08.05.2008
Muse "Haarp"
Note : 8/10
Moins de deux ans après Black Holes & Revelations, Muse sort un coffret CD/DVD live de leur tournée. Baptisé HAARP en référence au fameux projet scientifique et militaire américain, lequel a déjà fourni une glose presque infinie qui alimente notamment la théorie du complot (un exemple ici), ce live illustre parfaitement où en est le groupe de rock aujourd'hui : en l'occurrence très haut.
C'est dans le nouveau et gigantesque stade de Wembley que ce live a été enregistré : le premier jour, c'est le CD qui est gravé pour l'éternité ; le deuxième, c'est au tour du DVD.
Deux concerts donc, l'un pour les oreilles uniquement, l'autre pour les yeux et les oreilles. De très nombreux points communs entre les deux objets puisqu'il s'agit en fait grosso modo du même concert, mais quelques différences : le CD contient moins de titres que le DVD ; sur le DVD est présente "Plug In Baby" alors qu'elle est absente du CD ; inversement, est présente sur le CD "Micro Cuts" alors qu'elle n'apparaît pas sur le DVD.
HAARP est-il l'un de ces live conventionnels et qui ne cherchent qu'à faire encore un peu plus d'argent ? Peut-être un peu, mais il suffit d'entendre résonner les premières notes pour malgré tout être complètement pris par la puissance sonore et scénique du trio britannique. Car Muse, s'il est excellent sur album, est carrément grandiose sur scène.
Par un de ces phénomènes inexplicables qu'on appelle le don, Matthew Bellamy, chanteur-guitariste (et aussi pianiste) de Muse, est capable de renverser n'importe quelle salle de concert ou n'importe quel stade. Sa voix, aussi bonne sur scène qu'elle l'est sur disque, son jeu de guitare et/ou de piano virtuose (il est probablement l'un des meilleurs musiciens rock actuels), son énergie communicative, font immédiatement du groupe en concert une sorte de summum quasi-impossible à égaler.
Il ne serait évidemment pas juste de laisser de côté Chris Wolstenholme, l'excellent bassiste du groupe (qui dans HAARP est également à la guitare sur "Hoodoo"), ainsi que Dominic Howard, un batteur dont le jeu était selon moi, sur les trois premiers albums, carré mais jamais spectaculaire et qui, depuis Black Holes & Revelations, a acquis une force et une densité indéniables.
Que dit HAARP de Muse ?
1/ D'abord que l'aspect un peu déstabilisant de Black Holes & Revelations, deux ans après, est pratiquement gommé. En jouant magistralement sur scène la plupart des titres du CD, ce qui n'était pas forcément gagné, Muse permet de mieux comprendre en quoi ces compos restent fondamentalement rock malgré les nombreux effets intégrés. La première chanson du concert est la fantastique "Knights of Cydonia" : rien que pour ça, on aurait aimé être à la place du public ce soir-là ! Mais "Supermassive Black Hole", "Map of the Problematique", "Invicible", le méga-tube "Starlight", "Take A Bow" sont autant de morceaux de bravoure exécutés avec maestria.
2/ Ensuite que la musique classique semble prendre de plus en plus d'importance dans leur travail de composition. Ce n'est certainement pas un hasard si leur spectacle s'ouvre sur les notes du fameux ballet de Prokoviev Romeo & Juliette (et plus particulièrement l'extrait, tiens donc, "Dance of the Knights") : les Muse veulent sans doute montrer que les frontières entre les genres sont, dans leur musique, relativement perméables. Dès leur premier album, la dimension symphonique et parfois romantique (piano oblige) de leur travail ne pouvait nous échapper, cela dit c'est avec les trois albums suivants que cette très forte influence s'est le plus marquée. Rachmaninov et Chopin semblent être, au clavier, les sources principales d'inspiration de Matthew Bellamy (sur le live, voir notamment : "Butterflies & Hurricanes", "Hoodoo" et "Apocalypse Please"). Quant à Beethoven et Bach, ils s'inscrivent en filigranes y compris dans des titres a priori plus rock (comme "Plug In Baby" par exemple).
3/ Enfin que Muse possède un répertoire dont plusieurs extraits sont d'ores et déjà des classiques : "Newborn" bien entendu (peut-être dans le top 3 des meilleurs titres jamais écrits par le trio ?), "Time is Running Out", "Blackout", "Hysteria", "Unintended", on n'en finit déjà plus. C'est évidemment avec intérêt que l'on suivra l'évolution du groupe dans les mois et années qui viennent.
Tout cela étant dit, il faut regretter que ce CD/DVD soit à certains égards relativement comparable au DVD sorti au moment de l'Absolution Tour : même configuration dans un stade, même réalisation assez léchée mais un peu "MTV-esque" avec beaucoup de couleurs, beaucoup de plans différents... Ce n'est pas l'originalité et l'inspiration qui étouffent la mise en scène et le concept de départ : on est bien loin, par exemple, du DVD ultra-percutant des White Stripes avec concert filmé en super-8 ! Cela rejoint d'ailleurs un autre constat : le fait que Muse est généralement mauvais dans ses vidéo-clips.
Bref, nos trois histrions n'ont pas su réellement trouver une esthétique à la hauteur de leur musique. C'est peut-être pour eux, dans les temps qui viendront, l'un des défis majeurs à relever !
11:41 Publié dans Musik | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, concert, rock
23.04.2008
La chronique de PV (II) - Tout feu tout flamme...
Depuis des mois, cet homme de très mauvaise foi baptisé PV hante mon blog en laissant des commentaires de plus ou moins bon aloi. Je lui ai récemment proposé de lui laisser, une fois par mois, les colonnes d'A REBOURS pour exprimer son point de vue. Bien entendu, un point de vue qui n'engage que lui !!!
Les J.O., la Chine, le Tibet, la flamme et les droits de l’Homme ! Mélangez le tout pour composer un cocktail des plus savoureux du moment que Guy DEBORD eût aimé, j’en suis sûr !
Reprenons, sans hasard aucun, quelques éléments intéressants :
1. Les J.O sont (re)créés en 1896.
2. La devise des J.O. (Citius, Altius, Fortius) est empruntée par Pierre de COUBERTIN à son ami Henri DIDON, prêtre dominicain.
3. Le rituel du relais de la flamme olympique est créé sous les bons auspices de Jospeh GOEBBELS à l’occasion des J.O. de 1936 à Berlin, sur une idée de Carl DIEM (officier allemand, qui avait eu l’idée dès avant 1914-18).
4. L’armée de libération chinoise entre au Tibet en 1950.
5. Le CIO décide que la Chine sera organisateur des J.O. 2008 : la procédure de sélection débute en 2002 mais les candidatures sont reçues dès 2000. La Chine est donc candidate et cette candidature est déclarée valide par le CIO.
6. Pierre de COUBERTIN apparaît dans de nombreuses biographies comme ouvertement raciste et misogyne, lecteur des œuvres de GALTON (inégalité des races) ou de GOBINEAU (faut-il rappeler son essai sur l’inégalité des races ?)… Il ne se contente pas de lire mais dit lui-même : "À la race blanche, d’essence supérieure, toutes les autres doivent faire allégeance" et écrit : "Il y a deux races distinctes : celle au regard franc, aux muscles forts, à la démarche assurée et celle des maladifs, à la mine résignée et humble, à l’air vaincu. Hé bien ! C’est dans les collèges comme dans le monde : les faibles sont écartés, le bénéfice de cette éducation n’est appréciable qu’aux forts." (Education anglaise).
Je me contente de poser quelques questions :
- quel est le mobile qui pousse à reconduire d’année en année un rituel aussi fortement inspiré de l’esthétique et de la pensée nazies, tel ce relais de la flamme ?
- plus encore, que penser de ces images où des forces policières françaises défendent matraques à la main un tel symbole porté au travers de la capitale française en l’honneur d’un régime totalitaire, inique et criminel ?
- pourquoi l’organisation de ces jeux 2008, confiée à la Chine il y a déjà plusieurs années, n’a-t-elle pas été dénoncée plus tôt ?
- que penser de notre président, lorsqu’il dit le 13 novembre 2007 : "Dans la Démocratie européenne, j’ajoute que tous ceux qui ont fait l’expérience de renoncer à la défense des Droits de l’Homme au bénéfice de contrats, n’ont pas eu les contrats, et ont perdu sur le terrain des valeurs" et qu’il nie cette belle pensée moins d’un an après en laissant traiter de la sorte les manifestants défenseurs du Tibet ?
Précision : les éventuelles condamnations du régime chinois ne doivent pas non plus aveugler les consciences. Le Tibet n’était pas un Paradis sur Terre et les mariages forcés et autres joyeusetés commises contre les femmes restent éminemment condamnables. De même, les actions de Reporters sans Frontières ne doivent pas faire oublier les campagnes menées lors du coup d’Etat au Venezuela en 2002, véritables propagandes pro américaines et anti-CHAVEZ, au mépris même de la réalité des faits à l’époque, notamment à propos de la liberté de la presse.
Sur ce, vos réactions et précisions sont attendues avec impatience.
18:42 Publié dans La chronique de PV le pois chiche | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, chine, démocratie, jo
08.04.2008
Gao Xingjian à Aix-en-Provence
Décidément, Aix-en-Provence est une ville qui aime recevoir les prix Nobel asiatiques : après Ôé Kenzaburo en octobre 2006 à la Cité du Livre, c’était à l’Université de Provence d’accueillir Gao Xingjian les 2 et 3 avril derniers.
La bibliothèque universitaire des Lettres et Sciences humaines inaugurait en effet l’Espace de recherche et de documentation (ERD) Gao Xingjian, un centre de ressources qui permettra au chercheur ou au simple amateur de tout savoir et tout trouver sur l’œuvre du prix Nobel de littérature 2000.
A cette occasion de nombreuses manifestations se sont tenues, en présence de Gao Xingjian, qui se trouve être l’ami intime de Noël Dutrait, professeur à l’Université de Provence, directeur de la jeune équipe "Littérature chinoise et traduction" (une équipe qui anime par ailleurs un excellent blog), et, surtout, traducteur avec sa femme Liliane de la plupart des grands livres de Gao Xingjian – La Montagne de l’âme et Le Livre d’un homme seul au premier chef.
Outre la cérémonie officielle d’inauguration, qui a permis au public de découvrir un homme extrêmement humble et disponible, plusieurs réjouissances se sont déroulées : certaines plus scientifiques (une table ronde sur la réception et/ou la traduction de l’œuvre de Gao Xingjian dans plusieurs pays du monde : la Suède, l’Italie, le monde anglophone, la France et bien sûr la Chine), d’autres plus directement artistiques.
Ainsi le 2 avril 2008, le film La Silhouette sinon l’ombre a été projeté au Théâtre Antoine Vitez. Ce film, coréalisé par Gao Xingjian, Jean-Louis Darmyn et Alain Melka, est pour le moins particulier et déroutant. A certains égards (mais cela n’engage que moi) prétentieux et intellectualisant, il n’en reste pas moins globalement fascinant, sans doute à cause d’un travail sur l’image et surtout sur différentes formes artistiques (la peinture, le théâtre, la musique et l’opéra) qui en font une œuvre foisonnante et envoûtante, une mise en abyme sur le travail créateur de Gao lui-même, mais surtout une très belle réussite esthétique, poétique et hypnotique.
Le lendemain, ce sont des lectures de textes qui ont conclu ces deux journées. D’abord une pièce inédite intitulée Ballade nocturne et qui, pour être honnête, ne m’a pas franchement convaincu. Ensuite, et à mon avis bien plus intéressant, un long extrait de la pièce de théâtre Au bord de la vie, magnifiquement interprétée par les comédiens Muriel Roland et Marcos Malavia. Ici encore, un peu comme pour La Silhouette sinon l’ombre, Gao Xingjian a donné à voir une œuvre souvent exigeante et difficile, dans laquelle on n’entre pas si facilement mais, pour peu qu’on s’y abandonne, l’on finit par s’y laisser porter ; une œuvre qui ne cesse de s’interroger sur l’existence et la condition humaine mais aussi sur elle-même, plus particulièrement par le truchement d’effets de "distanciation" qui ne sont pas sans rappeler le dispositif brechtien.
Il semble clair, en tous cas, que Gao Xingjian s’est montré à Aix tel qu’en lui-même : polymorphe, éclectique, irréductible et inclassable. S’il reste probablement plus connu pour son sommet littéraire La Montagne de l’âme (ce qui soit dit en passant n’est que justice), l’honnête homme ne peut ignorer que ce prix Nobel atypique est également l’auteur d’une œuvre théâtrale, picturale mais aussi cinématographique qui en fait un artiste quasi "total".
Le parcours de Gao est pour le moins chaotique : né en Chine en 1940, ayant perdu sa mère très tôt (suicide ou accident ? une incertitude qui hante l’œuvre entière), victime comme des millions d’autres personnes des années Mao et des séjours forcés "à la campagne", il a fini par choisir définitivement la France. Désormais, Gao Xingjian vit à Paris et il a la nationalité française. Pour lui le retour en Chine est exclu, il ne se fait d’ailleurs guère d’illusions sur la capacité rapide de ce pays à changer.
Bref, comme d’autres auteurs (je pense à Milan Kundera mais il y en a tellement), Gao Xingjian est un peu dans un "entre-deux" à certains égards inconfortable mais dans lequel il semble avoir appris à évoluer. Témoin de cette ambiguïté, son prix Nobel : couronne-t-il un écrivain français ou chinois ? La Chine officielle ne veut rien savoir de lui, elle pense que l’Académie de Stockholm a fait un choix uniquement "politique" qui n’a plus rien à voir avec l’art. Quant à la France, elle est évidemment fière, quoiqu’un peu embarrassée, de dire que Gao Xingjian est le dernier des prix Nobel… français !
Tout le parcours intellectuel et artistique de Gao est pourtant marqué par le passage et le dialogue entre l’Orient et l’Occident. Jeune déjà, il n’a eu de cesse de faire découvrir en Chine l’art occidental, et plus particulièrement d’avant-garde (en littérature : le Nouveau Roman et le Théâtre de l’Absurde ; en peinture : l’impressionnisme et Matisse). Une bipolarité que l’on retrouve dans son œuvre, à certains égards fortement imprégnée par la culture chinoise classique mais, par ailleurs, extrêmement influencée par les théories et expérimentations artistiques occidentales.
Finalement, c’est cette impression de flottement que j’apprécie le plus dans l’œuvre de Gao Xingjian, une œuvre incertaine et sans cesse en mouvement, tremblante, à l’image de ces quelques citations que j’extrais, un peu pêle-mêle, de La Montagne de l’âme (un roman que je ne saurais trop recommander à mes lecteurs) : "Je suis enfoui dans le brouillard. Le paysage a disparu devant moi, tout est indistinct." (P.94, éditions de l’Aube poche) "Je ne sais pas si tu as déjà réfléchi à cette chose étrange qu’est le moi. Il change au fur et à mesure qu’on l’observe, comme lorsque tu fixes ton regard sur les nuages dans le ciel, couché dans l’herbe." (P. 211) Ou encore les derniers mots du roman, on ne peut plus explicites : "Faire semblant de comprendre, mais en fait ne rien comprendre. En réalité, je ne comprends rien, strictement rien. C’est comme ça."
19:30 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, livre, culture, Chine
31.03.2008
A REBOURS : An II
A REBOURS fête officiellement ses deux ans. Le temps passe très vite…
J’avais rédigé un post à l’occasion de la première année de vie de ce blog, que j’ai évidemment relu pour préparer celui-ci. Je constate ce que j’appellerais un "changement dans la continuité" (à moins qu’il ne s’agisse d’une "continuité dans le changement" ?).
-- Au chapitre des continuités d’abord :
1/ je continue à ne jamais raconter ma life. Que saura de moi le lecteur ultra-fidèle, sinon que je me suis fait opérer des dents de sagesse et que je ressemblais à un hamster, que j’ai failli piquer une crise de nerfs en essayant de joindre Alice pour un problème de connexion, que j’ai tendance à faire des insomnies ou que j’aime le snooker (sans oublier 5 autres trucs dont tout le monde se branle) ?
2/ je continue à produire des posts assez longs, peut-être trop diront certains (mais je crois que ceux-là ont passé leur chemin depuis longtemps !). Selon moi toute pensée (même sur des trucs à la con) ne peut s’exprimer qu’avec un minimum de complexité et de développement, sinon on en reste à des évidences et platitudes ou on fait vaguement de "l’information" ou de "l’actualité", or ce n’est pas réellement mon propos.
3/ je continue d’avoir une audience de happy few même si globalement sur l’année elle a presque doublé par rapport à l’année dernière. Cela me convient tout à fait car ça me permet de pouvoir répondre très souvent directement à mes interlocuteurs qui me laissent des commentaires et finalement de pouvoir construire avec eux un débat suite à mon post et autour de lui. Bref je fais de plus en plus le distinguo entre ma chronique proprement dite et tout ce qu’il y a autour d’elle (qui prend souvent bien plus d’ampleur que la chronique elle-même, et c’est tant mieux). Très récemment l’un des grands "blogueurs influents" que j’apprécie par ailleurs, versac, avouait une sorte de mini-spleen à être devenu célèbre, à avoir des dizaines de commentaires sur la moindre note qu’il fait. Je le comprends, il devient dans ces conditions impossible de construire un vrai débat.
-- Au chapitre des évolutions ensuite :
1/ il me faut avouer que cette année, j’ai été moins productif que l’année dernière. Sur les 200 notes de ce blog, 69 seulement ont été pondues cette dernière année.
2/ outre le fait que cela s’explique pour des raisons de temps et de disponibilité, il faut quand même voir aussi que le nombre de commentaires laissés sur ce blog a, lui, augmenté (enfin tout est relatif bien sûr !). De 1,7 par chronique l’année dernière (217 commentaires), je suis passé à 3,66 par chronique cette année (253 commentaires). Du coup, comme je le disais plus haut, je me suis davantage investi dans les réponses à ces commentaires et dans la poursuite du débat au-delà de mon post, ce que j’avais moins fait l’année dernière. A ce sujet, même si comme l’année dernière mes deux "piliers" restent PV et dragibus (je les en remercie, ils sont coolos tous les deux ! je nous comparerais volontiers à un autre trio infernal qui faisait la joie des Guignols d’autrefois : Christine Ockrent, Serge July et Philippe Alexandre ;-), j’ai eu des commentaires de pleins de gens et, même si ça reste le plus souvent épisodique, ça m’a bien plu.
3/ j’ai moins que l’année dernière appliqué le principe d’Alain que je citais : "Il est meilleur, il est plus juste, il est plus efficace d’applaudir à la bonne musique que de siffler à la mauvaise." Mais grâce à une dent plus dure (j’en rajoutais parfois volontairement) j’ai également suscité davantage de réactions et ça c’est bien. J’en veux pour preuve cette chronique sur les Naast et Plasticine : elle a provoqué pas moins de 26 commentaires (ce qui pour mon blog est énorme !). Très amusant d’ailleurs de voir que tout un courant était d’accord avec moi, alors qu’un autre avait tendance à me traiter de "réac". Bref pourquoi cette note a-t-elle fait tant réagir, alors qu’une autre sur la chanson française, carrément plus hard, était passée inaperçue ?
4/ en lien direct avec ma remarque précédente, A REBOURS est un peu allé à rebours de lui-même cette année. Cela se voit tout de suite dans les statistiques : seulement 10 chroniques supplémentaires dans la catégorie "Livres", 13 supplémentaires dans la catégorie "Films" et 8 supplémentaires dans la catégorie "Musik".
En revanche, une catégorie a explosé : "TV, radio, presse écrite" avec 29 chroniques de plus ! Pourquoi ? Pour une raison simple : les élections présidentielles puis l’hyperprésidence de Sarkozy. Comme tout un chacun, parfois à mon corps défendant, j’ai été victime du bruit fait autour de ces élections et n’ai pu m’empêcher de suivre ces débats et m’y impliquer. Je précise d’emblée que je n’ai pas créé de catégorie "Politique" pour une raison simple : impossible à mon sens d’avoir sa "propre" opinion en la matière, nous sommes totalement dépendants de ce que les médias (bons ou mauvais) nous donnent comme informations. Par conséquent il faut être bien présomptueux pour dire qu’on "parle politique", au mieux parle-t-on de politique à travers le prisme médiatique.
Au milieu de ce marasme, je reste assez fier de ma note En finir avec les Présidentielles qui dit clairement ce que je pense du mythe du "président sauveur tout-puissant" : les dernières semaines confirment ce diagnostic non ?!
Quant à mon soutien au "Mickey orange de la politique" lors des présidentielles, je ne le regrette pas non plus, surtout si j’en crois les analyses sémantiques et linguistiques de Jean Véronis. Bayrou a su placer les thématiques de la recherche et de la dette, du "nous", de l’éducation et de l’égalité, du climat au cœur de son discours, éviter les "je veux" excessifs, éviter aussi le recyclage de ses propres discours, finalement nous n’étions pas si loin du paradoxe de Condorcet…
-- Et maintenant ?
Eh bien je ne le sais pas moi-même. Je vais continuer de prouver le mouvement en marchant. Retour à l’an I ? Poursuite de l’an II ? Nouvelle phase pour aborder l’an III ? Rien de tout cela ? Arrêt de ce blog ?
To be continued…
21:54 Publié dans About a blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blog
22.03.2008
Fan de... Nicolas Sarkozy
Fan de (je le dis pour mes lecteurs qui n’ont pas la télé, je le sais il y en a) est une émission diffusée chaque samedi avant midi sur M6. C’est un peu à la télé ce que OK Podium est à la presse, c’est-à-dire que le cœur de cible ce sont les kids et qu’on y parle des ragots des people de ce monde. Grosso modo, c’est une sorte de Voici pour ados ou post-ados.
Depuis des années, on a l’habitude d’y croiser les Patrick Bruel, Britney Spears, Paris Hilton, M Pokora, Puff Daddy, Tony Parker, Jenifer Aniston, enfin bref on voit le genre.
Eh bien, phénomène assez inédit, voisinant depuis quelques mois les Mariah Carey, les Eva Longoria, les Benabar, les David Guetta et autres, voici… Nicolas Sarkozy, bien sûr en lien avec Carla et Cécilia. Ainsi, ce matin, un long reportage sur Cécilia et Richard Atias avec, au passage, un retour sur l’ensemble de la relation Nicolas-Cécilia. Voici très peu de temps, c’était la relation Nicolas-Carla qui était mise en avant. Gageons que Jean Sarkozy ne sera pas long à apparaître dans ce programme rafraîchissant.
On voit donc, encore une fois, jusqu’où la fonction présidentielle a été modernisée. Personnellement, je trouve que c’est vraiment une très bonne chose que les gamines et autres djeuns intoxiqués au Tokio Hotel aient également la possibilité d’avoir de l’info sur les choses importantes, en l’occurrence la politique : je crois que la stratégie sarkozyenne est ultra-payante et que ceux qui la critiquent n’ont rien compris !
13:09 Publié dans TV, radio, presse écrite | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, politique, france, médias
16.03.2008
La méthode Ali Baddou
Pour certains (sans doute relativement peu nombreux), Ali Baddou est uniquement l’animateur de l’émission de radio quotidienne "Les Matins" sur France Culture.
Pour d’autres (sans doute plus nombreux), Ali Baddou est uniquement chroniqueur littéraire (remplaçant de Frédéric Beigbeder) dans l’émission de télé quotidienne "Le Grand Journal" sur Canal+.
Pour d’autres enfin, plus schizophrènes (c’est mon cas), Ali Baddou est les deux.
Bref tout ça pour dire que, cette dernière semaine, le sémillant Ali a su brillamment recycler ses références littéraires d’une émission à l’autre. Qu’on en juge :
Mercredi 12 mars, sur France Q, Ali Baddou recevait dans son émission Véronique Ovaldé, dont le roman Et mon cœur transparent vient d’obtenir le prix du livre France Culture-Télérama. De qui Ali faisait-il la chronique vendredi 14 mars dans Le Grand Journal ? Eh oui, de la même Véronique Ovaldé.
Vendredi 12 mars, sur France Q, Ali Baddou recevait David Grossman, écrivain israélien invité au Salon du Livre et dont le roman Dans la peau de Gisela vient de paraître. De quel livre Ali faisait-il la chronique la veille au soir dans Le Grand Journal ? Question purement rhétorique.
Conclusion : il est fort ce Ali. Sur France Q le matin, il parle pendant plus d’une heure avec l’invité, dialoguant, dissertant, creusant les points de vue. Et le soir sur Canal +, en 30 secondes chrono, il vous pitche le même roman avec un talent égal, entre NTM et la météo.
Deux styles, deux types de public, et surtout deux salaires. Je me demande lequel des deux (salaires) est le plus élevé, dans l’absolu mais plus encore proportionnellement à la dureté de la tâche…
17:20 Publié dans TV, radio, presse écrite | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : médias, culture
Ambiguïté des commémorations
Dans les hommages qui s’annoncent, suite à la mort du dernier "poilu", il y a évidemment un sentiment de lassitude avant même que les choses n’aient été pliées. Toutefois, cela m’inspire quand même quelques réflexions que je vais modestement faire partager à mes lecteurs.
1/ La mort de Lazare Ponticelli a bien évidemment un poids symbolique très fort : en effet, cela signifie que la dernière personne en France qui a, en tant que soldat, participé à la Première guerre mondiale est morte. Par conséquent, nous avons définitivement quitté la subjectivité de la mémoire individuelle et sommes entrés à 100% dans l’histoire avec un grand "H".
Bien entendu, l’histoire de la Première guerre mondiale est déjà extrêmement pointue et objective, témoins les excellents ouvrages de Jean-Jacques Becker et de Stéphane Audoin-Rouzeau (pour ne citer que les deux meilleurs spécialistes de la question). Néanmoins, nous savons bien que l’histoire collective et l’histoire individuelle ont des liens ambigus et délicats : prenons l’exemple de la Guerre d’Algérie et de la rivalité des mémoires qui gravitent autour d’elle (Pieds-noirs, Harkis, Algériens ayant lutté pour l’indépendance, nostalgiques de l’Algérie française, etc.). Tant qu’un événement est encore "chaud", c’est-à-dire tant que des protagonistes de cet événement sont vivants, l’événement suscite des débats plus passionnés ; or la mort du dernier poilu, encore une fois de façon totalement symbolique, marque définitivement une clôture : il renvoie au siècle dernier, à la mémoire collective et non plus individuelle, c’est désormais bien loin tout ça, c’est réellement "du passé".
2/ La tournure apparemment "glorieuse" que prendra l’hommage à venir, pour mérité qu’il soit, ne doit pas masquer l'équivoque française qui l’accompagne. Il est évidemment très tentant de lire les discours politiques autour de la Première guerre mondiale, fortement axés sur l’héroïsme, le sacrifice, le combat pour la patrie, comme un contre-champ à des épisodes beaucoup moins glorieux de l’histoire de France : la décolonisation bien entendu mais, plus encore, la Deuxième guerre mondiale.
Quelle image plus contrastée et emblématique, pour exprimer ce contre-champ, que celle de Philippe Pétain, grand héros de la Première guerre mais fossoyeur de la République française, suite à sa décision d’instaurer la "Révolution nationale" et la collaboration avec Hitler.
Bref les célébrations autour de la Première guerre ont, pour la mémoire de la France, et malgré les tragédies humaines qui ne doivent jamais être occultées, quelque chose de plus confortable et de plus consensuel, surtout dans cette période où "l’identité nationale" est devenue un enjeu fort.
3/ En lien direct avec la réflexion précédente, je trouve que l’origine de Lazare Ponticelli est peu mise en avant. Car effectivement Ponticelli est né en Italie et n’a immigré en France qu’à dix ans. Ses liens avec l’Italie sont restés relativement forts, ne serait-ce que par son patronyme et par l’entreprise qu’il a fondée, assez typiquement liée à l’immigration italienne en France.
Que cet hommage soit tout entier cristallisé autour de la mémoire des poilus français, sans réellement mentionner l’origine double de Ponticelli, a (je trouve, mais ce doivent être mes origines qui parlent ;-) quelque chose d’un petit peu frustrant.
4/ Toujours est-il qu’encore une fois, nous le constatons, la mémoire nationale n’est pas dépourvue d’ambiguïté. La France a toujours cherché, comme d’ailleurs les autres nations (que l’on pense à l’Angleterre, aux Etats-Unis, au Japon, etc.), à commémorer, glorifier et mythifier son passé, quitte à s’éloigner d’une certaine forme d’objectivité que seule la discipline historique peut apporter.
Le rôle de l’historien est donc, non seulement de faire l’histoire, mais aussi d’avoir un regard réflexif sur sa discipline, sans oublier d’analyser les usages de l’histoire qui sont faits par un pays ou des communautés et des identités.
Bref, comme l’on étudie la "réception" d’une œuvre en littérature, il est évidemment fondamental d’étudier la "réception" des événements qui, par définition, deviennent de l’histoire. A ce titre je renvoie au très bon 1515 et les grandes dates de l’histoire de France, sous la direction d’Alain Corbin, qui tord le cou à certaines idées reçues du genre "nos ancêtres les Gaulois" et autres.
Je trouve pour ma part que, derrière l’hommage mérité à Ponticelli, les médias devraient parler davantage de ces enjeux délicats mais surtout passionnants.
17:03 Publié dans TV, radio, presse écrite | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, société, france, culture
11.03.2008
Appel à contribution
J'ai déjà eu l'occasion (par exemple ici, ou bien encore là) de railler certains magazines féminins.
Mais il serait dommage de ne rien dire sur GQ (Gentlemen's Quarterly), le mythique magazine pour hommes qui vient enfin de sortir en langue française.
Cela dit, dans la mesure où je suis un homme, ce ne serait pas très drôle : j'aurais autant aimé que ce soit une femme qui nous donne son avis là-dessus, elle aura certainement beaucoup plus de recul !
Par conséquent : si une femme lit ce blog (ça doit quand même se trouver ?) et qu'elle a son avis sur GQ, qu'elle ne se prive pas d'intervenir ! Merci d'avance pour vos contributions.
(ps : si ça tente quand même un homme d'intervenir, je dis banco ;-)
21:04 Publié dans TV, radio, presse écrite | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : médias, culture
02.03.2008
La chronique de PV (I) - ONU ou oublions nos utopies !
Depuis des mois, cet homme de très mauvaise foi baptisé PV hante mon blog en laissant des commentaires de plus ou moins bon aloi. Je lui ai récemment proposé de lui laisser, une fois par mois, les colonnes d'A REBOURS pour exprimer son point de vue. Bien entendu, un point de vue qui n'engage que lui !!!
Pourquoi la dérive onusienne actuelle est particulièrement préoccupante ?
1. Rappel des faits : la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU (CDH) prépare le forum Durban2 de 2009 qui aura lieu en Afrique du Sud. Le projet consiste entre autres choses à rédiger une déclaration des droits de l’Homme renouvelée… avec l’autorité que l’ONU peut encore conférer à une telle initiative.
2. Rappel historique : en 2001, dans la même ville de Durban, une conférence mondiale contre le racisme avait été organisée par l’ONU… on avait pu y entendre des "morts à l’Amérique" ou encore "mort à Israël"… Cela n’a pas manqué de gêner quelque peu le secrétariat général de l’ONU qui a remplacé la Commission des Droits de l’Homme manifestement déficiente par le Conseil des Droits de l’Homme, en juin 2006. C’est ce Conseil qui organise à présent le forum dit de Durban2…
3. Le problème : avec des pays membres comme le Pakistan, l’Iran (qui a appelé à la destruction d’Israël), Cuba, le Venezuela ou encore la Chine, il est facile d’imaginer l’ambiance de travail pendant la rédaction de la future déclaration des droits de l’Homme ! De fait, on trouve des propositions intéressantes : critiquer le port de la burqa est une agression raciste, la laïcité est ancrée dans la culture esclavagiste et colonialiste de l’Occident, la loi française contre le port du voile à l’école est une expression du racisme antimusulman dans sa version islamophobe occidentale, la critique de la religion est l’expression du racisme etc. etc.
Plus fort encore, le discours de l’ambassadeur d’Algérie qui, devant le CDH en Egypte, le 18 février dernier expliquait que la "haine raciale et religieuse s’abrite aujourd’hui derrière la liberté d’expression" et que "l’islamophobie" est un phénomène semblable aux sombres pages de l’antisémitisme du siècle dernier. Présente, la diplomatie française est restée muette… sans doute par politesse ou délicatesse, nous dirait Tariq Ramadan. Plus étonnant encore, lors de Durban1, en 2001, l’ONU a laissé Israël être exclu des conférence de son groupe d’états tandis que les ONG juives ont été tout simplement privées de liberté d’expression… ce qui a permis tous les débordements, comme le rapporte Irwin Cotler, ancien ministre canadien de la Justice et présent à Durban en 2001 : "une conférence censément organisée pour contrer le racisme a été transformée en festival du racisme contre Israël et les Juifs". Quelques années plus tard, ce ne sont plus les juifs qui sont pris pour cible mais la liberté d’expression, la laïcité et la liberté de conscience. Le Canada a déjà fait savoir qu’il refusait de participer au Forum de Durban2, afin de ne pas se prêter à cela.
Sans revenir sur les principes de la laïcité et de la liberté de conscience, sur les dangers de l’antisémitisme et la nature totalitaire des principaux manipulateurs de l’islamisme au niveau international, il est inquiétant que l’ONU s’engage sur une voie telle que la prochaine déclaration des droits de l’Homme pourrait remettre en question les principes fondateurs de la Déclaration originelle de 1789 : "Art. 10. - Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi. Art. 11. - La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi."
Que penser de ce que fera la France – dès lors qu’elle présidera l’Europe au 2nd semestre 2008 ?
Que penser d’un pays qui a mis à sa tête un homme capable, en 6 mois, de créer plusieurs "affaires", "scandales" et "débats" sur ses propres manquements au principe de laïcité et à la loi de séparation des églises et de l’Etat ?
Sans vouloir être exagérément pessimiste, je ne peux m’empêcher de voir là l’annonce d’une dérive faite de repentance et de mauvaise conscience, toutes deux mises à profit pour être les outils d’une dangereuse atteinte à notre modèle, certes largement imparfait et à modifier radicalement mais qui nous permet de vivre à l’abri (pour combien de temps : pensons à Ayaan Hirsi Magan, Robert Redeker, Theo Van Gogh, Salman Rushdie…) des totalitarismes religieux (mais qui ne nous protège pas encore des totalitarismes économiques et consuméristes).
Que la Tolérance et la Vigilance guident nos pas…
A lire :
L'ONU contre les droits de l'homme, LE MONDE du 27.02.08
http://malkamarcovich.canalblog.com/archives/durban_2/ind...
http://www.crif.org/index.php?page=dossier/detail_doss_ty...
http://www.pointdebasculecanada.ca/spip.php?article290
20:35 Publié dans La chronique de PV le pois chiche | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique
23.02.2008
"Redacted"
Note : 8/10
La carrière de Brian de Palma est partagée entre films maniéristes (Obsession), films expérimentaux (Phantom of the Paradise), films d’angoisse ou d’horreur à la matrice psychanalytique (Sœurs de sang, Carrie, Pulsions), films-sagas de facture apparemment plus "classique" et souvent situés dans le passé (Les Incorruptibles, Le Bûcher des vanités, Le Dahlia noir), sans oublier les faux blockbusters qui, en réalité, subvertissent le genre (Mission impossible, Mission to Mars).
Bref De Palma c’est du lourd, l’un des meilleurs réalisateurs américains, pourtant toujours en expérimentation et jamais "plan-plan".
L’un des points communs de tous ses films, cela a suffisamment été souligné, c’est l’interrogation sur le statut de l’image. Jeu perpétuel entre réalité et apparence, son œuvre a toujours mis un point d’honneur à interroger les notions de "double", de "complot" et "d’élément manquant" (deux films emblématiques à cet égard : Blow Out et Snake Eyes). Mais, en bon auteur postmoderne, De Palma a également toujours eu à cœur de pratiquer l’intertextualité : non seulement en citant les autres (Hitchcock avant tout, sans oublier Antonioni), mais aussi en se citant lui-même.
C’est en ayant ces différents éléments à l’esprit que Redacted pourra prendre tout son relief. On y retrouve l’obsession depalmienne pour les images et les nouvelles technologies (ici : le film incorpore tous les types d’images les plus contemporains, du reportage télé à la caméra DV et à la caméra de surveillance, en passant bien sûr par le filtrage du net, blogs et YouTube en tête) ; on y retrouve le jeu entre simulacre et réalité (ici : tout a l’air vrai, l’intrigue s’inspire d’ailleurs d’un fait divers réel, et pourtant il s’agit malgré tout d’une œuvre de fiction, qui contient des images qui se présentent comme "impures", non travaillées, amateurs, mais qui sont pourtant intégralement mises en scène et sélectionnées, montées et orientées par un réalisateur de cinéma, Brian de Palma) ; on y retrouve les emprunts aux autres (à De Palma lui-même : Redacted a bien des points communs avec Outrages ; à la communauté médiatique et internaute ensuite) ; on y retrouve enfin les interrogations morales et parfois assez manichéennes sur la raison d’état, la trahison et la machination, l’Enfer pavé de bonnes intentions, etc.
Pourtant, malgré tous ces points communs, Redacted est un film profondément surprenant dans l’œuvre du cinéaste.
Avant tout parce que De Palma est d’abord reconnu pour ses talents de metteur en scène, son habileté à proposer des images et des mouvements de caméra raffinés et virtuoses, comme autant de morceaux de bravoure qui composent à jamais votre imaginaire visuel et cinématographique : confer les meilleures scène de Scarface, le plan-séquence d’un quart d’heure qui inaugure Snake Eyes, les plans élégiaques et ironiques de douche qui ouvrent Carrie ou Sœurs de sang, on n’en finirait plus de tout énumérer tant ils sont légions.
Or, rien de tel dans Redacted. Le film se refuse à tout geste réellement artistique et pictural. La raison en est évidente : le film se donne pour vrai, refusant de dévier de sa logique quasi-documentaire et impersonnelle. Etonnant d’ailleurs de voir que le cinéma américain ultra-contemporain semble proposer une réflexion extrêmement forte sur ce rapport brut et ambigu au réel, comme en atteste le récent et excellent Cloverfield.
C’est peut-être ici (se donner pour vrai, refuser de dévier de la logique documentaire) à la fois la faiblesse apparente et, in fine, la force de Redacted.
Au premier degré, il sera en effet facile de voir dans ce film une charge violente contre la politique américaine en Irak, ainsi qu’une réflexion pessimiste sur la nature humaine et la facilité avec laquelle toute opération de guerre, y compris celle qui se prétend "juste", peut rapidement basculer dans la bavure ou se fourvoyer. On aura alors tendance à penser que De Palma rejoint Villepin à la tribune de l’ONU, qu’il se livre à un démontage en règle des illusions yankees sur l’héroïsme et le rôle de "gendarme du monde", ce qui n’est pas entièrement faux.
Toutefois, il me paraît tentant de dépasser cette lecture et de lire aussi Redacted comme une provocation à l’égard du spectateur. Non seulement le film oblige à se replonger dans la Guerre d’Irak (pas mal laissée de côté ces temps derniers parce que l’agenda médiatique et politique semble y être moins attaché), mais il oblige surtout à s’interroger sur les images de guerre que nous voyons et que nous consommons. Qui n’a pas vu circuler sur le net, ou qui n’a pas cherché à se procurer ces images de soldats américains capturés puis égorgés en gros plan (de ce point de vue, la scène de Redacted est bien en-dessous de la réalité) ? Pourquoi les avoir vues, recherchées, qu’y avons-nous puisé ?
En mixant toutes les formes contemporaines d’images comme autant de représentations subjectives d’un événement, en étant parfois volontairement appuyé et lourd, comme par exemple à la fin du film où des images de civils morts se donnent à voir sur une musique très mélodramatique qui va crescendo, en donnant l’air de faire du vrai tout en insistant sur le fait que tout est malgré tout fictif, Brian De Palma ne cherche-t-il pas à prendre à parti le spectateur, à lui secouer les neurones ?
Le réalisateur américain semble critiquer comme jamais les images et les faiseurs d’images dans leur prétention à dire la vérité, ce qui fait de Redacted un film qui bouscule toutes les certitudes et illustre violemment la crise de la représentation et de l'objectivité, y compris en rendant presque vaine la prétention du réalisateur Brian de Palma de nous montrer la guerre en Irak telle qu'elle est.
16:44 Publié dans Films | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, Film, culture



























