrick Bruel, Ben Gibbard se serait-il cassé la voix ? A moins que ce ne soit l’effet de l’alcool et/ou de la cigarette ? On ne peut que déplorer cette mutation, heureusement pas catastrophique, mais tout de même audible.

La carrière de Death Cab for Cutie commence à la fin des années 90 (1998 pour être précis) avec un premier album vraiment bien, Something About Airplanes, qui pose déjà un certain nombre de jalons que l’on retrouvera dans toute la discographie ultérieure du groupe. "Bend to Squares", le premier titre, est l’un des plus réussis, avec aussi "President of What ?", le radioheadien "Champagne from a Paper Cup" et "Line of Best Fit". Cet album introductif alterne passages très rythmés et chansons plus mélancoliques et introspectives. De même, le recours aux effets de guitare (notamment le tremolo) enrichit les compos et positionne Death Cab for Cutie comme un groupe inventif et musicalement très sensible. Pour un début, c’est vraiment très bon !

Une impression qui va se confirmer en 2000 avec leur deuxième album, We Have the Facts and We’re Voting Yes, que je considère personnellement comme l’un de leurs meilleurs. Sans doute moins directement "punchy" que Something About Airplanes, We Have the Facts… gagne pourtant en qualité d’écriture, en intensité, en expression. Les accords et les arpèges proposés par cet album (souvent doublés par du glockenspiel) surprennent par leur sophistication et, au fil des écoutes, la cohérence de l’ensemble ne laisse de susciter l’admiration. Une nostalgie prononcée ("Title Track", "Company Calls Epilogue", "No Joy in Mudville") colore la tonalité d’ensemble de l’opus même si des moments plus énergiques ("Lowell, MA", "Company Calls") sont aussi de mise.

En 2001, The Photo Album casse un peu cette lancée. En effet, je trouve que cet album est le moins réussi de la carrière du groupe (en tous cas à ce jour). Les chansons en soi ne sont pas nulles, mais rien ne ressort réellement de ce disque beaucoup plus plat, beaucoup plus inodore que les précédents. Il y a comme une petite panne d’inspiration, un ressassement net (remarquons quand même, dans les titres bonus d'une édition de l'album, une reprise de "All Is Full of Love" de Bjork vraiment pas mal), qui heureusement est surmonté au-delà de toute espérance en 2003 avec le 4e album studio de Death Cab for Cutie, l’excellent Transatlanticism, sans doute leur meilleur. Contrairement au Photo Album, tout sonne juste dans ce superbe Transatlanticism qui confirme que la couleur dominante du quatuor est la mélancolie ("Lightness", "Tiny Vessels" et surtout le titre éponyme "Transatlanticism"). Preuve que Death Cab for Cutie devient plus "populaire", des séries télévisées utilisent l’album pour leur bande sonore (j’ai repéré un épisode de Californication et un épisode des Experts Miami mais il y en a sûrement d’autres).

En 2005 paraît Plans. C’est un album qui me paraît être un "mini-tournant" pour le groupe avec une utilisation plus prononcée du piano ("Different Names for the Same Thing", "What Sarah Said"), lequel conserve toutefois les atmosphères très spleenesques autrefois exprimées par les guitares. A noter également (à la guitare) la très dépouillée "I Will Follow You into the Dark". Autre tendance (heureusement légère) de cet album : une inspiration parfois plus eighties sur les morceaux "Your Heart Is an Empty Room" (on pense aux arpèges de The Joshua Tree) et surtout "Someday You Will Be Loved". Et puis, donc, la voix de Gibbard un peu plus éraillée, moins clairement gémissante et angélique. Même si Plans est un succès encore plus important que Transatlanticism, je le trouve intéressant, parfois magnifique, mais moins achevé que le précédent.

En 2008 est proposé au public le 6e et dernier album de Death Cab for Cutie paru à ce jour, Narrow Stairs. C’est un album qui retrouve un bipolarité plus importante avec une alternance de chansons douces et d’autres plus rythmées, comme par exemple les très bonnes "No Sunlight", "Cath" et surtout "Long Division". Plus étonnante, l’ouverture de l’album avec deux titres relativement longs, "Bixby Canyon Bridge" et plus encore "I Will Possess Your Heart" que, jusqu’ici, on ne se serait pas attendu à trouver dans l’inspiration du groupe. Au chapitre des incongruités, "Pity and Fear" s’achève très abruptement, un peu comme si la bande avait été coupée (ce qui semble d’ailleurs être le cas, une mauvaise manipulation du logiciel d’enregistrement ayant donné ce résultat que le groupe a finalement trouvé sympa et qu’il a donc conservé sur l’album). Avec Narrow Stairs il semble que le quatuor veuille revenir à quelque chose de plus spontané, de plus direct et dynamique, et c’est assez convaincant même si l'album n'est pas un chef d'oeuvre.

Alors qu’un nouvel album serait prévu pour 2010, alors que Death Cab for Cutie a déjà 6 efforts studio au compteur, je trouve dommage que la France ne soit pas plus réceptive à leur musique à la fois émouvante, romantique, très inspirée, ultra-mélodique et, je le répète, synthétisant parfaitement les deux veines tout aussi agréables du rock indépendant et de la pop finement ciselée. De très nombreuses chansons sont d’ores et déjà des classiques qui plairont autant aux garçons qu’aux filles, aux jeunes qu’aux vieux, alors ce serait bête de s’en priver plus longtemps ! Que ceux qui possèdent un iPhone se fassent une première idée puisque, cerise sur le gâteau, les Death Cab for Cutie proposent une application gratuite que vous pourrez notamment retrouver sur leur site Web !

14:55 Publié dans Musik | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : musique, rock, culture